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Manifestations interdites : droit de manifester, pillages, Trappes, grève du 5 novembre et positions des 46 candidats à la présidentielle 2027

2026-11-02

Article mis à jour au fil des événements. Dernière mise à jour : 2 novembre 2026.

« Quand ce ne sont pas des organisations syndicales, partout où on le peut, on interdira », a déclaré Emmanuel Macron le 22 octobre 2026, cinq jours après les pillages du 17 octobre. Depuis, des préfets ont interdit des cortèges, des juges en ont rétabli certains, et le Conseil d'État a écarté le centre de Paris du parcours du 31 octobre. Les syndicats appellent à la grève ce jeudi 5 novembre.

Que s'est-il passé depuis le 17 octobre ?

Le président peut-il interdire une manifestation ?

Le droit de manifester n'est écrit tel quel dans aucun article de la Constitution. Le Conseil constitutionnel le rattache à l'article 11 de la Déclaration de 1789 sur la libre communication des pensées et des opinions, dans une décision du 4 avril 2019. Une manifestation se déclare à l'avance, et c'est l'autorité de police, en pratique le préfet, qui peut l'interdire en cas de risque pour l'ordre public. Le juge des référés contrôle ensuite cette décision.

Pour Paul Cassia, professeur de droit à Paris 1, Emmanuel Macron « n'est ni ministre de l'Intérieur, ni préfet », et réserver la rue aux syndicats contrevient à l'égalité de traitement. Serge Slama, professeur à Grenoble Alpes, estime qu'« ce n'est pas au président de la République de choisir ses opposants ». Un conseiller de l'exécutif, cité anonymement par franceinfo, répond que le président « n'outrepasse absolument pas ses prérogatives ».

Le Conseil d'État n'a pas tranché cette querelle sur le fond. Saisi notamment par la Ligue des droits de l'Homme, le Syndicat de la magistrature et sept partis de gauche, il a jugé le 23 octobre que les propos du président « ne révèlent pas l'existence d'une décision d'interdire toute manifestation ». Il n'y avait donc rien à suspendre, et chaque préfet reste tenu d'apprécier les risques rassemblement par rassemblement.

Ce que les juges ont décidé, ville par ville

  • Bouches-du-Rhône, 24 octobre : le tribunal administratif de Marseille maintient l'interdiction à Marseille, où des pillages ont eu lieu le 17 octobre, sauf pour le cortège syndical. Il la suspend à Gardanne, Istres, Martigues, Miramas et Tarascon, où aucun trouble n'avait été constaté.
  • Paris, 30-31 octobre : la préfecture de police impose un parcours en périphérie et interdit Bastille-Nation. Le tribunal administratif suspend cet arrêté, puis le Conseil d'État lui donne tort, en invoquant « un risque très élevé » de nouveaux troubles et un secteur « propice à pillages ». Le parcours de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton permet selon lui de « préserver la pleine liberté de manifester ».
  • Creuse, 31 octobre : le tribunal administratif de Limoges suspend l'interdiction des rassemblements de plus de neuf personnes à Guéret, La Souterraine et Aubusson, quelques minutes avant le départ du cortège de Guéret.

Pour le 31 octobre, le ministère indique que les préfets ont interdit les rassemblements appelés à partir de 20 heures et autorisé les cortèges de journée, surtout hors des centres-villes. « Une manifestation, ça doit se voir », réclamait Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, en demandant un parcours en centre-ville.

Pourquoi la crise divise la France

1. Les pillages et la réponse pénale

Le gouvernement met en avant la gravité des faits. Le 22 octobre, Gérald Darmanin annonçait 217 incarcérations sur 2 700 gardes à vue, et Emmanuel Macron visait des groupes « d'ultragauche » qui chercheraient à « faire tomber la République ». Christophe Béchu, président par intérim d'Horizons, pose comme préalable « la condamnation sans retenue de la violence ». À gauche, Fabien Roussel demande de « traiter les causes de ces manifestations et pas les symptômes ». La question de la justice fait l'objet d'une question dédiée du quiz.

2. Les violences reprochées à la police

Le parquet de Paris a ouvert une enquête après la blessure d'un photographe de 25 ans, touché à l'artère fémorale par un tir de grenade le 17 octobre selon la plainte et placé en soins intensifs. À Saint-Denis, un adjoint au maire LFI dit avoir été aspergé de gaz lacrymogène par un policier. Le même article recense 105 enquêtes de l'IGPN au 29 octobre, pour les manifestations lycéennes et celles des 17 et 24 octobre. Ces enquêtes sont en cours et les policiers concernés sont présumés innocents. Laurent Nuñez répond que les attaques contre les forces de l'ordre « s'apparentent assez souvent à des tentatives de meurtre ».

3. L'attentat de Trappes

Le 23 octobre, une fusillade a eu lieu à Trappes et à La Verrière. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, est mort, et les sources comptent de cinq à sept blessés. Le parquet national antiterroriste s'est saisi, et le suspect, mis en examen le 29 octobre, est présumé innocent. Devant les enquêteurs, il aurait expliqué vouloir « venger » les commerces pillés le 17 octobre en visant des personnes noires et arabes. Il conteste le caractère terroriste et raciste des faits, qu'Emmanuel Macron a qualifiés d'attentat terroriste raciste.

La responsabilité des discours oppose les camps. Olivier Faure estime que ces discours créent un climat propice aux passages à l'acte, et Sébastien Lecornu a critiqué à l'Assemblée les paroles qui arment d'autres personnes. La députée écologiste Léa Balage El Mariky a lancé à Jordan Bardella « vous ciblez, ils tuent », en référence à ses propos passés sur Trappes. Marine Le Pen a réclamé toute la lumière sur un « acte barbare », et Bruno Retailleau a établi un lien entre « immigration massive » et désordres du 17 octobre (recension des réactions).

4. La grève du 5 novembre

Le mot de grève générale circule, mais l'appel de l'intersyndicale porte sur une journée de grève et de manifestations, centrée sur les salaires, les pensions et le budget 2027. La CGT va plus loin et demande des assemblées générales sur les lieux de travail pour décider de la généraliser. Sa suite dépendra donc de ces assemblées et des préavis de chaque secteur. Jean-Luc Mélenchon répète de son côté qu'Emmanuel Macron « devra céder ou partir ».

Les positions des 46 candidats à la présidentielle 2027

Le Quizz du Berger ajoute une question sur ce point : à partir de quel niveau de risque l'État peut-il interdire une manifestation ? Peu de candidats ont répondu aussi directement. La plupart des positions ci-dessous sont donc estimées à partir de leur parcours et de leurs réponses au quiz sur la sécurité, et restent à corriger si l'un d'eux se prononce.

Famille 1 — Interdire largement pour revenir au calme

Famille 2 — Interdire dès qu'un risque sérieux est identifié sur place

C'est, à peu de chose près, le critère retenu par le Conseil d'État : le préfet juge au cas par cas.

  • Marine Le Pen (RN) — Distingue depuis le 17 octobre les revendications sociales, qu'elle dit légitimes, et les violences ; elle devrait soutenir les préfets sans défendre une interdiction générale.
  • Jordan Bardella (RN) — Même ligne probable que Marine Le Pen.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Sa ligne d'autorité laisse penser qu'il accepterait ces interdictions ciblées.
  • Édouard Philippe (Horizons) — A demandé la plus grande fermeté après le 17 octobre ; son profil institutionnel suggère un examen au cas par cas.
  • Gabriel Attal (Renaissance) — Proche de la ligne du gouvernement.
  • Laurent Wauquiez (LR) — Ferme sur les violences, sans demande connue d'interdiction générale.
  • David Lisnard — Sa ligne d'ordre républicain va dans ce sens.
  • François Bayrou (MoDem) — Sa ligne centriste suggère un contrôle au cas par cas.
  • Bernard Cazeneuve — Ancien ministre de l'Intérieur, attaché au cadre légal de l'autorité préfectorale.
  • François Hollande — Président pendant l'état d'urgence de 2015, il devrait admettre l'interdiction en cas de risque établi.
  • Patrick Sébastien — Estimation fondée sur ses réponses au quiz sur la sécurité.
  • Olivier Becht — Proche de la ligne du gouvernement.

Famille 3 — Seulement en dernier recours

Le Parti socialiste, Les Écologistes, le Parti communiste, Génération.s et Debout figurent parmi les requérants du 23 octobre. Ce recours visait la déclaration du président, pas tout pouvoir d'interdire.

Famille 4 — Jamais : poursuivre les auteurs de violences, pas ceux qui défilent

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Dénonce une épreuve de force engagée par le président, et son parti a saisi le Conseil d'État ; sa position de principe est estimée.
  • Clémentine Autain — Son mouvement L'Après a saisi le Conseil d'État ; sa position de principe est estimée.
  • Nathalie Arthaud (LO) — Opposée par principe aux pouvoirs de l'État contre les mouvements sociaux, estimation.
  • Anasse Kazib (Révolution permanente) — Même estimation.
  • Selma Labib (NPA-R) — Même estimation.
  • Juan Branco — Sa critique constante des dérives autoritaires de l'État suggère cette position.
  • Francis Lalanne — Son engagement aux côtés des Gilets jaunes suggère cette position.
  • Sylvain Durif — Même estimation.
  • Parti pirate (PP) — Sa défense historique des libertés publiques suggère cette position.

Arguments pour et contre l'interdiction des manifestations

Pour interdire ou déplacerContre
Le Conseil d'État retient un risque très élevé de nouveaux troubles à Paris, sur la foi des services de renseignement.Une manifestation repoussée en périphérie perd sa visibilité, argument de la CGT.
Des commerces ont été pillés en marge des cortèges.Les violences relèvent de leurs auteurs, pas des personnes qui défilent pacifiquement.
Les forces de l'ordre ont compté plus d'un millier de blessés le 17 octobre.L'Union étudiante dénonce une « répression administrative », et une porte-parole des gilets jaunes juge que cela incite à braver les interdits.
Le juge reste saisi et a déjà suspendu plusieurs arrêtés.Distinguer syndicats et autres organisateurs pose, selon Paul Cassia, un problème d'égalité de traitement.

Pour aller plus loin

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