La commission des finances de l'Assemblée nationale a rejeté, vendredi 9 octobre 2026, par 31 voix contre, 3 pour et 2 abstentions, la partie « recettes » du budget 2027. Seul le groupe Ensemble pour la République a voté le texte. Selon le rapporteur général Philippe Juvin (Droite républicaine), les amendements adoptés pendant la semaine de débats creuseraient le déficit d'environ 10 milliards d'euros, le portant à 5,35-5,4% du PIB au lieu des 5% visés par le gouvernement. Mardi 13 octobre, l'Assemblée reprend l'examen de ce même volet recettes, cette fois en séance publique et sur la base du texte initial du gouvernement.
Le budget 2027 : où en est-on ?
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé les grandes lignes de son projet le 17 septembre 2026, dans un entretien où il annonce un effort de 54 milliards d'euros, le double des 30 milliards initialement évoqués, sans hausse d'impôts par rapport à 2026. Le texte a ensuite été présenté en Conseil des ministres le 1er octobre, avec pour objectif affiché un déficit ramené à 5% du PIB (4,8% hors hausse des dépenses militaires), pour un effort total de 54 milliards d'euros une fois comptée la montée en charge des mesures de 2026. Ce chiffre de 5% n'est pas anodin : le déficit 2026 a lui-même dérapé à 5,4%, au lieu des 5% espérés par Bercy.
Chronologie
- 2 février 2026 : le budget 2026 est adopté après quatre mois de débats, 927 scrutins publics et trois recours à l'article 49.3.
- 17 septembre 2026 : Sébastien Lecornu présente dans la presse les grandes lignes du budget 2027, 54 milliards d'économies, point d'indice des fonctionnaires gelé, effort des retraités plafonné à moins de 6 milliards.
- 1er octobre 2026 : le projet de loi de finances 2027 est présenté en Conseil des ministres.
- Du 6 au 9 octobre 2026 : examen du volet recettes en commission des finances. Plusieurs amendements sont adoptés contre l'avis du gouvernement.
- 9 octobre 2026 : la commission rejette l'ensemble du volet recettes ainsi modifié, par 31 voix contre, 3 pour et 2 abstentions.
- 13 au 19 octobre 2026 : le volet recettes revient dans l'hémicycle, sur la base du texte initial du gouvernement. Un rejet en séance aurait cette fois une conséquence directe : le rejet de l'ensemble du budget, sans même examiner la partie dépenses.
Pourquoi ce budget divise
1. Qui doit faire l'effort : retraités, fonctionnaires, collectivités
Le projet initial du gouvernement prévoyait de geler le point d'indice des fonctionnaires et de faire contribuer les retraités à hauteur de moins de 6 milliards d'euros, notamment via l'abattement fiscal de 10% sur les pensions. En commission, les députés sont revenus sur une partie de cet effort : ils ont supprimé l'abaissement du plafond de cet abattement, une mesure qui devait rapporter 1,4 milliard d'euros, et rejeté une proposition du gouvernement d'imposer à 50% certaines indemnités d'affection de longue durée.
2. Qui doit payer plus : GAFAM, épargnants, grandes fortunes
Dans le même mouvement, la commission a adopté deux amendements qui vont dans le sens inverse de la stabilité fiscale promise par Matignon. Un amendement du député écologiste Arnaud Bonnet relève le taux de la taxe sur les géants du numérique et abaisse son seuil de déclenchement, pour un rendement attendu d'environ 4 milliards d'euros par an contre 890 millions aujourd'hui. Un autre, déposé par le président LFI de la commission des finances Éric Coquerel, relève le plafond du Livret A de 22 950 € à 30 000 €.
3. Le risque d'un nouveau blocage institutionnel
Le vote du 9 octobre a réuni contre le texte des oppositions aux motivations opposées. Le député RN Jean-Philippe Tanguy a reproché au texte de ne pas assez économiser, tandis qu'Éric Coquerel a dénoncé une « aggravation » du projet pour les classes populaires. Seul le rapporteur du camp gouvernemental, Paul Midy, a défendu le texte en commission, résumant sa position en « mieux vaut un mauvais budget que pas de budget ». Un an après un budget 2026 qui n'a été sauvé qu'au prix de trois recours au 49.3 et de deux motions de censure repoussées, la question posée aux députés le 13 octobre est la même : la France peut-elle encore voter un budget sans 49.3, ou le pays s'installe-t-il dans une impasse budgétaire permanente à l'approche de la présidentielle ?
Les positions des 45 candidats à la présidentielle 2027
Sur le Quizz du Berger, la question « la dette publique dépasse 110% du PIB, qu'en pensez-vous ? » offre cinq réponses allant de la rigueur totale à l'annulation partielle. On a regroupé les candidats selon leur réponse à cette question et à celle sur les impôts des plus riches, qui recoupe le clivage sur la taxe GAFAM et le Livret A.
Famille 1 — Priorité aux économies, pas de nouveaux impôts
Ces candidats jugent la dette préoccupante, voire catastrophique, et veulent la réduire par la baisse de la dépense publique plutôt que par de nouvelles recettes. C'est la ligne défendue par le gouvernement et, pour des raisons différentes, par ses oppositions de droite : tous ont voté contre le texte en commission, pour le juger trop timide sur les économies.
- Bruno Retailleau (LR) — Pour lui, la dette est « une catastrophe » qui appelle un plan de rigueur pour la rembourser, la réponse la plus stricte proposée dans le quiz.
- David Lisnard — Même diagnostic de catastrophe budgétaire et appel à un plan de remboursement.
- Édouard Philippe (Horizons) — Juge la dette préoccupante et prône une réduction progressive par des économies, la ligne de son parti lors du vote du 9 octobre.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Même réponse, dans la continuité de la ligne budgétaire du gouvernement qu'il a soutenu.
- Bernard Cazeneuve — Réduction progressive par des économies plutôt que rupture.
- Xavier Bertrand — Même position que ses alliés de la droite parlementaire.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Partage le diagnostic d'économies nécessaires, depuis une ligne souverainiste.
- Marine Le Pen (RN) — Réponse identique ; son parti a voté contre le texte de commission en l'accusant de ne pas assez économiser.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Même ligne de réduction par les économies.
Famille 2 — La dette comme outil, tant que la charge d'intérêts reste maîtrisée
Ces candidats refusent le catastrophisme sur la dette sans pour autant proposer de nouvelles recettes massives : pour eux, l'enjeu est de garder la capacité à payer les intérêts, pas le niveau de dette en lui-même.
- François Hollande — Voit dans la dette un outil de politique économique tant que la charge d'intérêts reste soutenable.
- Dominique de Villepin — Même position pragmatique, sans plan de rigueur ni rupture.
Famille 3 — Investir malgré la dette, faire payer les plus riches et les grandes entreprises
Pour ces candidats, s'endetter pour l'éducation, l'écologie ou la santé n'est pas un problème en soi ; c'est le clivage qui a porté, en commission, la hausse de la taxe GAFAM et celle du plafond du Livret A.
- Raphaël Glucksmann (Place publique) — Défend l'investissement public et une fiscalité plus lourde sur les très hauts patrimoines.
- Olivier Faure (PS) — Même ligne ; son parti porte depuis le budget 2026 l'idée d'une taxation renforcée des grandes fortunes.
- Ségolène Royal — Partage cette priorité à l'investissement plutôt qu'à l'austérité.
- Jérôme Guedj (PS) — Même réponse que son parti.
- Fabien Roussel (PCF) — Défend l'investissement financé par une fiscalité plus juste.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Ligne cohérente avec l'amendement de son parti relevant la taxe GAFAM en commission.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Même famille de réponse.
- Emmanuel Maurel (GRS) — Même position.
- François Asselineau (UPR) — Refuse également le catastrophisme sur la dette, depuis une ligne souverainiste qui met en cause l'euro plutôt que la dépense publique elle-même.
Famille 4 — La dette est une « arnaque » : une partie doit être annulée
Pour ces candidats, discuter du niveau d'économies ou de nouvelles recettes revient à accepter les termes du débat : l'enjeu est selon eux l'annulation d'une partie de la dette, jugée illégitime.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Propose depuis l'été 2026 que la BCE « gèle » une partie de la dette française plutôt que d'ajuster le budget par l'austérité ou de nouveaux impôts classiques.
- François Ruffin — Même ligne de rupture avec la logique du remboursement.
- Nathalie Arthaud (LO) — Dénonce une dette qui profite structurellement aux banques, quelle que soit la façon de l'ajuster.
- Juan Branco — Même diagnostic d'une dette illégitime à restructurer.
Arguments pour et arguments contre la copie rejetée en commission
| Arguments pour la copie de la commission | Arguments contre |
|---|---|
| Protège les retraités en annulant la baisse du plafond de l'abattement de 10%. | Creuse le déficit d'environ 10 milliards d'euros par rapport à l'objectif de 5% du gouvernement. |
| Fait contribuer davantage les géants du numérique, peu taxés aujourd'hui en proportion de leurs profits. | Un rejet du même type en séance entraînerait le rejet de tout le budget, sans même examiner les dépenses. |
| Relève le plafond du Livret A pour les épargnants modestes, inchangé depuis plusieurs années. | Aucun groupe autre que celui de la majorité n'a voté le texte ainsi modifié : il ne reflète pas un compromis stable. |
| Répond aux critiques de gauche sur le partage de l'effort entre retraités et grandes entreprises. | Le gouvernement avait promis la stabilité fiscale par rapport à 2026 ; ces amendements la rompent. |
Pour aller plus loin
Le budget 2027 recoupe plusieurs débats suivis sur le Quizz du Berger :
- Dépenses et dette publiques — rigueur, économies ou investissement.
- Politique fiscale — qui doit payer plus, qui doit payer moins.
- Salaires des fonctionnaires — le point d'indice gelé dans le projet initial.
- Désindexation des pensions de retraite — l'autre piste d'économies visant les retraités.