Le gazole a atteint 2,41 euros le litre en moyenne le 20 septembre 2026, un record qui dépasse le pic d'avril. Cinq jours plus tard, 9 169 stations-service signalaient au moins une rupture de stock, dont 828 jugées critiques. Le gouvernement a annoncé un plan d'aide le 22 septembre, tout en refusant les baisses de taxes réclamées par plusieurs candidats à la présidentielle 2027.
D'où vient la flambée des prix
La hausse remonte à la crise du détroit d'Ormuz, ouverte le 28 février 2026 par des frappes conjointes américano-israéliennes contre l'Iran, sur laquelle Le Quizz du Berger est déjà revenu en détail. Le détroit reste un point de passage pour plus d'un cinquième du pétrole mondial, et l'incertitude qui pèse sur les approvisionnements du Golfe fait grimper le prix du baril depuis sept mois.
En France, TotalEnergies a choisi de plafonner ses prix à 1,99 euro le litre d'essence et 2,25 euros le diesel dans toutes ses stations françaises depuis le 22 juillet 2026. L'écart avec les autres enseignes, qui répercutent la hausse du brut, a provoqué une ruée des automobilistes vers les stations Total à la mi-septembre : selon BFMTV, 75 % des stations Total étaient en rupture de sans-plomb 95, victimes de leur propre prix bas. Les distributeurs concurrents dénoncent une concurrence déloyale.
À cette pénurie s'ajoute un conflit social. Le 16 septembre 2026, la CGT de TotalEnergies a appelé à une grève nationale le 8 octobre sur l'ensemble des sites du groupe, pour l'emploi et les salaires. Le coordinateur syndical Éric Sellini dénonce une dégradation des conditions de travail dans les raffineries et un recours croissant à l'intérim, avec des conséquences sur la sécurité. Le mouvement pourrait aggraver les ruptures d'approvisionnement au moment même où le gouvernement tente de calmer la situation.
Chronologie :
- 28 février 2026 : début de la crise du détroit d'Ormuz, qui perturbe l'approvisionnement mondial en pétrole.
- 22 juillet 2026 : TotalEnergies rétablit le plafonnement de ses prix à la pompe dans toutes ses stations françaises.
- 16 septembre 2026 : la CGT de TotalEnergies appelle à la grève nationale du 8 octobre.
- 18 septembre 2026 : une station des Pyrénées-Orientales affiche du gazole à près de 3 euros le litre.
- 20 septembre 2026 : le gazole atteint un nouveau record à 2,41 euros le litre en moyenne.
- 21 septembre 2026 : deux réunions d'urgence se tiennent à Matignon sur les prix et l'approvisionnement.
- 22 septembre 2026 : le gouvernement annonce un plan d'aide et une « règle d'or » sur la TVA des carburants.
- 25 septembre 2026 : 9 169 stations signalent au moins une rupture de stock, selon le site officiel prix-carburants.gouv.fr.
- 8 octobre 2026 : grève nationale prévue chez TotalEnergies.
- 20 octobre 2026 : premier vote solennel sur le budget 2027 à l'Assemblée nationale, où la « règle d'or » doit être inscrite par amendement.
Pourquoi la crise divise la France
1. Baisser les taxes, plafonner les prix, ou ne rien changer ?
Le débat fiscal domine. Selon Marine Le Pen demande une baisse de la TVA sur l'énergie de 20 % à 5,5 %, tandis que Jean-Luc Mélenchon réclame un blocage pur et simple des prix. Le gouvernement a refusé les deux options. Sébastien Lecornu propose à la place une « règle d'or » : selon Matignon, « si les prix venaient à augmenter davantage et à générer un surplus de TVA, la hausse de TVA serait neutralisée pour être restituée aux Français à la pompe ». Fin août, ce surplus de recettes atteignait déjà 304 millions d'euros. La mesure doit être inscrite par amendement dans le budget 2027.
Deux candidats de droite avancent une troisième option : Bruno Retailleau appelle à supprimer les certificats d'économie d'énergie (CEE), une charge répercutée sur le prix à la pompe depuis leur création en 2005 sous Dominique de Villepin. David Lisnard chiffre le gain attendu : « jusqu'à 17 centimes de moins par litre de carburant » en suspendant ce dispositif. Ségolène Royal, de son côté, propose un plafond légal du prix à la pompe à 1,70 euro le litre.
2. Le paradoxe du plafond TotalEnergies
Le mécanisme censé protéger les automobilistes, le plafonnement volontaire de TotalEnergies, est aussi ce qui vide les pompes du groupe : en maintenant un prix artificiellement bas, l'entreprise attire une clientèle que ses stocks ne peuvent pas absorber. Le débat sur un plafonnement légal généralisé, sur le modèle belge ou luxembourgeois évoqué par le gouvernement, se heurte à cette même objection : geler les prix sans agir sur l'offre déplace la pénurie, il ne la résout pas.
3. Une crise sociale qui s'ajoute à la crise des prix
La grève du 8 octobre chez TotalEnergies porte sur l'emploi et les salaires, pas sur les prix. Mais elle se superpose à la crise du pouvoir d'achat : les salariés des raffineries invoquent eux-mêmes la perte de pouvoir d'achat pour justifier leur mouvement, au moment où le gouvernement demande aux Français de patienter avant une baisse des prix à la pompe.
4. Fiscalité écologique contre pouvoir d'achat immédiat
Baisser durablement la TICPE ou la TVA sur les carburants revient à réduire le signal-prix censé décourager la consommation de pétrole, un arbitrage qui traverse le débat climatique depuis la taxe carbone et les gilets jaunes. Les candidats qui refusent toute baisse structurelle, qu'ils défendent la fiscalité verte ou le fonctionnement du marché, s'opposent sur ce point à ceux qui priorisent le coût immédiat pour les ménages.
Les positions des 45 candidats à la présidentielle 2027
Le Quizz du Berger a regroupé les 45 candidats selon leurs réponses à la nouvelle question sur la fiscalité des carburants, croisées avec leurs déclarations publiques de septembre 2026 quand elles existent. Faute de prise de position individuelle sur cette crise précise, la plupart des positions ci-dessous sont estimées à partir de la ligne du candidat sur des questions proches du quiz (fiscalité verte, réponse à la hausse des prix de l'énergie) : elles sont formulées au conditionnel et doivent être vérifiées avant publication.
Famille 1 — Bloquer les prix par la loi ou nationaliser l'énergie
Ces candidats rejettent une simple baisse de taxes. Ils veulent une intervention directe sur les prix, une taxation des superprofits, voire une sortie du marché pour l'électricité et le gaz.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Réclame un blocage pur et simple des prix des carburants.
- Ségolène Royal (PS) — Propose un plafond légal à 1,70 euro le litre.
- François Ruffin — Sa ligne LFI, déjà favorable au blocage des prix de l'énergie, laisse penser qu'il suivrait Jean-Luc Mélenchon sur les carburants.
- Clémentine Autain — Alignée sur la ligne LFI de blocage des prix et de taxation des superprofits énergétiques.
- Fabien Roussel (PCF) — Historiquement favorable à la renationalisation de l'énergie, sa position sur les carburants s'inscrit dans la même logique de contrôle public des prix.
- Nathalie Arthaud (LO) — Défend la sortie de l'énergie du marché ; sa ligne suggère un rejet de toute solution passant par la fiscalité plutôt que par le contrôle des prix.
- Juan Branco — Sa ligne anti-libérale, proche du blocage des prix et de la taxation des superprofits sur l'énergie, laisse penser à un soutien au plafonnement.
- Anasse Kazib (Révolution permanente) — Ligne trotskiste favorable à la réquisition et au contrôle des prix de l'énergie.
- Selma Labib (NPA-R) — Même famille politique que Kazib, avec une position estimée similaire de blocage des prix.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Déjà favorable au blocage des prix de l'énergie et à la taxation des superprofits en 2021-2023, ce qui laisse penser à la même ligne sur les carburants plutôt qu'à une baisse de la fiscalité verte.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste proche de celle de Marine Tondelier sur l'intervention publique face à la hausse des prix de l'énergie.
- Raphaël Glucksmann (Place publique) — Sa position passée en faveur du blocage des prix de l'énergie et de la taxation des superprofits suggère la même ligne sur les carburants.
- Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste proche de celle de Raphaël Glucksmann sur l'intervention publique.
- Bernard Cazeneuve — Sa position passée favorable au blocage des prix de l'énergie laisse penser à la même ligne sur les carburants.
- Olivier Faure (PS) — Ligne du premier secrétaire du PS, proche de celle de Jérôme Guedj sur l'intervention publique.
- Emmanuel Maurel (GRS) — Ligne de gauche favorable à la renationalisation de l'énergie.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — A déjà pris position pour le blocage des prix de l'énergie et la taxation des superprofits, une ligne de protection du pouvoir d'achat qui rejoint ici la gauche.
- Lydie Massard (UDB) — Position estimée de blocage des prix, cohérente avec sa ligne régionaliste de gauche.
- Parti animaliste — Position estimée de blocage des prix, cohérente avec sa ligne passée sur l'intervention publique face à la hausse des prix de l'énergie.
- Parti pirate — Même position estimée, sur la même base.
- Sylvain Durif — Position estimée de blocage des prix, faute de déclaration publique sur les carburants.
Famille 2 — Baisser la TICPE, la TVA ou une charge assimilée
Ces candidats veulent réduire le prix à la pompe en agissant sur la fiscalité ou les charges qui pèsent dessus, plutôt qu'en bloquant les prix ou en se contentant d'une aide ponctuelle.
- Marine Le Pen (RN) — Demande une baisse de la TVA sur l'énergie de 20 % à 5,5 %.
- Jordan Bardella (RN) — Sa fonction de président du parti laisse penser qu'il porterait la même demande de baisse de TVA que Marine Le Pen.
- Bruno Retailleau (LR) — Appelle à supprimer les certificats d'économie d'énergie pour faire baisser le prix à la pompe.
- David Lisnard (Nouvelle Énergie) — Propose de suspendre les CEE, un gain estimé jusqu'à 17 centimes par litre.
- Xavier Bertrand — Avait déjà demandé une baisse de la TVA sur l'énergie, une ligne cohérente avec celle de son parti, LR, sur les carburants.
- Laurent Wauquiez (LR) — Même ligne LR de baisse de la fiscalité énergétique que Bruno Retailleau et Xavier Bertrand.
- François Asselineau (UPR) — Avait déjà demandé une baisse de la TVA sur l'énergie ; son positionnement souverainiste et anti-UE rejoint ici celui du RN sur les carburants.
- Édouard Philippe (Horizons) — Avait déjà demandé une baisse de la TVA sur l'énergie pour redonner du pouvoir d'achat.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Même position déjà exprimée en faveur d'une TVA verte plus basse, antérieure à la « règle d'or » proposée depuis par Matignon.
- Gérald Darmanin — Même ligne que Gabriel Attal sur la baisse de la TVA énergétique.
- Dominique de Villepin — Avait déjà demandé une baisse de la TVA sur les produits verts et l'énergie.
- Patrick Sébastien — Même position déjà exprimée sur la baisse de la fiscalité énergétique.
- Francis Lalanne — Ligne souverainiste déjà favorable à une TVA plus basse sur l'énergie.
- Florian Philippot (Les Patriotes) — Même ligne souverainiste que Francis Lalanne sur la fiscalité énergétique.
- Karim Bouamrane (PS) — Avait déjà demandé une baisse de la TVA sur l'énergie pour le pouvoir d'achat.
- Philippe Brun (PS) — Même position déjà exprimée que Karim Bouamrane.
- Clara Egger (Solution démocratique) — Même position déjà exprimée sur la baisse de la fiscalité énergétique.
- Benoît Mathieu — Même position déjà exprimée sur la baisse de la TVA énergétique.
- Olivier Becht — Même position déjà exprimée que les autres candidats centristes de cette famille.
Famille 3 — Aider les ménages sans toucher ni aux prix ni à la fiscalité
Un attelage plus inattendu : ces cinq candidats, qui n'ont presque rien en commun par ailleurs, convergent sur une réponse minimale à la crise, une aide ciblée pour les ménages les plus touchés, sans réforme de la fiscalité des carburants ni intervention sur les prix.
- François Bayrou (MoDem) — Avait déjà défendu un coup de pouce temporaire aux ménages modestes plutôt qu'une réforme structurelle des prix de l'énergie.
- François Hollande — Même position déjà exprimée que François Bayrou.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Avait déjà défendu un coup de pouce ponctuel plutôt qu'une intervention structurelle sur les prix de l'énergie.
- Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — Même position déjà exprimée sur l'aide ponctuelle aux ménages.
- Fabien Verdier — Même position déjà exprimée que les autres candidats de cette famille.
Baisser les taxes sur les carburants : le pour et le contre
| Arguments pour une baisse structurelle | Arguments contre |
|---|---|
| Réponse rapide et lisible à la perte de pouvoir d'achat des ménages qui dépendent de leur voiture. | Réduit le signal-prix censé encourager la sobriété et la sortie du pétrole. |
| Profite en premier lieu aux ménages ruraux et périurbains, les plus dépendants de la voiture individuelle. | Prive l'État de recettes alors que le budget 2027 cherche 54 milliards d'euros d'économies. |
| Évite une hausse de la fiscalité perçue comme injuste en pleine crise du pouvoir d'achat. | Un avantage capté en partie par les marges des distributeurs plutôt que répercuté intégralement aux pompes, selon plusieurs analyses de la précédente crise énergétique. |
| Cohérent avec la contestation de 2018-2019 contre la taxe carbone, dont le souvenir pèse sur tout gouvernement. | Une baisse ciblée et temporaire, comme la « règle d'or », protège les finances publiques sans abandonner la trajectoire de fiscalité verte. |
Pour aller plus loin
- Face à la flambée des prix des carburants, quel levier privilégier ? — la nouvelle question du Quizz du Berger sur ce sujet.
- Pouvoir d'achat et vie quotidienne — inflation, prix de l'énergie, coût des transports.
- Climat, énergie et écologie — sobriété énergétique et fiscalité verte.
- Guerre Iran-Israël et détroit d'Ormuz — l'origine géopolitique de la flambée des prix du pétrole.