Six organisations syndicales de l'Éducation (FSU, UNSA Éducation, FO, CFDT, CGT et SUD) appellent à la grève ce mardi 13 octobre 2026, dans les écoles, collèges, lycées et l'enseignement supérieur. Pour tenter de désamorcer le mouvement avant cette date, le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a annoncé l'envoi de 3 000 professeurs remplaçants dans les établissements en difficulté d'ici mardi. Les syndicats, eux, parlent d'un budget d'austérité, « le pire de l'histoire de la Ve République » selon FO enseignement. Qui a raison sur les moyens réels de l'école ?
Le dossier : une hausse budgétaire qui supprime des postes
Le budget 2027 de l'Éducation nationale augmente nominalement, d'environ 1,2 milliard d'euros selon l'AFP, et le ministère affirme créer 3 300 postes. Mais l'essentiel de cette hausse nette vient de postes de professeurs stagiaires et d'élèves-enseignants liés à la réforme de la formation, pas de postes devant une classe : dans le même budget, 1 588 postes d'enseignants titulaires sont supprimés pour la rentrée 2027. Pour le ministre Édouard Geffray, ce budget apporte « une réponse très concrète » au manque de professeurs et « le gouvernement ne fait pas d'économies sur la jeunesse ». Pour la FSU-SNUipp, dont la secrétaire générale Aurélie Gagnier déplore une dégradation continue des remplacements et des postes spécialisés, c'est l'inverse : le terrain manquera encore de professeurs l'an prochain. Les deux lectures s'appuient sur les mêmes chiffres officiels ; elles divergent sur ce qui compte comme un vrai moyen pour une classe.
Chronologie
- 21 septembre 2026 : premiers blocages lycéens, partis du manque de professeurs et de classes surchargées.
- 1er octobre 2026 : le budget 2027 de l'Éducation nationale est présenté, avec ses 1 588 suppressions de postes d'enseignants titulaires.
- 6 octobre 2026 : « Acte III » de la mobilisation lycéenne et étudiante. Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Olivier Faure rejoignent les cortèges, aux côtés des syndicats enseignants.
- 9 octobre 2026 : la commission des finances de l'Assemblée rejette le volet recettes du budget 2027, dans lequel s'inscrit le budget de l'Éducation.
- 12 octobre 2026 : Édouard Geffray annonce l'envoi de 3 000 professeurs remplaçants d'ici le lendemain. Les six organisations syndicales confirment leur appel à la grève du 13 octobre.
- 13 octobre 2026 : grève unitaire dans les écoles, collèges, lycées et l'enseignement supérieur.
Pourquoi ce dossier divise
1. Un vrai manque de moyens, ou une question d'organisation ?
Le désaccord ne porte pas sur la réalité des classes sans professeur : tout le monde en convient. Il porte sur la cause. Pour le gouvernement, l'enveloppe globale suffit et le problème est d'affectation et de remplacement au jour le jour, ce que l'envoi des 3 000 remplaçants est censé corriger dans l'urgence. Pour les syndicats, le problème est structurel : on ne peut pas durablement remplacer les professeurs qui partent si l'on supprime des postes au même moment.
2. Le gel du point d'indice, pour la deuxième année consécutive
Au-delà des postes, le point d'indice des fonctionnaires, dont celui des enseignants, reste gelé pour la deuxième année de suite, selon l'intersyndicale qui avait déjà fait grève le 29 septembre. C'est l'un des points qui relie ce mouvement au reste du budget 2027 : les mêmes arbitrages sur la dépense publique qui touchent les retraités ou les collectivités locales touchent aussi les salaires enseignants.
3. Qui porte le mouvement politiquement
Plusieurs personnalités de gauche candidates à 2027, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Olivier Faure en tête, ont rejoint les cortèges du 6 octobre. Le gouvernement conteste depuis plusieurs semaines que le mouvement soit spontané, une lecture que la droite reprend plus largement en mettant l'accent sur l'instrumentalisation plutôt que sur le contenu des revendications budgétaires elles-mêmes.
Les positions des 46 candidats sur le budget de l'école
Le Quizz du Berger pose depuis le départ la question « que pensez-vous du budget de l'Éducation nationale ? ». Ses quatre réponses vont d'une hausse massive jugée vitale à l'idée que le budget actuel suffit déjà. Les candidats s'y répartissent en trois blocs nets.
Famille 1 — L'école est « en perdition », seule une hausse massive peut la sauver
Pour ces candidats, le constat budgétaire actuel ne suffit pas : il faut une rupture, pas un ajustement.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Juge la situation de l'Éducation nationale critique et défend une hausse massive du budget.
- François Ruffin — Même diagnostic d'urgence budgétaire pour l'école.
- Nathalie Arthaud (LO) — Même réponse, depuis une ligne de rupture avec les budgets d'austérité.
- Juan Branco — Même position que ses alliés les plus à gauche sur ce point.
Famille 2 — Investir davantage, c'est le placement le plus rentable pour la société
Ces candidats veulent une hausse réelle du budget, sans aller jusqu'au constat de « perdition » ; c'est le bloc le plus large, de la gauche modérée à une partie des souverainistes.
- Raphaël Glucksmann (Place publique) — Défend un investissement accru dans l'école.
- Olivier Faure (PS) — Même ligne ; il a rejoint le cortège du 6 octobre.
- Jérôme Guedj (PS) — Même réponse que son parti.
- Fabien Roussel (PCF) — Défend une hausse des moyens pour l'école publique.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Même ligne ; elle aussi présente dans le cortège du 6 octobre.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Même famille de réponse.
- Emmanuel Maurel (GRS) — Même position.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Rejoint cette famille depuis une ligne souverainiste qui met l'investissement éducatif au-dessus des économies budgétaires.
- François Asselineau (UPR) — Même position que Nicolas Dupont-Aignan sur ce point précis.
Famille 3 — Le budget est suffisant, il faut mieux dépenser l'argent existant
Pour ces candidats, l'enjeu n'est pas le niveau du budget mais son organisation, une ligne cohérente avec la défense par Édouard Geffray d'un budget qui augmente déjà.
- Édouard Philippe (Horizons) — Juge le budget actuel suffisant et défend une meilleure organisation des moyens existants.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Même ligne que le gouvernement qu'il a soutenu.
- Bruno Retailleau (LR) — Même position sur le niveau du budget.
- David Lisnard — Même ligne de gestion plutôt que de hausse budgétaire.
- Xavier Bertrand — Même réponse que ses alliés de la droite parlementaire.
- Marine Le Pen (RN) — Même position sur le niveau du budget de l'Éducation.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Même ligne de gestion du budget existant.
Arguments pour et arguments contre la lecture du gouvernement
| Arguments pour la lecture du gouvernement | Arguments pour la lecture syndicale |
|---|---|
| Le budget de l'Éducation augmente de 1,2 milliard d'euros et crée 3 300 postes au total. | 1 588 postes d'enseignants devant une classe disparaissent à la rentrée 2027. |
| 3 000 professeurs remplaçants supplémentaires sont envoyés dans les établissements en difficulté dès octobre. | Le point d'indice reste gelé pour la deuxième année consécutive, ce qui pèse sur l'attractivité du métier. |
| La hausse nette de postes, même concentrée sur la formation, profite à moyen terme au recrutement. | Les stagiaires et élèves-enseignants ne remplacent pas, à court terme, un titulaire devant une classe. |
Pour aller plus loin
- Recherche et éducation — toutes les questions du quiz sur l'école.
- Budget de l'Éducation nationale — la question posée depuis le début du quiz.
- Parcoursup et l'accès à l'enseignement supérieur — l'une des revendications du mouvement lycéen et étudiant.
- Salaires des fonctionnaires — le gel du point d'indice qui touche aussi les enseignants.