Le 22 juillet 2026, un feu se déclare sur la commune de Saumos, en Gironde, et se propage vers Le Porge puis Lège-Cap-Ferret. Cinq jours plus tard, il a détruit 42 000 hectares, forcé l'évacuation de 220 000 personnes dans 23 communes et coûté la vie à trois sapeurs-pompiers depuis le début de l'été. À l'échelle nationale, plus de 116 000 hectares sont partis en fumée depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, un record depuis 2022. Sur les 26 candidats à la présidentielle 2027, aucun ne conteste la gravité de la situation, mais leurs réponses sur le financement de la sécurité civile et l'adaptation au changement climatique divergent nettement.
Chronologie de l'été 2026
- 22 juillet 2026 : un feu se déclare à Saumos, en Gironde, et progresse vers Le Porge puis Lège-Cap-Ferret.
- Nuit du 23 au 24 juillet : plus de 10 000 personnes sont évacuées par précaution, dont huit centres de vacances.
- 23 juillet 2026 : deux propositions de loi sont déposées à l'Assemblée nationale. La première, portée par la députée écologiste Sandra Regol, vise à moderniser le modèle de sécurité civile et prévoit une trajectoire d'investissement pluriannuelle pour la flotte aérienne. La seconde, déposée par le député RN Emmanuel Taché, instaure une réponse pénale ferme et systématique aux incendies volontaires.
- 25 juillet 2026 : une cellule de crise se tient au ministère des Armées ; 1 500 militaires sont mobilisés en renfort, ainsi qu'un avion de transport A400M en complément des Canadair.
- 26-27 juillet 2026 : la surface brûlée en Gironde et dans les Landes atteint 42 000 hectares. Le bilan national depuis le 1ᵉʳ janvier grimpe à plus de 116 000 hectares brûlés, 220 000 évacuations préventives, plus de 240 bâtiments détruits et 88 sapeurs-pompiers blessés.
- 27 juillet 2026 : Emmanuel Macron préside une cellule interministérielle de crise au ministère de l'Intérieur. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez défend un budget de la sécurité civile passé de 450 à 800 millions d'euros depuis 2017 (+76 %), ainsi qu'un « pacte capacitaire » de 150 millions d'euros pour l'achat de matériel par les Sdis. Marine Tondelier tient une conférence de presse pour réclamer un « État-providence climatique ».
- 28 juillet 2026 : le député du Doubs Matthieu Bloch annonce le dépôt d'une troisième proposition de loi, créant une circonstance aggravante pour les incendies volontaires commis en période de risque « très élevé ou extrême ».
- 29 juillet 2026 : Bruno Retailleau se rend en Gironde à la rencontre des sinistrés et réclame que le gouvernement présente « dans les prochaines semaines » la loi issue du Beauvau de la sécurité civile, qu'il avait lancé comme ministre de l'Intérieur.
Pourquoi la crise divise
1. Qui doit payer pour les pompiers ?
Les Sdis sont financés à 60 % par les départements, via une fiscalité locale dont les recettes dynamiques s'amenuisent. Le Sénat a fait adopter dans le budget 2026 une hausse ciblée de la taxe sur les conventions d'assurance (TSCA) pour mieux financer les Sdis. En novembre 2025, lors de l'examen du budget 2026, un amendement proposant cette même hausse avait pourtant été rejeté, avec le vote contre du Rassemblement national.
2. Répression des incendiaires ou cause climatique structurelle ?
Deux lectures s'affrontent sur l'origine du problème. Jean-Luc Mélenchon attribue les incendies à « la stupidité du capitalisme », qu'il présente comme un résultat politique plutôt qu'un phénomène naturel. Marine Tondelier récuse l'idée que des cas individuels d'incendiaires puissent occulter des choix politiques collectifs sur la gestion des forêts. À l'inverse, les trois propositions de loi déposées entre le 23 et le 28 juillet visent en priorité à durcir les sanctions pénales contre les auteurs d'incendies volontaires.
3. Une flotte aérienne toujours jugée insuffisante
La France dispose de douze avions bombardiers d'eau (six Canadair, six Dash 8), une flotte jugée insuffisante face à l'intensification des feux liée au changement climatique. Deux nouveaux appareils DHC-515 ont été commandés en juin 2026 pour 209 millions d'euros, portant à terme la flotte à seize appareils. Leur livraison n'est toutefois prévue qu'à partir de 2032, en raison de retards industriels chez le constructeur canadien De Havilland.
4. Le discours et le vote
Les critiques sur le manque de moyens ne collent pas toujours avec le bilan des votes parlementaires. En juin 2023, dix-neuf députés de La France insoumise avaient voté contre la loi renforçant la prévention et la lutte contre le risque incendie. En novembre 2025, les députés RN avaient voté contre l'amendement relevant la TSCA pour les Sdis. Interrogé le 28 juillet 2026, le ministre délégué chargé de la Transition écologique Mathieu Lefèvre a résumé cette contradiction : « Les mêmes qui ont refusé de voter les augmentations budgétaires viennent aujourd'hui dire qu'elles ne sont pas assez importantes. »
Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027
Sur la question « Comment adapter la sécurité civile et lutter contre les feux de forêt ? » du Quizz du Berger, les 26 candidats se répartissent en quatre familles.
Famille 1 — Fermeté d'abord, pas de nouveaux moyens significatifs
Ces candidats mettent l'accent sur la répression des incendiaires plutôt que sur une hausse des moyens nationaux de la sécurité civile.
- Marine Le Pen (RN) — A adressé un message de soutien aux sinistrés et aux pompiers, mais ses députés ont voté contre l'amendement relevant la taxe sur les assurances pour financer les Sdis en novembre 2025.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Sa ligne sécuritaire constante laisse penser qu'il privilégierait la répression des incendiaires à une hausse des moyens.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Ligne souverainiste proche du RN, sa position laisse penser à un accent mis sur la fermeté plutôt que sur de nouveaux financements.
- Patrick Sébastien — Sa ligne populiste sur l'ordre public laisse penser à un soutien à une réponse ferme contre les incendiaires plutôt qu'à un nouveau plan de dépense.
Famille 2 — Moderniser sans creuser la dépense publique
Ces candidats soutiennent une modernisation de la sécurité civile (flotte aérienne, statut des pompiers volontaires), financée par une fiscalité ciblée plutôt que par le budget général.
- Bruno Retailleau (LR) — À l'origine du Beauvau de la sécurité civile comme ministre de l'Intérieur, il réclame désormais la loi de modernisation qui en est issue.
- Laurent Wauquiez (LR) — Ligne proche de celle de Retailleau au sein du groupe LR.
- Xavier Bertrand — Ligne LR similaire, favorable à une modernisation financée sans dérapage budgétaire.
- David Lisnard — Président de l'Association des maires de France, sa ligne de gestionnaire local laisse penser à un soutien à une réforme ciblée du financement des Sdis plutôt qu'à un grand plan national.
- François Bayrou (MoDem) — Ligne centriste, sa position laisse penser à un soutien à la hausse ciblée de la taxe sur les assurances votée au Sénat.
- Gérald Darmanin — Garde des Sceaux, sa ligne sécuritaire laisse penser à un soutien à la fois à la modernisation des moyens et au durcissement pénal porté par la proposition de loi RN.
- François Asselineau (UPR) — Ligne souverainiste favorable aux fonctions régaliennes de l'État, sans grand plan de dépense nouvelle.
Famille 3 — Un plan d'investissement pluriannuel financé par le budget général
Ces candidats défendent une hausse des moyens humains et aériens de la sécurité civile financée par le budget général, accompagnée d'une politique d'adaptation des forêts.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Son camp gouvernemental défend un budget de la sécurité civile porté de 450 à 800 millions d'euros depuis 2017 et un pacte capacitaire pour les Sdis.
- Édouard Philippe (Horizons) — Ligne centriste proche de la majorité gouvernementale sur l'investissement dans les moyens de la sécurité civile.
- Bernard Cazeneuve — Ancien ministre de l'Intérieur, sa ligne laisse penser à un soutien à un plan d'investissement piloté par l'État plutôt qu'à une nouvelle taxe dédiée.
- Dominique de Villepin — Ligne gaulliste favorable à un État stratège investissant directement dans l'adaptation climatique.
- Raphaël Glucksmann (Place Publique) — Ligne social-démocrate européenne, favorable à un investissement public dans l'adaptation climatique.
- Jérôme Guedj (PS) — Ligne proche de celle de Glucksmann au sein du bloc socialiste.
- François Hollande — Ligne PS similaire, favorable à un plan d'investissement public.
Famille 4 — Vers un « État-providence climatique », voire une rupture avec le système économique
Ces candidats réclament un effort budgétaire plus large, financé par une taxation des grandes entreprises polluantes ou des superprofits, certains y ajoutant une critique plus radicale du système économique.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Réclame un « État-providence climatique » financé par une taxe sur les superprofits des compagnies pétrolières et gazières, et critique les monocultures forestières.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Attribue les incendies à « la stupidité du capitalisme » et appelle à une planification écologique.
- Fabien Roussel (PCF) — Dans ses vœux 2026, appelait à donner des moyens à la sécurité civile pour adapter la France aux risques de canicule et de sécheresse.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste proche de celle de Tondelier sur le financement climatique.
- Clémentine Autain — Ligne écologiste de gauche, proche de l'État-providence climatique défendu par les Écologistes.
- François Ruffin — Ligne proche de celle de Mélenchon sur la responsabilité du système économique.
- Nathalie Arthaud (LO) — Ligne trotskiste, attribue structurellement la crise au système capitaliste plutôt qu'à des choix budgétaires isolés.
- Juan Branco — Ligne radicale proche de celle de LFI sur la responsabilité du système économique.
Arguments pour un grand plan national et arguments pour la fermeté locale
| Arguments pour un grand plan de financement national | Arguments pour la fermeté et la responsabilisation locale |
|---|---|
| Le changement climatique intensifie durablement les feux : la flotte aérienne (12 appareils) est jugée insuffisante et les nouveaux Canadair n'arriveront qu'en 2032. | Une partie des feux est d'origine volontaire ou négligente : durcir les sanctions cible directement une cause identifiée. |
| Plusieurs rapporteurs parlementaires jugent les ressources actuelles des Sdis insuffisantes face à l'ampleur des besoins. | Les départements et les communes sont les mieux placés pour adapter leurs moyens aux risques locaux, sans transfert de charge vers le budget de l'État. |
| Une fiscalité dédiée (taxe sur les superprofits ou sur les assurances) ferait contribuer les secteurs les plus concernés ou les plus profitables. | Augmenter les impôts ou les taxes pour financer un nouveau plan pèserait sur les assurés ou les entreprises, dans un contexte de déficit public déjà élevé. |
| Un plan de reforestation résiliente réduirait le risque à long terme, au-delà de la seule réponse opérationnelle. | La gestion forestière relève d'abord des propriétaires privés et des collectivités, pas d'un plan national. |
Pour aller plus loin
La crise des feux de forêt s'inscrit dans un débat plus large sur l'adaptation de la France au changement climatique. Sur le Quizz du Berger, les thèmes et questions qui touchent à ces sujets :
- Climat, Énergie et Écologie — nucléaire, renouvelables, sobriété énergétique, répartition de l'effort climatique.
- Sécurité civile et feux de forêt — la question complète et les réponses détaillées des 26 candidats.
- Crise de l'eau et sécheresse — un autre effet du changement climatique qui touche l'agriculture française.