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Accord migratoire avec le Royaume-Uni : tout comprendre et les positions des 37 candidats à la présidentielle 2027

2026-09-07

Le 4 septembre 2026, dans un hall de Birmingham, Jordan Bardella a signé avec Nigel Farage un protocole d'accord symbolique prévoyant le renvoi vers la France des migrants interceptés dans les eaux britanniques, en marge du congrès du parti Reform UK. Le texte n'engage aucun État : c'est un pacte entre deux partis d'opposition, pour le jour où ils gouverneraient chacun leur pays. Il tombe pourtant à un moment sensible, puisque le véritable accord franco-britannique sur la gestion des traversées de la Manche, le dispositif dit « un pour un », arrive à expiration le 1er octobre 2026.

Le dispositif « un pour un » : de quoi parle-t-on ?

Paris et Londres ont annoncé un programme pilote le 10 juillet 2025, entré en vigueur le 6 août suivant. Son principe : pour chaque personne arrivée irrégulièrement au Royaume-Uni par une petite embarcation et renvoyée vers la France, Londres accepte en échange, par une voie légale, une personne présente sur le sol français et éligible à l'asile. L'idée est de rendre la traversée moins attractive pour les passeurs sans fermer toute possibilité d'accueil régulier.

Le dispositif a été prolongé une première fois, jusqu'au 1er octobre 2026, une décision annoncée par le ministre délégué chargé de l'Europe Benjamin Haddad. Après dix mois d'application, le bilan chiffré est resté modeste : 783 réadmissions vers la France pour 736 admissions légales au Royaume-Uni, sur une période où plus de 25 000 traversées avaient déjà été enregistrées sur la seule première moitié de 2025, un record.

Pourquoi le dossier revient dans la campagne

1. Une diplomatie parallèle inédite

C'est la nouveauté de cette rentrée : Jordan Bardella a prononcé un discours de vingt minutes en anglais devant les militants de Reform UK, reprenant le slogan du Brexit « take back control » pour appeler la France et le Royaume-Uni à reprendre ensemble le contrôle de leurs frontières. La démarche a suscité une levée de boucliers allant de Jean-Luc Mélenchon à Édouard Philippe. Xavier Bertrand a dénoncé la « prostration » du président du RN devant Nigel Farage, l'accusant d'avoir « proposé de devenir le sous-traitant de la Grande-Bretagne ». Le débat porte moins sur le fond migratoire que sur la méthode : un responsable politique français peut-il négocier des engagements internationaux hors de tout mandat d'État ?

2. Une efficacité contestée

Pour les défenseurs du dispositif réel, le principe d'un échange encadré vaut mieux qu'une absence totale de coopération avec Londres après le Brexit. Pour ses détracteurs, le rapport entre les quelques centaines de renvois enregistrés et les dizaines de milliers de traversées annuelles montre que l'accord ne change rien à l'ampleur du phénomène, tout en imposant une procédure lourde à chaque dossier.

3. Le droit d'asile individuel en question

Des associations comme Forum réfugiés estiment que le mécanisme fait reculer le droit d'asile, en subordonnant l'examen individuel d'une demande à une logique de quotas et de compensation entre deux États. À l'inverse, une partie de la droite et de l'extrême droite juge que même durci, l'accord reste trop timide et devrait s'affranchir des protections juridiques qui, selon elle, retardent les renvois.

Les positions des 37 candidats à la présidentielle 2027

Le Quizz du Berger a posé la question aux 37 candidats à travers le thème sur les accords de réadmission avec le Royaume-Uni, en s'appuyant sur leurs réponses existantes à la question de politique migratoire européenne du thème Démographie et question migratoire. Quatre familles se dégagent.

Famille 1 — Durcir les renvois, jusqu'à la fermeture unilatérale

Ces candidats veulent des renvois plus nombreux et plus rapides vers la France, certains allant jusqu'à réclamer une fermeture de la frontière indépendamment de tout accord avec Londres.

  • Jordan Bardella (RN) — Vient de signer avec Nigel Farage un texte prévoyant des renvois systématiques, hors de toute logique d'admission légale en contrepartie.
  • Marine Le Pen (RN) — Sa ligne, portée cette semaine par son président de parti, appelle à des renvois plus stricts et plus rapides vers la France.
  • Xavier Bertrand — Critique la méthode de Jordan Bardella mais défend depuis longtemps un durcissement des contrôles aux frontières européennes.
  • Édouard Philippe (Horizons) — Partisan d'un renforcement des contrôles aux frontières de l'Europe, sans remettre en cause la coopération avec Londres.
  • Laurent Wauquiez (LR) — Ligne similaire : contrôles renforcés, y compris dans le cadre de Schengen.
  • David Lisnard — Favorable à un durcissement des contrôles aux frontières européennes.
  • Gabriel Attal (Renaissance) — Défend un renforcement des contrôles européens plutôt qu'un statu quo.
  • Gérald Darmanin — Ancien ministre de l'Intérieur, ligne de fermeté sur les contrôles aux frontières.
  • Patrick Sébastien — Position de durcissement des contrôles migratoires.
  • Karim Bouamrane (PS) — Sur l'immigration, sa ligne se distingue du reste du PS par un discours plus ferme sur les contrôles.
  • François Asselineau (UPR) — Frexiteur, prône un contrôle unilatéral et total des frontières françaises, sans dépendre d'un accord avec Londres.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste, défend la même logique de reprise en main unilatérale des frontières.
  • Bruno Retailleau (LR) — Ancien ministre de l'Intérieur, ligne de fermeté maximale sur le contrôle des frontières.
  • Éric Zemmour (Reconquête) — Défend une reprise en main totale des frontières françaises.
  • Francis Lalanne — Position souverainiste de contrôle unilatéral des frontières.
  • Florian Philippot (Les Patriotes) — Ligne souverainiste, hostile à toute délégation de la question migratoire à un accord bilatéral.

Famille 2 — Maintenir le dispositif « un pour un » tel quel

Ces candidats jugent l'équilibre actuel entre fermeté et voie légale raisonnable et ne réclament ni durcissement ni assouplissement du dispositif.

  • François Bayrou (MoDem) — Juge que le système actuel fonctionne à peu près et qu'il faut l'améliorer à la marge plutôt que le bouleverser.
  • Bernard Cazeneuve — Ancien ministre de l'Intérieur, défend une ligne de continuité sur le cadre migratoire européen.
  • Dominique de Villepin — Plaide pour un ajustement du cadre existant plutôt qu'une rupture.
  • Clara Egger — Position d'ajustement mesuré du cadre migratoire actuel.

Famille 3 — Élargir les voies légales, réduire les renvois forcés

Ces candidats souhaitent que l'accord franco-britannique évolue vers davantage de solidarité et de voies légales, au détriment des renvois automatiques.

  • Delphine Batho (Génération Écologie) — Défend une meilleure répartition de l'accueil plutôt qu'une logique de renvoi.
  • Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste classique : plus de solidarité européenne dans l'accueil.
  • François Ruffin — Prône un assouplissement de la politique migratoire et un meilleur accueil.
  • Marine Tondelier (Les Écologistes) — Défend une meilleure répartition de l'accueil entre pays européens.
  • Raphaël Glucksmann (Place publique) — Ligne europhile favorable à davantage de solidarité dans l'accueil.
  • François Hollande — Défend un rééquilibrage vers plus de solidarité européenne.
  • Fabien Roussel (PCF) — Favorable à une meilleure répartition de l'accueil des migrants.
  • Ségolène Royal (PS) — Ligne de solidarité européenne dans l'accueil.
  • Philippe Brun (PS) — Même orientation que le reste du groupe socialiste.
  • Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — Défend une meilleure répartition européenne de l'accueil.
  • Lydie Massard (UDB) — Favorable à davantage de solidarité dans l'accueil.

Famille 4 — Aucun accord de ce type : le droit d'asile ne se négocie pas

Ces candidats rejettent le principe même d'un accord de réadmission, qu'il soit durci ou inchangé, et défendent un droit d'asile qui ne dépende d'aucun quota négocié entre deux États.

  • Nathalie Arthaud (LO) — Rejette toute logique de tri et de quota dans l'accueil des personnes migrantes.
  • Clémentine Autain — Défend le droit de chacun à demander l'asile sans contrainte de frontière négociée.
  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Plaide pour l'ouverture des frontières européennes, jugeant la politique actuelle inhumaine.
  • Juan Branco — Rejette le principe d'un accord de réadmission négocié entre États.
  • Anasse Kazib (Révolution permanente) — Défend la libre circulation des personnes comme droit fondamental.
  • Selma Labib (NPA-R) — Même ligne : libre circulation et rejet des accords de réadmission.

Arguments pour et arguments contre l'accord « un pour un »

Arguments en faveur du dispositifArguments contre le dispositif
Offre une voie légale et encadrée en contrepartie de chaque renvoi, plutôt qu'une fermeture sèche.Le nombre de dossiers traités (783 renvois en dix mois) est sans commune mesure avec les dizaines de milliers de traversées annuelles.
Maintient une coopération bilatérale avec Londres malgré la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.Subordonne l'examen individuel d'une demande d'asile à une logique de quota entre deux États, selon les associations de défense des réfugiés.
Constitue, pour ses partisans, un signal dissuasif contre les traversées organisées par les passeurs.Alimente une procédure lourde pour un résultat jugé marginal par ses détracteurs.

Pour aller plus loin

L'accord franco-britannique n'est qu'un volet du débat plus large sur la politique migratoire française. Sur le Quizz du Berger, les pages qui prolongent ce sujet :

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