← Blog

Guerre au Soudan : tout comprendre, les armes françaises et les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027

2026-08-10

Le 26 octobre 2025, après un siège de près de dix-huit mois, les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire, ont pris El Fasher, la dernière grande ville du Darfour tenue par l'armée soudanaise. La guerre du Soudan a fait, selon des estimations qui varient largement, entre 40 000 et 150 000 morts et déplacé environ douze millions de personnes, ce qui en fait la plus grande crise de déplacement au monde. La France en parle peu, alors qu'elle vend des armes à un pays au cœur du conflit. Le sujet touche à deux questions du Quizz du Berger : la politique africaine et l'éthique des exportations d'armement.

La guerre du Soudan : qui combat qui ?

Depuis le 15 avril 2023, deux généraux s'affrontent pour le pouvoir. D'un côté l'armée régulière (SAF), dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan. De l'autre les Forces de soutien rapide (RSF) du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », héritières des milices Janjawids du Darfour. Le conflit est né de leur désaccord sur l'intégration des RSF dans l'armée nationale.

  • 15 avril 2023 : les combats éclatent à Khartoum et s'étendent au Darfour.
  • 1er août 2024 : le comité d'examen de la famine (IPC) confirme une famine dans le camp de déplacés de Zamzam, près d'El Fasher, la première du conflit.
  • Juillet 2025 : les RSF et leurs alliés proclament un gouvernement parallèle depuis Nyala, au Darfour.
  • 26 octobre 2025 : chute d'El Fasher. Les RSF contrôlent désormais les cinq capitales du Darfour. Human Rights Watch et Amnesty International documentent des exécutions de masse, des viols et un nettoyage ethnique.
  • 19 février 2026 : la mission d'enquête de l'ONU sur le Soudan estime que les attaques des RSF présentent « les caractéristiques d'un génocide ».
  • 12 juillet 2026 : un tribunal de Port-Soudan condamne Hemedti à mort par contumace pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

Sur le plan humanitaire, l'ONU recense environ 24,6 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë et une famine confirmée dans une dizaine de zones. Le décompte des morts n'est pas unifié : les chiffres officiels de l'ONU évoquent plus de 40 000 morts, d'autres estimations approchent 150 000, et les organisations humanitaires jugent le vrai bilan bien supérieur.

Le rôle des puissances étrangères, et la gêne française

Le conflit est alimenté de l'extérieur. Les Émirats arabes unis soutiennent les RSF, ce qu'ils démentent officiellement. En mai 2025, Amnesty International a documenté la présence, entre les mains des RSF, d'armement chinois de type Norinco réexporté par les Émirats, en violation de l'embargo de l'ONU sur le Darfour ; l'Égypte et l'Iran appuient de leur côté l'armée régulière. En janvier 2025, les États-Unis ont qualifié de génocide les exactions des RSF et sanctionné Hemedti, avant de sanctionner aussi le général Burhan.

La gêne française tient à ceci : la France est le deuxième fournisseur d'armes des Émirats arabes unis, avec notamment un contrat de 80 Rafale signé en 2021. Des composants français ont été repérés sur du matériel militaire aux mains des RSF, selon Amnesty. La France a organisé, le 15 avril 2024, une conférence humanitaire pour le Soudan à Paris, qui a mobilisé plus de 2 milliards d'euros de promesses de dons, dont plus de 150 millions d'euros d'aide française, mais elle a appelé à cesser « les ingérences étrangères » sans jamais nommer les Émirats. En juillet 2026, Human Rights Watch a dénoncé « le silence troublant de la France » sur le rôle émirati.

Pourquoi le Soudan est un sujet politique pour la France

1. L'éthique des ventes d'armes

La France a signé le Traité sur le commerce des armes, qui interdit d'exporter des armes susceptibles de servir à des crimes de guerre. Vendre pour des milliards d'euros aux Émirats, dont les Nations unies et Amnesty documentent le soutien à une milice accusée de génocide, place cet engagement en contradiction directe avec les intérêts commerciaux.

2. La politique africaine de la France

Le Soudan s'inscrit dans le repli de la présence française en Afrique. Après le départ des bases du Sahel, la dernière ayant été rétrocédée au Tchad le 30 janvier 2025, la France a perdu une grande partie de son influence sur le continent. La doctrine affichée, « moins de bases, plus d'écoles », reste à prouver.

3. Deux poids, deux mesures ?

La mobilisation massive pour l'Ukraine et l'intensité du débat sur Gaza contrastent avec l'indifférence relative à la plus grande catastrophe humanitaire du monde, souvent qualifiée de « guerre oubliée ». Cette hiérarchie de l'attention est un reproche récurrent.

Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027

Le Soudan n'a pas encore sa propre question au Quizz du Berger, et peu de candidats se sont exprimés en détail. Leurs lignes sur la politique africaine et les ventes d'armes permettent de dégager trois familles, à considérer comme des estimations tant qu'ils ne se prononcent pas explicitement.

Famille 1 — Conditionner ou suspendre les ventes d'armes, agir sur l'humanitaire

À gauche et chez les écologistes, la ligne dominante lie l'aide humanitaire à une remise en cause des exportations d'armes vers les Émirats.

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Critique constante des ventes d'armes françaises ; devrait réclamer leur suspension et pointer la responsabilité émiratie.
  • Clémentine Autain — Ligne d'opposition aux exportations d'armes vers les belligérants.
  • François Ruffin — Sensible aux causes humanitaires, devrait dénoncer l'incohérence des ventes d'armes.
  • Marine Tondelier (Les Écologistes) — Devrait réclamer un contrôle strict des exportations et une action humanitaire renforcée.
  • Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste proche.
  • Fabien Roussel (PCF) — Opposition aux ventes d'armes alimentant les conflits.
  • Nathalie Arthaud (LO) — Dénonce le commerce des armes au service des intérêts impérialistes.
  • Juan Branco — Devrait mettre en cause la responsabilité française et émiratie.

Famille 2 — Aide humanitaire, mais maintien du partenariat stratégique émirati

Au centre et à droite, la ligne concilie l'aide au Soudan et la préservation d'une relation stratégique et commerciale avec les Émirats, dans la continuité de la diplomatie actuelle.

  • Gabriel Attal (Renaissance) — Ligne gouvernementale : conférence humanitaire de Paris, aide financière, sans rupture avec les Émirats.
  • Gérald Darmanin — Membre du gouvernement, aligné sur cette diplomatie.
  • Édouard Philippe (Horizons) — Devrait privilégier la stabilité des partenariats stratégiques.
  • François Bayrou (MoDem) — Sensible à l'humanitaire, sans remettre en cause l'alliance émiratie.
  • Bernard Cazeneuve — Ligne diplomatique classique, aide humanitaire et prudence stratégique.
  • François Hollande — Devrait soutenir une action multilatérale sans rupture bilatérale.
  • Jérôme Guedj (PS) — Aide humanitaire et contrôle des exportations, sans doctrine de rupture.
  • Xavier Bertrand — Devrait défendre la relation avec les Émirats tout en soutenant l'aide.
  • Laurent Wauquiez (LR) — Ligne de préservation des intérêts stratégiques français.
  • Bruno Retailleau (LR) — Devrait maintenir le partenariat émirati.
  • David Lisnard — Ligne libérale attachée aux débouchés économiques et aux partenariats.
  • Dominique de Villepin — Devrait plaider pour une médiation diplomatique et le respect du droit international.

Famille 3 — Non-intervention et priorité aux frontières

Chez les souverainistes, le Soudan relève d'abord de la question migratoire et du refus d'un engagement extérieur coûteux.

  • Marine Le Pen (RN) — Devrait lier la crise soudanaise à la pression migratoire et écarter tout engagement militaire.
  • Éric Zemmour (Reconquête) — Ligne centrée sur le contrôle des frontières face aux déplacements de population.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste hostile à un engagement extérieur.
  • François Asselineau (UPR) — Devrait dénoncer les ingérences étrangères sans engagement français.
  • Patrick Sébastien — Ligne sensible à la question migratoire, sans doctrine internationale tranchée.

Arguments pour et arguments contre une remise en cause des ventes d'armes aux Émirats

Arguments pour conditionner les ventes d'armesArguments pour maintenir le partenariat
La France a signé le Traité sur le commerce des armes, qui interdit d'exporter vers un risque de crimes de guerre.Les Émirats sont un partenaire stratégique et un client majeur (contrat de 80 Rafale).
Des composants français ont été repérés sur du matériel aux mains des RSF, selon Amnesty.Suspendre les ventes n'arrêterait pas une guerre alimentée par plusieurs puissances.
La cohérence entre le discours humanitaire de Paris et ses actes est en jeu.Rompre exposerait la France à perdre des marchés au profit d'autres fournisseurs.
Nommer le soutien émirati donnerait du poids à la médiation internationale.La diplomatie française privilégie le dialogue discret à la dénonciation publique.

Pour aller plus loin

Le Soudan touche à la place de la France en Afrique et à sa diplomatie de puissance :

→ Faire le quiz

Trouvez votre candidat idéal

21 thèmes, 133 questions, 26 candidats.

Faire le quiz
AccueilQuizzQuestions