Le 9 août 2026, l'ancien Premier ministre François Bayrou a proposé, dans un entretien au Figaro, une primaire réunissant « tous ceux qui rejettent les extrêmes », du Parti socialiste jusqu'aux gaullistes, pour désigner un candidat unique face au risque d'un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen en 2027. Vingt-quatre heures plus tard, la proposition avait réussi l'exploit de mettre tout le monde d'accord contre elle : franceinfo titrait sur une idée « décriée à l'unanimité », le porte-parole socialiste Arthur Delaporte a jugé qu'elle n'avait « aucune chance d'exister », et le secrétaire général des Républicains Othman Nasrou a exclu toute négociation avec Horizons ou Renaissance sur ce projet.
Chacun rejette l'étiquette, personne ne la définit
Personne, dans cette séquence, ne s'est disputé sur la définition de l'extrême. Chaque camp a simplement refusé l'étiquette que la primaire lui proposait, sans jamais préciser où, selon lui, elle commence vraiment. Olivier Faure défend de son côté une primaire de toute la gauche, du PS aux écologistes en passant par d'anciens Insoumis rompus avec Jean-Luc Mélenchon, ce qui revient à tracer sa propre frontière entre le fréquentable et l'infréquentable, différente de celle de François Bayrou.
Extrême par rapport à quoi ?
En science politique, « extrême » ne désigne aucun contenu idéologique fixe. Le mot signifie loin du centre consensuel du moment, avec une charge négative qui sous-entend l'excès ou le danger, mais il ne repose sur aucune définition absolue ou universelle : il pointe simplement ce qui se situe aux bords d'un spectre, par contraste avec un centre et des courants dits « modérés ». Ce centre, justement, n'est pas fixe. Ce qui est jugé extrême en France en 2026 ne l'est pas nécessairement aux États-Unis ou en Hongrie, où le curseur du débat public n'occupe pas la même place. Les grilles de nuances politiques utilisées pour classer les candidats aux scrutins français rangent d'ailleurs les partis dans six blocs (extrême gauche, gauche, autres, centre, droite, extrême droite) qui sont des conventions de classement, révisées à chaque élection, pas des catégories scientifiques immuables.
Le centre du débat s'est déjà déplacé plusieurs fois
L'histoire politique française fournit plusieurs exemples de ce déplacement du curseur des idées dominantes. Nationaliser des banques et de grandes entreprises industrielles était une politique conduite par des gouvernements de droite comme de gauche entre 1945 et le début des années 1980 ; proposer la même chose aujourd'hui vaudrait à son auteur d'être classé loin sur l'échiquier, alors que l'idée n'a pas changé de nature, seul le centre de gravité du débat s'est déplacé. Le Pacs, voté en 1999 après avoir été combattu par la droite parlementaire comme une rupture radicale, ou le mariage pour tous en 2013, tout aussi disputé à l'époque, sont aujourd'hui des acquis que plus aucun grand parti ne propose sérieusement d'abroger. Dans l'autre sens, des positions sur l'immigration défendues dans les années 1980 par le seul Front National, alors tenu à distance par un cordon sanitaire assumé par la droite comme par la gauche, se retrouvent aujourd'hui reprises, sous une forme ou une autre, dans les programmes de partis de gouvernement.
Même le centre peut être accusé d'être extrême
Le phénomène joue aussi en miroir. Le concept d'« extrême centre », popularisé par l'essayiste Tariq Ali et le philosophe Alain Deneault et théorisé par l'historien Pierre Serna dans La République des girouettes, décrit des gouvernements qui se présentent comme modérés et consensuels tout en menant, dans les faits, des politiques économiques libérales assumées par un exécutif à tendance autoritaire. Pour ses partisans, le centre est un point d'équilibre entre les extrêmes ; pour ses critiques, il est lui-même une position parmi d'autres, qui n'a pas de titre naturel à occuper la place neutre. Le mot « extrême » circule ainsi dans toutes les directions : chaque camp l'utilise pour désigner ses adversaires, rarement pour se qualifier lui-même.
Ce que permet de voir le Quizz du Berger
Le Quizz du Berger ne classe aucun candidat sur un axe extrême-modéré et n'affiche aucune étiquette de ce type. Il compare vos réponses à celles des 26 candidats, question par question, thème par thème, et calcule une proximité sur le fond des positions. Sur une question précise (le nucléaire, l'immigration, la fiscalité, la santé), le candidat le plus proche de vous peut très bien être celui que la conversation publique désignerait comme « raisonnable », ou au contraire celui qu'elle range d'ordinaire à l'opposé de vous sur l'échiquier. Le résultat indique qui, parmi les 26, défend les positions les plus proches des vôtres, telles que vous les avez choisies vous-même dans le quiz.
Le temps d'un quiz, on sort du débat sur qui a le droit de se dire « anti-extrêmes », en partant des positions elles-mêmes plutôt que des étiquettes qui leur sont accolées.
Pour aller plus loin
- Comment fonctionne le Quizz du Berger — la méthodologie complète : comment les questions et les réponses des candidats sont construites, et comment le score de proximité est calculé.
- Tous les thèmes du quiz — pour comparer vos positions à celles des 26 candidats, thème par thème.