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Crise migratoire à Ceuta : les positions des 42 candidats à la présidentielle 2027

2026-09-19

Le 30 juillet 2026, 49 000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta en moins de 24 heures, selon le ministère espagnol de l'Intérieur. Le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, a avancé le chiffre de 60 000. En deux jours, la quasi-totalité est repartie au Maroc, mais entre 5 000 et 10 000 personnes restaient à Ceuta début septembre. Au moins 80 personnes sont mortes selon Madrid, 141 selon l'Association marocaine des droits humains. L'événement a relancé le débat migratoire en France, à huit mois de l'élection présidentielle.

Ceuta, c'est quoi ?

Ceuta est une ville autonome espagnole de 85 000 habitants, enclavée dans le nord du Maroc, à 14 kilomètres des côtes andalouses. Avec Melilla (250 kilomètres plus à l'est), elle constitue le seul point de contact terrestre entre l'Union européenne et le continent africain. Ceuta est territoire espagnol depuis 1668 et fait partie de l'UE, mais elle est exclue de l'espace Schengen pour la libre circulation des personnes : entrer à Ceuta ne donne pas automatiquement accès au reste de l'Europe.

La crise de juillet 2026 : chronologie

  • Janvier 2026 : le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez autorise par décret la régularisation d'environ 500 000 migrants en situation irrégulière. Le nombre de demandes dépasse 1,2 million.
  • 29 juin 2026 : la Cour suprême espagnole interdit les renvois immédiats en mer (« hot returns ») vers le Maroc depuis Ceuta et Melilla. Seuls les renvois terrestres à la clôture frontalière restent autorisés.
  • 20 juillet 2026 : Pedro Sánchez se rend en Algérie pour le premier sommet bilatéral depuis 2022. Des publications sur les réseaux sociaux au Maroc commencent à relayer l'idée que la frontière est « ouverte ».
  • 20-29 juillet : environ 15 000 personnes arrivent à Ceuta, un chiffre déjà très supérieur à la normale.
  • 30-31 juillet : le pic de la crise. Des milliers de personnes nagent autour de la digue d'El Tarajal ou franchissent la clôture. Le ministère de l'Intérieur compte 49 000 entrées en 24 heures. Pedro Sánchez se rend à Ceuta et qualifie l'afflux de « violation de l'intégrité territoriale » de l'Espagne. L'armée espagnole déploie 3 000 soldats en renfort.
  • 31 juillet : la France rétablit les contrôles à sa frontière avec l'Espagne. L'Italie suspend temporairement la libre circulation Schengen pour les non-Européens en provenance d'Espagne.
  • 1er août : 22 chefs d'État ou de gouvernement européens (Italie, Danemark, Allemagne, Autriche, Finlande, Suède, Pays-Bas et quinze autres) écrivent à Ursula von der Leyen pour réclamer une réunion d'urgence. La France, le Portugal, l'Irlande et le Luxembourg ne signent pas la lettre.
  • 3 août : environ 70 000 personnes sont retournées au Maroc. Le ministère espagnol estime qu'il reste 3 000 à 5 000 migrants à Ceuta, principalement originaires d'Afrique subsaharienne.
  • 2 septembre : des manifestations « Journée de Ceuta » rassemblent des centaines de milliers de personnes en Espagne (120 000 à 140 000 à Malaga, 50 000 à Madrid, 20 000 à Ceuta).
  • 17 septembre 2026 : le Parlement européen adopte une résolution non contraignante par 339 voix contre 225, qui condamne les « franchissements massifs et illégaux » et réaffirme que Ceuta et Melilla sont des villes espagnoles et européennes.

Pourquoi la crise de Ceuta divise la France

1. Les régularisations espagnoles et l'effet d'appel

La droite et l'extrême droite françaises ont immédiatement pointé le décret de régularisation de Pedro Sánchez comme la cause directe de l'afflux. Bruno Retailleau a qualifié la crise d'« électrochoc » et réclamé la mise au ban de l'Espagne dans les instances européennes. À gauche, on répond que la quasi-totalité des migrants est repartie en quelques jours et que le lien entre régularisation et afflux à Ceuta reste contesté par plusieurs analystes. Le commissaire européen Magnus Brunner a déclaré le 4 août que l'UE ne voyait « pas de lien direct » entre la régularisation et les événements de Ceuta.

2. L'espace Schengen face à l'urgence

L'Italie a suspendu la libre circulation avec l'Espagne pour les ressortissants non européens. La Finlande a appelé à exclure l'Espagne de Schengen. La France, elle, a rétabli les contrôles à sa frontière avec l'Espagne sans signer la lettre des 22. Cette position intermédiaire montrait une France solidaire de Madrid sur la forme, mais ferme sur la protection de ses frontières. Le débat pose une question simple : quand un pays européen fait face à un afflux massif, les autres doivent-ils se protéger chacun de leur côté, ou organiser une réponse commune ?

3. Souveraineté ou solidarité entre Européens

Pour les souverainistes, Ceuta prouve que la politique migratoire doit revenir aux États. Pour les partisans de l'intégration européenne, seule une coordination (Frontex renforcé, quotas de répartition, accords avec les pays d'origine) peut empêcher qu'un tel événement se reproduise. La résolution du Parlement européen du 17 septembre, adoptée par les droites contre les groupes de gauche, illustre cette fracture.

Les positions des 42 candidats à la présidentielle 2027

La crise de Ceuta a provoqué des prises de position immédiates chez la plupart des candidats déclarés. On les regroupe en quatre familles, en croisant leurs réactions publiques et leurs réponses aux questions du Quizz du Berger sur l'immigration, Schengen et la régularisation.

Famille 1 — Fermeture des frontières et remise en cause de Schengen

Ces candidats veulent quitter l'espace Schengen ou en restreindre radicalement le fonctionnement. Pour eux, la crise de Ceuta confirme l'échec d'une gestion européenne de l'immigration.

Famille 2 — Durcissement dans le cadre européen

L'objectif ici est de renforcer les contrôles et réformer Schengen sans en sortir, avec des garanties concrètes (clauses anti-régularisation, Frontex renforcé, accords de réadmission) et une coordination européenne plus stricte.

  • Édouard Philippe (Horizons) — A proposé un « verrou Schengen » qui interdirait à un État membre de régulariser massivement des sans-papiers sans accord collectif. Il veut aussi suspendre l'enregistrement des demandes d'asile en cas d'« attaque hybride » sur les frontières.
  • Gabriel Attal (Renaissance) — A déclaré que l'Europe est « la vraie réponse structurelle et de long terme » aux crises migratoires.
  • Xavier Bertrand — Favorable à un durcissement des contrôles aux frontières européennes et nationales, dans le cadre d'un Schengen réformé.
  • David Lisnard (Nouvelle Énergie) — Libéral mais partisan de contrôles aux frontières renforcés et de conditions strictes à l'immigration.
  • Bernard Cazeneuve (La Convention) — Ancien ministre de l'Intérieur, favorable à une gestion ferme mais dans le cadre républicain et européen.
  • François Hollande (PS) — Défend une réponse européenne coordonnée avec une meilleure répartition de l'effort entre États membres.
  • Dominique de Villepin — Critique de la politique du tout-sécuritaire, mais favorable à une réponse européenne structurée qui protège les frontières extérieures.
  • Karim Bouamrane (PS) — Défend un encadrement strict de l'immigration dans le cadre européen.
  • Patrick Sébastien — Favorable à des contrôles renforcés et à une politique migratoire plus stricte.
  • Clara Egger (Solution démocratique) — Favorable à une immigration régulée par des quotas définis démocratiquement.

Famille 3 — Solidarité avec l'Espagne et traitement des causes

Pour cette famille, la priorité va à l'aide à l'Espagne, au traitement des causes de la migration (pauvreté, instabilité) et au respect du droit d'asile. Le lien entre la régularisation espagnole et la crise de Ceuta est contesté.

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — A rappelé que Ceuta est une enclave espagnole exclue de Schengen et appelé à une coordination européenne pour aider l'Espagne plutôt qu'à instrumentaliser la situation.
  • François Ruffin — Défend l'accueil des réfugiés et le traitement des causes de la migration par le codéveloppement.
  • Marine Tondelier (Les Écologistes) — Met en avant les causes climatiques et économiques de la migration, favorable à un accueil solidaire.
  • Raphaël Glucksmann (Place publique) — Défend une politique migratoire européenne solidaire, avec des voies légales d'immigration et une répartition équitable entre États.
  • Fabien Roussel (PCF) — Favorable à l'accueil dans le respect du droit d'asile, tout en exigeant des moyens d'intégration réels.
  • Delphine Batho (Génération Écologie) — Insiste sur le lien entre dérèglements climatiques, déstabilisation des pays d'origine et migrations.
  • Jérôme Guedj (PS) — Favorable à un accueil digne et à une politique européenne de solidarité.
  • Olivier Faure (PS) — A dénoncé la « course à la désinformation » de la droite et affirmé qu'il n'y aurait « pas d'invasion ».
  • Ségolène Royal (PS) — Position de solidarité européenne, favorable à un traitement humanitaire.
  • Philippe Brun (PS) — Même ligne socialiste : solidarité, accueil et codéveloppement.
  • Emmanuel Maurel (GRS) — Favorable à une réponse solidaire entre pays européens, avec attention aux causes économiques.
  • Lydie Massard (UDB) — Défend l'accueil solidaire et la coopération avec les pays d'origine.
  • Fabien Verdier — Solidarité européenne et traitement des causes.
  • Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — Favorable à une politique migratoire humaniste et européenne.
  • Parti animaliste (PA) — Solidarité et traitement humanitaire des migrants.
  • Parti pirate (PP) — Favorable à la libre circulation et à une politique d'accueil européenne.

Famille 4 — Ouverture des frontières

La libre circulation des personnes est un droit, pas une concession. La crise de Ceuta est, selon cette famille, la conséquence des politiques de fermeture.

  • Nathalie Arthaud (LO) — Dénonce les frontières comme des instruments au service du capital et défend la libre circulation des travailleurs.
  • Anasse Kazib (Révolution permanente) — Même position internationaliste : ouverture des frontières et accueil inconditionnel.
  • Selma Labib (NPA-R) — Défend la libre circulation des personnes et condamne les politiques de refoulement.
  • Juan Branco — Dénonce la militarisation des frontières européennes et défend l'ouverture.

Arguments pour et contre un durcissement de la politique migratoire après Ceuta

Arguments en faveur d'un durcissementArguments contre un durcissement
49 000 entrées en 24 heures montrent la vulnérabilité des frontières européennes terrestres.La quasi-totalité des migrants est repartie en quelques jours, et la crise s'est résorbée d'elle-même.
La régularisation espagnole a pu créer un signal d'appel pour les candidats à l'immigration.Le commissaire européen Magnus Brunner n'a constaté « pas de lien direct » entre la régularisation et les événements.
Ceuta est exclue de Schengen, mais l'inquiétude porte sur la pression vers le continent via l'Espagne.Aucun migrant n'a atteint la péninsule espagnole ni le reste de l'espace Schengen depuis Ceuta.
80 à 141 morts révèlent un drame humanitaire qu'une politique ferme pourrait prévenir.C'est la fermeture des voies légales qui pousse les gens à des traversées mortelles.
Les manifestations de septembre en Espagne traduisent un rejet populaire massif.Exploiter la peur migratoire à des fins électorales ne résout pas les causes structurelles.

Pour aller plus loin

La crise de Ceuta touche à plusieurs thèmes du Quizz du Berger :

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