Le 14 octobre 2025, le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2026 prévoyait de geler la revalorisation de toutes les pensions de retraite de base. Trois semaines plus tard, l'Assemblée nationale supprimait cette mesure par 308 voix contre 99, avec les députés RN et LR aux côtés de la gauche. Le 24 août 2026, sur RMC-BFM TV, le ministre de l'Économie Roland Lescure a rouvert le même débat pour le budget 2027, en le présentant cette fois comme l'une des « options » sur la table pour cibler les pensions les plus élevées.
Désindexation des pensions : de quoi parle-t-on ?
Les pensions de retraite de base sont, par la loi, revalorisées chaque 1er janvier au rythme de l'inflation constatée l'année précédente. Désindexer, c'est déroger à cette règle : geler la revalorisation, ou ne l'appliquer qu'en partie. Pour 2027, l'inflation attendue tourne autour de 2 % : l'appliquer à l'ensemble des pensions coûterait environ 6 milliards d'euros, sur une charge globale des retraites qui doit croître de 12 milliards en 2027 sous le double effet de l'inflation et du vieillissement démographique.
Le scénario que Bercy privilégie n'est plus un gel généralisé comme en 2025, mais un mécanisme à trois paliers : indexation normale pour les petites pensions, taux intermédiaire pour les pensions moyennes, gel ou forte sous-indexation au-delà d'un seuil encore débattu, quelque part entre 2 000 et 3 000 euros bruts par mois. Aucun seuil n'est arrêté à ce stade, et il divise jusqu'au sein de la majorité : pour le député Renaissance Sylvain Maillard, un retraité à 2 000 euros par mois n'est pas quelqu'un d'aisé.
Chronologie du dossier :
- Décembre 2024 : le Premier ministre Michel Barnier propose un report de six mois de la revalorisation des pensions dans son budget. Marine Le Pen dénonce une mesure qui « vole à nos aînés des milliards d'euros de pouvoir d'achat » ; la censure de son gouvernement suit quelques jours plus tard.
- 14 octobre 2025 : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 prévoit un gel de toutes les pensions de base et de plusieurs prestations sociales.
- Début novembre 2025 : à l'Assemblée nationale, un amendement porté par le groupe socialiste supprime le gel par 308 voix contre 99, contre l'avis du gouvernement.
- 26 novembre 2025 : le Sénat rétablit le gel par 198 voix contre 120, en l'assouplissant : les pensions inférieures à 1 400 euros bruts et les bénéficiaires de l'AAH en sont exemptés.
- 16 décembre 2025 : l'Assemblée nationale adopte définitivement le PLFSS 2026 par 247 voix contre 232 sans le gel : les pensions de base sont revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026.
- 14 août 2026 : Roland Lescure évoque pour la première fois, dans un entretien à Libération, une « piste » de désindexation partielle pour le budget 2027.
- 24 août 2026 : sur RMC-BFM TV, le ministre confirme que l'option est étudiée, tout en précisant qu'« aucune décision n'est prise ».
- 23 août 2026 : à l'université d'été de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon annonce que LFI censurera le gouvernement Lecornu sur l'ensemble de son budget 2027.
Pourquoi ce dossier revient diviser la classe politique
1. Une bataille déjà perdue une fois par le gouvernement
Le gel généralisé a été rejeté à l'Assemblée par une coalition inhabituelle, du RN à la gauche en passant par des députés LR, avant d'être remis en selle par le Sénat puis finalement abandonné en dernière lecture. Rouvrir le dossier pour 2027, même sous une forme plus ciblée, revient à rejouer un rapport de force que l'exécutif a déjà perdu une fois.
2. Où placer le curseur entre « retraité aisé » et petite pension
Le désaccord de Sylvain Maillard avec sa propre majorité sur le seuil de 2 000 euros illustre la difficulté : selon l'INSEE, ce montant se situe au-dessus du niveau de vie médian, mais rien de commun avec les pensions les plus confortables. Fixer la limite à 2 000, 2 500 ou 3 000 euros change radicalement le nombre de retraités concernés et le montant des économies réalisées.
3. Un financement alternatif proposé par la gauche
Jean-Luc Mélenchon oppose à la désindexation une taxation des grandes fortunes et des superprofits des multinationales. Le débat sur les retraites recoupe ainsi celui, plus large, sur qui doit financer le redressement des comptes publics.
Les positions des 37 candidats à la présidentielle 2027
Sur le Quizz du Berger, la nouvelle question « Le budget 2027 envisage de ne plus revaloriser certaines pensions de retraite au même rythme que l'inflation. Qu'en pensez-vous ? » propose six réponses, de l'indexation intégrale et sans exception à une baisse réelle du niveau des pensions. Voici comment se répartissent les 37 candidats.
Famille 1 — Indexation intégrale de toutes les pensions, sans exception
Cette famille rassemble, au-delà du clivage gauche-droite habituel, tous ceux qui refusent qu'une part quelconque des pensions échappe à l'inflation : la gauche, qui veut faire porter l'effort sur le capital, et le RN et les souverainistes, qui défendent le pouvoir d'achat de leur électorat retraité.
- Marine Le Pen (RN) — A qualifié la désindexation de « violation de la loi » lors des débats budgétaires de décembre 2025, et fait voter son groupe contre le gel à l'Assemblée.
- Jordan Bardella (RN) — Ligne commune du groupe RN à l'Assemblée, opposé au gel des pensions.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Propose de financer l'effort budgétaire par la fiscalité des grandes fortunes plutôt que par les retraités, et a annoncé la censure du budget 2027.
- Clémentine Autain — Alignée sur la ligne LFI de refus de toute désindexation.
- François Ruffin — Défend le pouvoir d'achat des retraités populaires, opposé à toute mesure d'économie sur les pensions.
- Fabien Roussel (PCF) — Rejette la désindexation au nom du pouvoir d'achat des retraités ouvriers.
- Nathalie Arthaud (LO) — Dénonce toute mesure d'économie qui vise les retraités plutôt que les profits.
- Anasse Kazib (Révolution permanente) — Même ligne de refus de l'austérité sur les pensions.
- Selma Labib (NPA-R) — Opposition frontale à toute désindexation.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — S'oppose à une mesure d'austérité sur les retraités plutôt que sur les grandes fortunes ou le capital.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Opposition écologiste de gauche à toute baisse de pouvoir d'achat des retraités.
- Raphaël Glucksmann (Place publique / PS) — Aligné avec le groupe socialiste, qui a porté l'amendement de suppression du gel en 2025.
- Jérôme Guedj (PS) — Porte, avec son groupe, l'amendement de suppression du gel des pensions à l'Assemblée en novembre 2025.
- François Hollande — Ligne social-démocrate classique de protection du pouvoir d'achat des retraités.
- Bernard Cazeneuve — Aligné sur la position du groupe socialiste contre le gel des pensions.
- Ségolène Royal — Ligne social-démocrate de défense du pouvoir d'achat des retraités.
- Philippe Brun (PS) — Porte-parole budgétaire du groupe socialiste, aligné sur l'amendement de suppression du gel.
- Karim Bouamrane (PS) — Aligné sur la position de son groupe à l'Assemblée.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste, défend le pouvoir d'achat des retraités contre toute mesure d'austérité.
- François Asselineau (UPR) — Lie le refus de la désindexation à sa ligne souverainiste plus large.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Défend le pouvoir d'achat de son électorat retraité, opposé à toute mesure de gel.
- Florian Philippot (Les Patriotes) — Ligne souverainiste de défense du pouvoir d'achat des retraités.
- Juan Branco — Opposition frontale à toute mesure d'austérité sur les pensions.
- Patrick Sébastien — Défend le pouvoir d'achat du monde populaire et rural, opposé au gel des pensions.
- Francis Lalanne (France Libre) — Ligne populaire de refus de l'austérité sur les retraités.
- Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — Défend le pouvoir d'achat des retraités contre les mesures d'économie budgétaire.
- Lydie Massard (UDB) — Ligne régionaliste de gauche, opposée à toute baisse du pouvoir d'achat des retraités.
Famille 2 — Désindexation ciblée sur les pensions les plus élevées, indexation intégrale des petites et moyennes pensions
Cette famille, qui va du camp gouvernemental à une partie de la droite républicaine, ne rejette pas le principe d'une désindexation, mais seulement au-delà d'un certain montant, en préservant explicitement les petites et moyennes pensions.
- Édouard Philippe (Horizons) — Promet des « efforts partagés » pour 2027 et assume demander davantage aux retraités les plus aisés, tout en préservant les petits revenus.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Dans la ligne de son gouvernement, dont le ministre de l'Économie porte la désindexation ciblée sur les pensions élevées.
- Gérald Darmanin — Aligné sur la ligne gouvernementale Renaissance.
- François Bayrou (MoDem) — Avait négocié, comme Premier ministre en 2025, une revalorisation à la moitié de l'inflation pour tous avec un rattrapage complet pour les pensions les plus modestes.
- Laurent Wauquiez (LR) — A obtenu en 2025 un compromis budgétaire du même type : demi-revalorisation pour tous en janvier, rattrapage intégral pour les petites pensions en juillet.
- Bruno Retailleau (LR) — Ligne de rigueur budgétaire de LR, avec la protection des petites pensions déjà actée dans le compromis de 2025.
- Xavier Bertrand — Droite modérée, ex-ministre des Affaires sociales, favorable à un effort ciblé qui épargne les petites pensions.
- Dominique de Villepin — Position médiane, favorable à un effort proportionné qui préserve les pensions les plus modestes.
Famille 3 — Effort partagé par tous les retraités, y compris les plus modestes
Cette famille, plus réduite, défend une sous-indexation générale plutôt qu'un ciblage sur les seules pensions élevées, au nom d'un partage plus large de l'effort budgétaire.
- David Lisnard — Libéral assumé, plutôt favorable à un effort budgétaire large que concentré sur une seule catégorie de retraités.
- Clara Egger (Solution démocratique) — Ligne démocratique participative, favorable à un partage large de l'effort plutôt qu'à un ciblage.
Arguments pour et arguments contre la désindexation
| Arguments en faveur d'une désindexation ciblée | Arguments contre toute désindexation |
|---|---|
| La charge des pensions augmente de 12 milliards d'euros en 2027 sous le seul effet de l'inflation et du vieillissement. | Les retraités ont cotisé toute leur carrière : réduire leur pouvoir d'achat revient à modifier après coup les règles du système. |
| Cibler les pensions les plus élevées épargne les retraités les plus modestes, contrairement à un gel généralisé. | Le seuil de 2 000 à 3 000 euros bruts reste flou et pourrait toucher des retraités qui ne se considèrent pas comme aisés. |
| D'autres leviers de financement (fiscalité du capital, superprofits) prennent du temps à mettre en œuvre. | D'autres sources d'économies existent, sur les niches fiscales ou la fiscalité des plus hauts patrimoines. |
| Le gel de 2025 avait déjà prévu un rattrapage pour les petites pensions, preuve que la mesure est calibrable. | Le Parlement a déjà rejeté un gel généralisé une fois, en novembre 2025. |
Pour aller plus loin
La désindexation des pensions touche à plusieurs débats du Quizz du Berger :
- La question dédiée sur le Quizz du Berger.
- Travail, Chômage, Retraite — le thème complet, avec l'âge de départ et le temps de travail légal.
- Âge de départ à la retraite — l'autre grand dossier retraites de cette rentrée.
- Dette publique — le contexte budgétaire qui pousse à rouvrir ce débat.