Le 22 septembre 2025, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, Emmanuel Macron a reconnu l'État de Palestine, faisant de la France le premier pays du G7 à franchir ce pas. La décision a été saluée à gauche et dénoncée à droite et à l'extrême droite. Deux ans de guerre à Gaza, une famine déclarée et un mandat d'arrêt international contre le Premier ministre israélien forment l'arrière-plan de ce geste. Le Quizz du Berger comptait déjà trois questions sur le conflit israélo-palestinien ; la reconnaissance en déplace l'enjeu, et les 26 candidats ne s'accordent pas sur sa légitimité.
Gaza : où en est la guerre ?
Déclenchée après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, la guerre à Gaza a connu en 2025 et 2026 plusieurs tournants :
- 21 novembre 2024 : la Cour pénale internationale émet des mandats d'arrêt contre le Premier ministre Benyamin Nétanyahou et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, notamment pour « la famine comme méthode de guerre ». Les quelque 124 États membres de la CPI sont tenus de les arrêter sur leur territoire.
- 22 août 2025 : l'IPC déclare une famine dans la ville de Gaza, la première jamais reconnue au Proche-Orient. Israël rejette fermement ce constat, qu'il juge faux et politisé.
- 9-10 octobre 2025 : un accord de cessez-le-feu, adossé au plan en 20 points de Donald Trump, entre en vigueur. Les 20 otages vivants sont libérés en trois jours ; Israël libère 250 prisonniers condamnés à perpétuité et 1 700 Gazaouis détenus depuis le 7 octobre.
- 16 janvier 2026 : Trump nomme les membres fondateurs d'un « Conseil de la paix » chargé de la reconstruction, dont Tony Blair et Jared Kushner. La Banque mondiale évalue le coût de la reconstruction à plus de 70 milliards de dollars.
Le bilan humain est lourd et contesté. Le ministère de la Santé de Gaza fait état d'environ 70 000 à 75 000 morts ; l'armée israélienne juge cet ordre de grandeur « largement exact » tout en contestant la part de civils et de combattants ; une étude indépendante publiée dans The Lancet Global Health estime le nombre de morts violentes supérieur d'environ un tiers aux registres officiels. Le cessez-le-feu tient début 2026, mais reste fragile.
La reconnaissance de la Palestine par la France
Le 24 juillet 2025, Emmanuel Macron avait annoncé, dans une lettre au président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, que la France reconnaîtrait l'État de Palestine. Il assortissait cette reconnaissance de conditions : cessez-le-feu immédiat, libération de tous les otages, aide humanitaire massive, démilitarisation du Hamas et exclusion de ce dernier de toute gouvernance. La reconnaissance formelle est intervenue le 22 septembre 2025 à l'ONU, lors d'une conférence coprésidée avec l'Arabie saoudite.
La France s'inscrivait dans une vague : la veille, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et le Portugal avaient reconnu la Palestine ; le même jour, la Belgique, le Luxembourg, Malte, Monaco et Andorre suivaient. Israël a réagi durement : Benyamin Nétanyahou a affirmé qu'« un État palestinien ne sera pas créé », son ministre des Finances Bezalel Smotrich a proposé d'annexer 82 % de la Cisjordanie, et l'ambassadeur israélien à Paris a qualifié la France d'« agent déstabilisateur ».
Pourquoi le sujet divise la France
1. Reconnaître maintenant, ou après un accord ?
Pour ses partisans, la reconnaissance maintient vivante la solution à deux États et refuse d'attendre indéfiniment. Pour ses opposants, reconnaître un État palestinien pendant que le Hamas détient encore des otages revient à « récompenser le terrorisme ».
2. Les drapeaux sur les mairies
Le 22 septembre 2025, plus de cent maires ont hissé le drapeau palestinien au fronton de leur mairie, malgré une consigne d'interdiction du ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau au nom de la neutralité du service public. Plusieurs tribunaux administratifs ont ordonné leur retrait.
3. L'« importation du conflit » et l'antisémitisme
Le débat se double d'une inquiétude sur l'antisémitisme. Selon le Service de protection de la communauté juive, la France a recensé 1 676 actes antisémites en 2023, 1 570 en 2024 et 1 320 en 2025, contre 436 en 2022. La droite et le gouvernement accusent LFI d'« importer le conflit » ; LFI rejette cette accusation et dénonce une confusion entre antisionisme et antisémitisme.
Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027
Sur la question « La France doit-elle reconnaître l'État de Palestine ? » du Quizz du Berger, les 26 candidats se répartissent en quatre familles.
Famille 1 — Oui, immédiatement et sans condition
La gauche et une partie des voix gaullistes défendent une reconnaissance pleine et entière comme droit du peuple palestinien.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — A salué une « victoire irréversible » de la lutte populaire, tout en jugeant les conditions de Macron « alambiquées » ; LFI réclame un embargo sur les armes et des sanctions contre Israël.
- Clémentine Autain — Reconnaissance sans condition et dénonciation de la politique israélienne à Gaza.
- François Ruffin — Soutien à une reconnaissance immédiate.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — A appelé les maires à hisser le drapeau palestinien : « Un drapeau sur une façade de mairie n'a jamais tué personne. »
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste favorable à la reconnaissance.
- Fabien Roussel (PCF) — « Cette reconnaissance va dans le bon sens mais arrive très tard. »
- Raphaël Glucksmann (Place Publique) — Partisan de la reconnaissance et de la solution à deux États, sur une ligne distincte de LFI sur le 7 octobre et l'antisémitisme.
- Nathalie Arthaud (LO) — Soutien à la cause palestinienne face à la politique israélienne.
- Juan Branco — Engagé pour la reconnaissance et contre la politique israélienne à Gaza.
- Dominique de Villepin — Défenseur d'une reconnaissance et d'une relance de la solution à deux États.
Famille 2 — Oui, mais dans le cadre d'un accord négocié
Le centre et une partie du PS soutiennent la reconnaissance en l'inscrivant dans un processus de paix, comme l'a fait le gouvernement.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Ligne présidentielle : reconnaissance conditionnée au cessez-le-feu, à la libération des otages et à l'exclusion du Hamas.
- Gérald Darmanin — Membre du gouvernement, aligné sur la reconnaissance conditionnée.
- Édouard Philippe (Horizons) — Favorable à une reconnaissance dans un cadre négocié.
- François Bayrou (MoDem) — Soutien à la ligne gouvernementale.
- Bernard Cazeneuve — Reconnaissance adossée à un processus de paix.
- François Hollande — Favorable à une reconnaissance négociée et à la solution à deux États.
- Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste de reconnaissance dans un cadre de paix.
- Xavier Bertrand — Favorable à une reconnaissance conditionnée à la libération des otages.
- David Lisnard — Reconnaissance envisagée dans un processus négocié.
- François Asselineau (UPR) — Favorable à une reconnaissance dans le respect du droit international.
- Patrick Sébastien — Ligne favorable à une reconnaissance encadrée.
Famille 3 — Pas maintenant
Ces candidats jugent la reconnaissance prématurée tant que les otages ne sont pas libérés et que le Hamas n'est pas écarté.
- Marine Le Pen (RN) — A qualifié la décision de Macron de « faute grave » et fait de la libération des otages un préalable, accusant le président de reconnaître le « Hamastan ».
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Juge la reconnaissance prématurée dans le contexte actuel.
- Laurent Wauquiez (LR) — Opposé à une reconnaissance immédiate, jugée hors de propos tant que le Hamas n'est pas neutralisé.
Famille 4 — Non, une reconnaissance qui fragilise Israël
À droite et à l'extrême droite, ce camp refuse la reconnaissance, perçue comme une récompense au terrorisme.
- Bruno Retailleau (LR) — Ministre de l'Intérieur, il a interdit les drapeaux palestiniens sur les mairies et jugé que la reconnaissance « offre une victoire au Hamas ».
- Éric Zemmour (Reconquête) — Fermement pro-israélien, opposé à une reconnaissance qu'il présente comme une prime au terrorisme.
Arguments pour et arguments contre la reconnaissance de la Palestine
| Arguments en faveur de la reconnaissance | Arguments contre la reconnaissance |
|---|---|
| Maintient vivante la solution à deux États face à la colonisation. | Reconnaître pendant la détention d'otages reviendrait à récompenser le Hamas. |
| Répond à un droit du peuple palestinien à disposer d'un État. | Une reconnaissance sans accord ne changerait rien sur le terrain. |
| Inscrit la France dans une dynamique internationale (Royaume-Uni, Canada, Belgique). | Fragiliserait Israël et tendrait la relation bilatérale. |
| Pèse en faveur d'un règlement politique plutôt que militaire. | Alimenterait, selon ses opposants, l'importation du conflit en France. |
Pour aller plus loin
La guerre à Gaza et la reconnaissance de la Palestine recoupent trois questions du Quizz du Berger :
- Reconnaître l'État de Palestine — la question complète et les réponses des 26 candidats.
- Israël / Palestine : où vous situez-vous ? — le positionnement de chaque candidat.
- Que devrait faire la France ? — médiation, pression ou soutien.