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Jours de carence et arrêts maladie : tout comprendre et les positions des 37 candidats à la présidentielle 2027

2026-08-31

Édouard Philippe veut « mettre fin à l'open bar » des arrêts de travail. Le candidat Horizons l'a annoncé fin août 2026, quelques jours avant le premier débat de la campagne présidentielle 2027, organisé par le Medef le 27 août devant sept candidats. Sa proposition remet sur le devant de la scène un dossier que le Parlement a déjà tranché deux fois en trois mois, dans des sens opposés.

Jour de carence : de quoi parle-t-on ?

Le jour de carence est la période, en début d'arrêt maladie, pendant laquelle le salarié ou l'agent n'est indemnisé ni par la Sécurité sociale ni par son employeur. Dans le secteur privé, la règle légale prévoit trois jours de carence, non couverts par la Sécurité sociale. Dans la fonction publique, elle est d'un seul jour depuis 2018. L'écart entre les deux secteurs est cependant moins net qu'il n'y paraît : selon le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, dans 75 % des cas les jours de carence du privé sont pris en charge par la mutuelle ou la prévoyance de l'entreprise, ce qui n'existe pas dans la fonction publique.

Un débat rouvert presque chaque année depuis 2012

La proposition d'Édouard Philippe

Devant les entrepreneurs puis devant le Medef, Édouard Philippe a chiffré à environ 17 milliards d'euros par an le coût des arrêts de travail pour les comptes publics, en rappelant que la dépense a progressé de près de 40 % entre 2019 et 2025. Sa proposition, inspirée du modèle espagnol, consiste à ne pas indemniser le premier ou les deux premiers jours des arrêts courts, dans le public comme dans le privé. Il propose aussi d'instaurer un délai incompressible de plusieurs mois entre un arrêt maladie et une rupture conventionnelle, pour lutter contre ce qu'il appelle le « chantage aux arrêts maladie ». Cette dernière mesure touche à un autre sujet, la rupture du contrat de travail, et n'entre pas dans le champ de la question ci-dessous.

Pourquoi ce dossier divise

1. Une charge budgétaire qui grimpe

Les indemnités journalières maladie versées par l'Assurance maladie représentent une part croissante des dépenses de l'Objectif national de dépenses d'assurance maladie. Pour les partisans d'un durcissement, cette trajectoire justifie d'agir sur le premier motif de sortie du travail, les arrêts courts, plutôt que d'attendre une nouvelle hausse de cotisations ou un déficit accru de la Sécurité sociale.

2. Sanctionner l'arrêt, ou traiter ses causes ?

Pour les opposants à toute extension, la hausse des arrêts maladie tient aussi à des causes qui ne se règlent pas par une carence plus longue : vieillissement de la population active, dégradation des conditions de travail, tensions dans les services de soins. Manuel Bompard résumait cette ligne en demandant de « combattre les raisons de la souffrance au travail » plutôt que de pénaliser l'arrêt lui-même.

3. Public contre privé, ou fonctionnaires seuls visés ?

Le débat 2024-2026 a porté presque exclusivement sur la fonction publique, où l'employeur (l'État, les collectivités, les hôpitaux) supporte directement le coût. La proposition de Philippe change l'échelle du débat en visant aussi le secteur privé, où la carence est déjà plus longue mais souvent absorbée par les complémentaires.

Les positions des 37 candidats à la présidentielle 2027

Sur le Quizz du Berger, la question « Faut-il durcir les jours de carence pour les arrêts maladie ? » propose quatre positions, de la suppression du jour de carence public à un durcissement allant au-delà de trois jours. Voici comment se répartissent les 37 candidats.

Famille 1 — Supprimer le jour de carence dans le public et mieux indemniser les arrêts courts

Cette famille, à gauche, rejette toute extension et défend au contraire un retour à une indemnisation intégrale dès le premier jour.

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Son mouvement, par la voix de son coordinateur Manuel Bompard, a qualifié l'extension de la carence de « façon scandaleuse de faire des économies en montrant du doigt les fonctionnaires ».
  • Clémentine Autain — Alignée sur la ligne portée par Manuel Bompard, qui privilégie le traitement des causes de l'absentéisme à une nouvelle carence.
  • Juan Branco — Sur la même ligne que la gauche radicale, opposé à toute mesure présentée comme punitive envers les agents publics.
  • Anasse Kazib (Révolution permanente) — Défend l'indemnisation intégrale des arrêts maladie comme n'importe quel syndicaliste de sa tradition trotskiste.
  • Selma Labib (NPA-R) — Défend, dans la même logique anticapitaliste, qu'aucune économie ne doit se faire sur le dos des salariés malades.
  • Nathalie Arthaud (LO) — Rejette tout dispositif qui fait porter aux travailleurs le coût de la maladie.
  • François Hollande — Son gouvernement avait supprimé le jour de carence des fonctionnaires en 2014 ; sa ligne actuelle devrait rester dans cette continuité.

Famille 2 — Garder les règles actuelles

Cette famille, plutôt centriste et sociale-démocrate, défend le statu quo actuel, un jour de carence dans le public et trois dans le privé, sans réclamer ni sa suppression ni son durcissement.

  • Raphaël Glucksmann (Place Publique / PS) — Sa ligne sociale-démocrate privilégie l'amélioration des conditions de travail à un nouveau tour de vis sur les arrêts maladie.
  • Jérôme Guedj (PS) — Défend la ligne PS classique, sans nouvelle carence mais sans campagne pour sa suppression totale non plus.
  • Philippe Brun (PS) — Même ligne que son parti sur ce dossier.
  • Bernard Cazeneuve (La Convention) — Proche de la ligne PS historique, favorable au statu quo plutôt qu'à une nouvelle extension.
  • Marine Tondelier (Les Écologistes) — Priorité aux conditions de travail et à la prévention plutôt qu'à la carence comme levier d'économie.
  • Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste proche de celle de Tondelier sur ce sujet.
  • François Ruffin — Défend une protection sociale forte pour les salariés, sans avoir fait de la suppression totale de la carence un axe de sa campagne.
  • Fabien Roussel (PCF) — Ligne proche du PS et des Écologistes sur ce point, opposé à toute extension.
  • François Asselineau (UPR) — Le sujet n'est pas central dans son programme souverainiste, mais sa ligne protectrice des agents publics le rapproche du statu quo.
  • Francis Lalanne — Discours anti-système sans position détaillée sur ce point technique ; classé prudemment au statu quo.
  • Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — Pas de proposition publique connue sur ce dossier précis.
  • Lydie Massard (UDB) — Ligne régionaliste de gauche, plutôt favorable au maintien des protections existantes.

Famille 3 — Aligner le public sur le privé, trois jours de carence partout

Cette famille reprend la ligne votée par le Sénat en décembre 2025, qui voulait harmoniser les deux secteurs à trois jours sans aller plus loin.

  • Marine Le Pen (RN) — Son parti porte cette position depuis octobre 2024, quand Jordan Bardella s'est dit favorable à l'alignement à trois jours, à condition que les économies financent le pouvoir d'achat.
  • Jordan Bardella (RN) — A directement porté cette proposition en 2024, avant que le Sénat ne la reprenne dans le budget 2026.
  • Xavier Bertrand (LR) — Ligne LR classique, dans la continuité du vote des sénateurs LR-centre de décembre 2025.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Ligne souverainiste favorable à l'alignement des régimes, sans excès punitif.
  • Gabriel Attal (Renaissance) — Le gouvernement auquel son camp appartient s'est opposé à l'amendement sénatorial de décembre 2025, ce qui situe sa ligne proche du statu quo actuel plutôt étendu à trois jours si un compromis budgétaire l'exige.
  • Gérald Darmanin — C'est lui qui, ministre des Comptes publics en 2017, avait annoncé le rétablissement du jour de carence dans le public ; une nouvelle hausse mesurée s'inscrirait dans sa ligne.
  • François Bayrou (MoDem) — Position centriste, favorable à un alignement progressif plutôt qu'à un statu quo ou un durcissement fort.
  • Dominique de Villepin — Ligne gaulliste sociale, favorable à un rapprochement mesuré des deux régimes.
  • Patrick Sébastien — Discours de bon sens populaire, plutôt favorable à l'égalité de traitement entre public et privé.
  • Florian Philippot (Les Patriotes) — Ligne souverainiste proche de celle du RN sur ce point précis.
  • Karim Bouamrane (PS) — Sensibilité plus réformiste que la ligne PS majoritaire, plus encline à l'alignement des régimes.
  • Ségolène Royal (PS) — Ligne social-libérale, plus encline que la majorité du PS à accepter un alignement mesuré.
  • Clara Egger (Solution démocratique) — Approche pragmatique et technocratique, plutôt favorable à l'harmonisation des règles entre secteurs.

Famille 4 — Aller au-delà de trois jours et renforcer les contrôles

Cette famille reprend et dépasse la ligne portée par Édouard Philippe fin août 2026, qui veut durcir la carence pour tous les arrêts courts, public et privé confondus, et renforcer les contrôles.

  • Édouard Philippe (Horizons) — Porte lui-même cette ligne depuis fin août 2026, avec l'objectif assumé de « mettre fin à l'open bar » des arrêts de travail.
  • Bruno Retailleau (LR) — Le plus offensif des candidats LR sur la maîtrise de la dépense publique, cohérent avec un durcissement au-delà du simple alignement à trois jours.
  • Laurent Wauquiez (LR) — Même logique de fermeté budgétaire, dans la continuité de ses positions sur le RSA et l'indemnisation chômage.
  • David Lisnard — Libéral assumé, favorable à un contrôle renforcé des arrêts courts au nom de la maîtrise de la dépense publique.
  • Éric Zemmour (Reconquête) — Ligne de fermeté budgétaire et de contrôle renforcé, cohérente avec ses positions sur le RSA et le chômage.

Jours de carence : arguments pour et contre un durcissement

Arguments pour un durcissementArguments contre
Les dépenses d'indemnités journalières maladie progressent plus vite que l'inflation depuis 2019.Le secteur privé absorbe déjà en grande partie sa propre carence via les complémentaires, contrairement au secteur public.
Aligner les deux régimes met fin à une différence de traitement entre agents publics et salariés du privé.Une carence plus longue pénalise davantage les bas salaires, qui ont moins accès à une complémentaire couvrant l'arrêt.
Un signal contre les arrêts de complaisance, dans un contexte de tensions budgétaires.La hausse des arrêts tient aussi à des causes structurelles (vieillissement, conditions de travail) qu'une carence plus longue ne traite pas.
L'Assemblée nationale a déjà supprimé une première tentative d'extension, preuve qu'un compromis reste à trouver plutôt qu'un blocage définitif.Le débat démobilise l'attention sur des réformes de prévention et de conditions de travail jugées plus efficaces à long terme.

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