Le 17 septembre 2026, Sébastien Lecornu a confirmé que son budget pour 2027 cible les retraités parmi les efforts demandés aux Français, dans un plan d'économies de 54 milliards d'euros. Une des pistes étudiées touche l'abattement fiscal de 10 % dont bénéficie chaque pension de retraite, dont la suppression totale rapporterait 4,5 milliards d'euros selon un rapport de la Cour des comptes d'avril 2024. Sur les 44 candidats à la présidentielle 2027, aucun ne défend exactement la même version de la mesure.
L'abattement de 10 % : de quoi parle-t-on ?
Depuis 1978, chaque retraité bénéficie d'une déduction automatique de 10 % sur le montant de sa pension avant calcul de l'impôt sur le revenu, un mécanisme calqué sur celui qui s'applique aux salariés sur leurs revenus d'activité. L'avantage est plafonné à 4 439 euros par foyer : plus une pension est élevée, plus l'économie d'impôt qu'il procure est importante, jusqu'à ce plafond.
Le gouvernement étudie l'abaissement de ce plafond à 3 000 euros, une mesure qui générerait 1,4 milliard d'euros de recettes supplémentaires. La transformation de l'abattement proportionnel en forfait fixe de 2 000 euros, déjà votée puis abandonnée par le passé, revient également dans les discussions. Une partie de l'exécutif envisage de faire contribuer les retraités à hauteur de 6 milliards d'euros au total, abattement et désindexation des pensions confondus.
Chronologie
- Avril 2024 : un rapport de la Cour des comptes chiffre à 4,5 milliards d'euros le gain budgétaire d'une suppression totale de l'abattement de 10 %.
- 2025 : l'idée est relancée par le président du Conseil d'orientation des retraites, sans suite à l'époque.
- 13 septembre 2026 : à la Fête de l'Humanité, les chefs de file des députés de gauche à l'Assemblée, l'insoumise Mathilde Panot, l'écologiste Cyrielle Chatelain, le communiste Stéphane Peu et le socialiste Boris Vallaud, promettent chacun de censurer le gouvernement lors du débat sur le budget 2027.
- 17 septembre 2026 : Sébastien Lecornu détaille son budget, avec un gel du point d'indice des fonctionnaires et des économies sur les APL, les arrêts maladie et les retraites.
- Semaine du 22 septembre 2026 : le débat s'intensifie sur l'abattement des retraités ; Marine Le Pen répond au ministre de l'Économie Roland Lescure, jugé « déconnecté des réalités » sur le niveau de vie des retraités.
- 30 septembre 2026 (prévu) : le projet de loi de finances doit être présenté en Conseil des ministres, avant son examen à l'Assemblée.
Pourquoi la mesure divise
1. Un totem budgétaire pour la gauche
La porte-parole de LFI Mathilde Panot dénonce les économies demandées aux retraités et en fait un motif de censure du budget. De son côté, le PS a présenté un contre-budget qui protège le pouvoir d'achat des retraités, en finançant ses priorités par une taxe sur les grandes successions plutôt que par un effort demandé aux pensions.
2. Une « ligne rouge » du RN en train de se rétrécir
Le RN avait d'abord posé le sujet en « ligne rouge » par la voix du député Jean-Philippe Tanguy, avant que le parti n'entrouvre la porte à une réduction ciblée, à condition qu'elle épargne les petites et moyennes pensions et que la désindexation des retraites reste, elle, hors de question. Marine Le Pen a par ailleurs indiqué préférer un budget « imparfait » à une loi spéciale, tout en posant des conditions à une non-censure.
3. Une droite elle-même partagée
Chez Les Républicains, Laurent Wauquiez avait fixé comme ligne rouge le refus que les retraités deviennent « la variable d'ajustement » d'un gouvernement incapable de faire des économies ailleurs, quand Bruno Retailleau concentre plutôt ses exigences sur le retour, dans le budget, de la réforme des retraites de 2023. Édouard Philippe assume à l'inverse une ligne plus dure : « j'assume de dire aux retraités qu'il faudra contribuer » au financement du système social.
Les positions des 44 candidats à la présidentielle 2027
L'abattement rejoint deux autres mesures du même budget qui visent les retraités et que le Quizz du Berger permet déjà de comparer, la désindexation des pensions sur l'inflation et l'âge de départ à la retraite. Voici comment se répartissent les 44 candidats sur l'abattement lui-même, des plus protecteurs aux plus favorables à sa réduction.
Famille 1 — Augmenter l'abattement, voire créer un avantage supplémentaire
Ces candidats, situés à la gauche de la gauche, veulent aller à rebours du débat budgétaire actuel et renforcer le soutien fiscal aux retraités plutôt que le réduire.
- Nathalie Arthaud (LO) — fidèle à sa ligne de défense inconditionnelle des travailleurs et des retraités, sa position laisse penser qu'elle refuserait toute ponction sur les pensions.
- Clémentine Autain — sur une ligne proche de celle de LFI dont elle est issue, son opposition constante aux mesures d'austérité laisse penser qu'elle irait jusqu'à défendre un renforcement de l'avantage.
- Anasse Kazib (Révolution permanente) — sa ligne trotskiste, qui réclame une hausse générale des minima sociaux et des pensions, laisse penser qu'il porterait la même logique sur l'abattement fiscal.
- Selma Labib (NPA-Révolutionnaires) — même famille politique que Anasse Kazib, avec une ligne tout aussi offensive sur la défense du pouvoir d'achat des retraités.
- Emmanuel Maurel (GRS) — sa ligne social-républicaine, hostile aux cures d'austérité, laisse penser qu'il défendrait un renforcement de l'avantage plutôt qu'une réduction.
- Sylvain Durif — sur une ligne proche des candidatures de gauche radicale, sa position laisse penser qu'il rejetterait toute réduction de l'abattement.
- Juan Branco — sur la plupart des questions fiscales du quiz, il coche la réponse la plus radicale disponible ; sa ligne laisse penser qu'il irait jusqu'à réclamer un renforcement de l'abattement plutôt que sa simple préservation.
Famille 2 — Maintenir l'abattement tel qu'il est, sans y toucher
Le camp le plus large : gauche social-démocrate, écologistes, souverainistes et une partie de la droite radicale s'accordent, pour des raisons différentes, à refuser toute réduction de l'avantage fiscal des retraités.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — son parti, par la voix de Mathilde Panot, a fait des économies demandées aux retraités un motif de censure du budget 2027.
- Raphaël Glucksmann (Place publique / PS) — le contre-budget du PS, auquel il a contribué, protège le pouvoir d'achat des retraités et finance ses priorités par une taxe sur les grandes successions.
- Olivier Faure (PS) — en tant que premier secrétaire du PS, porteur direct de ce contre-budget qui épargne les retraités.
- Laurent Wauquiez (LR) — a fait du refus de faire des retraités « la variable d'ajustement » du gouvernement une ligne rouge explicite.
- François Asselineau (UPR) — souverainiste opposé aux cures d'austérité imposées de l'extérieur, sa ligne laisse penser qu'il refuserait toute réduction de l'abattement.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — sa ligne écologiste et sociale laisse penser qu'elle protégerait le pouvoir d'achat des retraités plutôt que de le réduire.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — souverainiste dont l'électorat est en partie composé de retraités, sa ligne laisse penser à un rejet de toute réduction de l'avantage.
- Jérôme Guedj (PS) — sur la ligne du PS, favorable à une protection du pouvoir d'achat des retraités plutôt qu'à leur mise à contribution.
- François Ruffin — figure de la défense du pouvoir d'achat populaire, sa ligne laisse penser qu'il s'opposerait à toute réduction touchant les retraités.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — ligne écologiste et sociale proche de celle de Delphine Batho sur la protection des retraités.
- Bernard Cazeneuve (La Convention) — sur une ligne social-démocrate classique, sa position laisse penser à une opposition à une mesure jugée injuste pour les retraités.
- François Hollande — fidèle à la ligne du PS qu'il a longtemps dirigé, favorable à une protection du pouvoir d'achat des retraités.
- Fabien Roussel (PCF) — ligne communiste de défense des travailleurs et des retraités, hostile à toute mise à contribution des pensions.
- Éric Zemmour (Reconquête) — son électorat comprend une part significative de retraités ; sa ligne laisse penser qu'il rejetterait une mesure jugée punitive pour ce public.
- Patrick Sébastien — figure populiste défendant les « petites gens », sa ligne laisse penser à une opposition à toute réduction de l'avantage.
- Francis Lalanne (France Libre) — sur une ligne de défense des classes populaires, sa position laisse penser à un rejet de la mesure.
- Florian Philippot (Les Patriotes) — souverainiste, sa ligne laisse penser qu'il rejetterait une mesure présentée comme une contrainte imposée par Bruxelles ou les marchés.
- Karim Bouamrane (PS) — sur la ligne du PS, favorable au maintien de l'abattement.
- Ségolène Royal (PS) — fidèle à la ligne social-démocrate historique du parti sur la protection des retraités.
- Philippe Brun (PS) — sur la ligne du contre-budget socialiste, favorable au maintien de l'abattement.
- Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — sa ligne protectrice du pouvoir d'achat laisse penser à un maintien de l'avantage.
- Lydie Massard (UDB) — sur une ligne régionaliste de gauche, favorable à la protection des retraités.
- Fabien Verdier — sur une ligne proche du PS, favorable au maintien de l'abattement.
- Parti pirate — son programme social protecteur laisse penser à un rejet de la réduction de l'avantage.
Famille 3 — Réduire l'abattement seulement pour les pensions les plus élevées
Cette famille accepte l'idée d'une contribution des retraités, mais seulement de ceux qui perçoivent les pensions les plus confortables, en épargnant les petites et moyennes retraites.
- Marine Le Pen (RN) — son parti a entrouvert la porte à une réduction ciblée de l'abattement, à condition qu'elle épargne les petites et moyennes pensions.
- Jordan Bardella (RN) — sur la même ligne que Marine Le Pen et le RN sur ce dossier.
- Xavier Bertrand (LR) — sa ligne, plus sociale que celle d'autres figures LR, laisse penser à une préférence pour un ciblage sur les pensions élevées plutôt qu'une mesure généralisée.
- Bruno Retailleau (LR) — concentre ses demandes budgétaires sur le retour de la réforme des retraites de 2023, une ligne qui laisse penser à un accompagnement mesuré de l'effort ciblé plutôt qu'une réduction générale de l'abattement.
- Dominique de Villepin — critique des politiques d'austérité non ciblées, sa ligne laisse penser à une préférence pour un effort concentré sur les pensions les plus élevées.
- Parti animaliste — sur une ligne de justice sociale, laisse penser à une préférence pour un ciblage des pensions élevées plutôt qu'une mesure générale.
- Benoît Mathieu — sa ligne laisse penser à une préférence pour un ciblage des pensions les plus élevées.
Famille 4 — Abaisser le plafond pour tous les retraités, voire supprimer l'abattement
Ces candidats, souvent issus de la majorité sortante ou de sa proximité, assument une mesure touchant l'ensemble des retraités, dans la ligne du budget proposé par Sébastien Lecornu.
- Édouard Philippe (Horizons) — assume publiquement de dire aux retraités qu'ils devront contribuer davantage au financement du système social.
- Gabriel Attal (Renaissance) — son parti soutient le gouvernement à l'origine de la mesure ; sa ligne, qui prévoit de geler les prestations sociales hors petites pensions, laisse penser à un soutien à l'abaissement du plafond.
- François Bayrou (MoDem) — comme ancien Premier ministre porteur d'un budget de rigueur, sa ligne laisse penser à un soutien à un effort partagé par l'ensemble des retraités.
- Gérald Darmanin (Renaissance) — sur la ligne gouvernementale de son parti, sa position laisse penser à un soutien à la mesure telle qu'envisagée dans le budget 2027.
- Clara Egger (Solution démocratique) — sa ligne technocratique de partage modéré de l'effort budgétaire laisse penser à un soutien à un abaissement mesuré du plafond.
- David Lisnard (Nouvelle Énergie) — le plus radical de cette famille : sa ligne libérale, favorable à une réduction drastique de la dépense publique et des niches fiscales, laisse penser qu'il irait jusqu'à soutenir la suppression complète de l'abattement.
Arguments pour et arguments contre la réduction de l'abattement
| Arguments en faveur d'une réduction | Arguments contre |
|---|---|
| Contribue à l'effort de 54 milliards d'euros nécessaire pour redresser les comptes publics. | Les retraités ont déjà subi la désindexation partielle de leurs pensions dans les précédents budgets. |
| Un ciblage sur les pensions élevées limite l'impact sur les retraités modestes. | Une baisse du plafond touche aussi une partie des retraites moyennes, pas seulement les plus aisées. |
| L'avantage fiscal actuel bénéficie mécaniquement plus aux pensions élevées qu'aux petites retraites. | Risque de censure du gouvernement si la mesure est jugée trop dure par l'Assemblée. |
| Rapproche la fiscalité des retraités de celle des actifs, dont l'abattement de 10 % couvre aussi des frais professionnels réels. | Les retraités ne peuvent plus, contrairement aux actifs, augmenter leurs revenus pour compenser. |
Pour aller plus loin
- Politique fiscale — impôts sur les riches, la classe moyenne, les entreprises et l'évasion fiscale.
- Travail, Chômage, Retraite — âge de départ, indexation des pensions et réforme de 2023.
- Désindexation des pensions sur l'inflation — l'autre mesure du budget 2027 qui vise les retraités.