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Sécheresse historique et loi d'urgence agricole : les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027 sur l'eau

2026-07-20

Le printemps le plus chaud jamais mesuré, le mois de juin le plus chaud jamais enregistré, et désormais 99 départements sous arrêté de restriction d'eau : la France traverse en 2026 une sécheresse plus sévère que celle de 2022, jusqu'ici année de référence. Ce 20 juillet, l'Assemblée nationale vote solennellement la loi d'urgence agricole, qui prévoit de doubler d'ici 2035 les capacités de stockage d'eau pour l'agriculture — autrement dit, de faciliter la construction de bassines. Voici ce qu'il faut savoir, et les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027.

Une sécheresse hors norme

Chronologie d'une crise qui s'aggrave de mois en mois :

  • Printemps 2026 : le printemps le plus chaud jamais mesuré en France (+1,7 °C au-dessus des normales), avec un déficit de précipitations d'environ 30 %.
  • Fin mai 2026 : un épisode de chaleur précoce et inhabituel touche le pays.
  • Juin 2026 : le mois de juin le plus chaud jamais observé en France, avec une température moyenne de 22,75 °C (+3,8 °C par rapport aux normales), devançant le record de juin 2003.
  • 1er juillet 2026 : face à la canicule, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard annonce un plan de mesures d'urgence (accélération des indemnisations d'assurance récolte, aides à l'équipement des élevages en brumisation et ventilation, soutien au transport de fourrage, fonds hydraulique agricole pour financer des retenues d'eau).
  • 9 juillet 2026 : 95 des 96 départements métropolitains sont concernés par au moins une mesure de restriction d'eau — seule la Haute-Corse est épargnée.
  • 16 juillet 2026 : députés et sénateurs réunis en commission mixte paritaire (CMP) trouvent un compromis sur la loi d'urgence agricole, adopté par 8 voix (élus centristes, de droite et d'extrême droite) contre 4 (élus de gauche), avec 2 abstentions (macronistes).
  • 17 juillet 2026 : 99 départements sont désormais concernés par une restriction, dont 48 en situation de crise (le niveau le plus grave) et 23 en alerte renforcée. 206 arrêtés préfectoraux sur l'eau sont en vigueur, un niveau inédit depuis au moins 2013. 93 % des points de suivi des nappes phréatiques affichent un niveau en baisse, 54 % sont sous les normales mensuelles.
  • 20 juillet 2026 : vote solennel du texte à l'Assemblée nationale.
  • 21 juillet 2026 : vote solennel prévu au Sénat, pour une adoption définitive.

Ne pas respecter un arrêté de restriction constitue une contravention de 5ᵉ classe, punie d'une amende pouvant aller jusqu'à 1 500 euros, portée à 3 000 euros en cas de récidive.

Que contient la loi d'urgence agricole ?

Le texte issu du compromis du 16 juillet prévoit notamment :

  • Le doublement d'ici 2035 des capacités de stockage d'eau agricole, avec une simplification des procédures de consultation publique pour la construction de retenues d'eau (bassines).
  • Une dérogation ministérielle de trois ans maximum, sur avis de l'Anses, permettant l'usage de deux insecticides néonicotinoïdes interdits en France (flupyradifurone, acétamipride) sur les cultures de betterave, pomme, cerise et noisette — un point hérité du débat sur la loi Duplomb, promulguée le 12 août 2025 après une censure partielle du Conseil constitutionnel.
  • Le retrait, par rapport à la version votée au Sénat, d'un principe de « non-régression agricole » qui aurait limité toute nouvelle contrainte sur les prélèvements d'eau agricoles — un recul salué par la FNSEA, dénoncé par les parlementaires de gauche.

Pourquoi ce dossier divise

1. Bassines et « guerre de l'eau »

Depuis les affrontements de Sainte-Soline en 2023, les bassines (ou retenues de substitution) cristallisent l'opposition entre agriculteurs irrigants et défenseurs de l'environnement. Le 28 mars 2026, la Coordination Rurale a manifesté devant la mégabassine de Sainte-Soline, tandis qu'un collectif « Bassines non merci » s'est constitué en Touraine contre un projet de retenue relancé en Indre-et-Loire. Plusieurs élus locaux, dont le représentant de France Urbaine Ludovic Brossard, ont mis en garde contre le risque d'une véritable « guerre de l'eau » entre usages agricoles, industriels et domestiques.

2. S'adapter à la chaleur : climatiser ou sobriété ?

Le 19 juin 2026, en pleine canicule, un échange vif a opposé Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sur franceinfo. Marine Le Pen a annoncé vouloir mettre en place, si elle est élue, un « plan de climatisation massif », en priorité pour « les hôpitaux, les maisons de retraite, les écoles ». Jean-Luc Mélenchon a rétorqué : « Climatiser partout, ça veut dire augmenter les dégâts », en défendant plutôt son projet d'« écorégions » organisées autour des bassins versants pour « faire entrer l'eau dans le débat ».

3. Changer de modèle agricole ou le protéger ?

Pour une partie des candidats, la sécheresse impose de repenser en profondeur les cultures irriguées (maïs, notamment) et l'élevage intensif. Pour d'autres, la priorité est de sécuriser l'approvisionnement en eau des exploitations existantes, quitte à accélérer la construction d'infrastructures de stockage.

Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027

Sur la question « Comment la France devrait-elle gérer la crise de l'eau et les sécheresses ? » du Quizz du Berger, les 26 candidats se répartissent en trois familles nettes. Fait notable : aucun ne choisit l'option la plus légère du quiz (« on fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose, la France ne manque pas d'eau »).

Famille 1 — Changer radicalement le modèle agricole, priorité absolue

Ces candidats jugent que la crise de l'eau impose une transformation en profondeur du modèle agricole français, plutôt que des solutions techniques comme les bassines.

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Défend le projet d'« écorégions » organisées autour des bassins versants ; opposé à la climatisation généralisée comme réponse à la chaleur.
  • Clémentine Autain — Alignée sur la ligne LFI : la crise de l'eau appelle une rupture avec le modèle agro-industriel.
  • Marine Tondelier (Les Écologistes) — Priorité à la sobriété et à la transformation des pratiques agricoles plutôt qu'à l'infrastructure de stockage.
  • Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste constante : la sécheresse est une conséquence directe d'un modèle à bout de souffle.
  • Nathalie Arthaud (LO) — Dénonce un système agro-industriel organisé pour le profit plutôt que pour l'intérêt collectif.
  • Juan Branco — Opposition au modèle agro-industriel actuel, jugé incompatible avec les limites écologiques.

Famille 2 — Mieux partager l'eau, avec des restrictions encadrées

Ces candidats défendent un partage plus équilibré de la ressource entre agriculture, industrie et particuliers, avec des restrictions en période de sécheresse plutôt qu'un choix radical dans un sens ou dans l'autre. Cette famille traverse tout l'échiquier politique.

  • Gabriel Attal (Renaissance) — Ligne gouvernementale : gestion équilibrée de la ressource, articulée au plan Genevard du 1er juillet.
  • Édouard Philippe (Horizons) — Position pragmatique : partage de l'eau entre usages, sans rejeter ni les restrictions ni le stockage ciblé.
  • François Bayrou (MoDem) — Ligne centriste classique : arbitrage entre les usages plutôt que solution unique.
  • Raphaël Glucksmann (Place Publique) — Défend une gestion de l'eau qui protège à la fois l'agriculture et les écosystèmes.
  • Jérôme Guedj (PS) — Ligne social-démocrate : régulation des usages de l'eau plutôt que logique d'affrontement.
  • François Hollande — Plaide pour un partage négocié de la ressource entre les différents usagers.
  • Bernard Cazeneuve — Position d'équilibre entre soutien aux agriculteurs et préservation de la ressource.
  • Fabien Roussel (PCF) — Défend les agriculteurs tout en soutenant une répartition organisée de l'eau entre usages.
  • François Ruffin — Sensible à la situation des agriculteurs, privilégie un partage encadré plutôt que la seule fuite en avant vers les bassines.
  • Dominique de Villepin — Ligne institutionnelle : gestion raisonnée et négociée de la ressource en eau.

Famille 3 — Construire des retenues d'eau et des bassines

Ces candidats jugent prioritaire de sécuriser l'accès à l'eau des exploitations agricoles par des infrastructures de stockage, dans la ligne de la loi d'urgence agricole votée ce 20 juillet.

  • Marine Le Pen (RN) — A annoncé un « plan de climatisation massif » pour les bâtiments sensibles ; défend aussi les retenues d'eau pour l'agriculture. Le RN a voté le compromis de la CMP du 16 juillet.
  • Laurent Wauquiez (LR) — Soutient le doublement des capacités de stockage d'eau porté par la loi d'urgence agricole, dans la continuité de la loi Duplomb.
  • Bruno Retailleau (LR) — Défend la sécurisation de l'irrigation par les bassines comme réponse structurelle à la sécheresse.
  • Xavier Bertrand — Ligne similaire : priorité aux infrastructures pour que les agriculteurs puissent continuer à produire.
  • Gérald Darmanin — Soutient le compromis de la CMP sur le stockage de l'eau agricole.
  • David Lisnard — Libéral assumé, favorable aux solutions d'infrastructure plutôt qu'aux restrictions généralisées.
  • Éric Zemmour (Reconquête) — Défend la souveraineté alimentaire par la sécurisation de l'irrigation, opposé aux contraintes écologistes jugées punitives.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Priorité à l'outil agricole français, favorable aux retenues d'eau.
  • François Asselineau (UPR) — Défend la souveraineté alimentaire, ce qui passe selon lui par la sécurisation de l'irrigation.
  • Patrick Sébastien — Prend la défense du monde agricole et de ses besoins en eau pour continuer à produire.

Bassines : arguments pour et arguments contre

Arguments en faveur des retenues d'eauArguments contre, ou pour la sobriété
Sécurise l'irrigation des exploitations face à des sécheresses de plus en plus fréquentes.Prélève l'eau en hiver au détriment de la recharge naturelle des nappes et des cours d'eau.
Le doublement du stockage d'ici 2035 est présenté comme une réponse structurelle, pas seulement d'urgence.Favorise le maintien de cultures gourmandes en eau plutôt qu'une évolution des pratiques agricoles.
La loi Duplomb encadre les nouvelles retenues : pas de prélèvement dans les nappes profondes, protection des espèces.Le compromis du 16 juillet a supprimé le principe de « non-régression agricole » porté par le Sénat.
Soutenue par la FNSEA et une large partie du monde agricole.Contestée par les collectifs écologistes, qui redoutent une « guerre de l'eau » entre usages.
S'accompagne de mesures d'urgence (assurance récolte, aides à l'équipement) pour amortir la crise actuelle.Ne répond pas, selon les opposants, à la cause de fond : le dérèglement climatique et l'intensité des cultures irriguées.

Pour aller plus loin

La crise de l'eau recoupe plusieurs thèmes du Quizz du Berger :

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