Mardi 29 septembre 2026, Édouard Philippe a mis fin à plusieurs mois de silence sur les retraites. Le candidat Horizons propose de porter l'âge légal de départ à 65 ans et la durée de cotisation à 45 annuités, complétés par un système de capitalisation ouvert à tous. Jean-Luc Mélenchon lui a répondu le jour même depuis un rassemblement de la fonction publique à Paris, et Raphaël Glucksmann a jugé le projet « injuste » sur RMC le lendemain.
Ce que propose Édouard Philippe
Le projet se déroule en deux temps. D'abord, reprendre la réforme de 2023, suspendue depuis le 1ᵉʳ septembre 2026 à 62 ans et 9 mois, pour revenir à sa trajectoire initiale : 64 ans et 43 annuités. Ensuite, poursuivre la hausse « en moins de dix ans » jusqu'à 65 ans et 45 annuités de cotisation. Édouard Philippe assure qu'un Français sur trois pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans, les carrières longues gardant un départ anticipé. Le volet le plus nouveau du projet est ailleurs : compléter le système par répartition par une part de capitalisation, sous la forme d'un plan d'épargne retraite ouvert à tous les actifs. Le candidat chiffre le gain pour les comptes publics à 30 milliards d'euros, et qualifie au passage les projets de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon de « charlatans ».
Chronologie
- 20 mars 2023 : la réforme Borne, qui relève l'âge légal de 62 à 64 ans et la durée de cotisation à 43 annuités, est définitivement adoptée après un recours à l'article 49.3.
- 1ᵉʳ juillet 2026 : interviewé par Le Figaro, Laurent Wauquiez invite Bruno Retailleau à « savoir se retirer » et ouvre la porte à un ralliement à Édouard Philippe, fragilisant la candidature LR officielle.
- 1ᵉʳ septembre 2026 : l'âge légal reste bloqué à 62 ans et 9 mois, la suspension de la réforme de 2023 devant durer jusqu'en janvier 2028.
- 11 septembre 2026 : dans la primaire socialiste, Jérôme Guedj se démarque en expliquant sur BFMTV vouloir « sortir de l'âge légal » au profit d'un système fondé sur la durée de carrière.
- 17 septembre 2026 : Olivier Faure campe à gauche toute pour la primaire du Parti socialiste, qui désignera son candidat entre le 9 et le 17 octobre.
- 29 septembre 2026 : Édouard Philippe dévoile son projet de réforme (65 ans, 45 annuités, capitalisation). Jean-Luc Mélenchon lui réplique depuis une manifestation de la fonction publique à Paris, l'accusant de condamner les Français à travailler jusqu'à l'épuisement.
- 30 septembre 2026 : Raphaël Glucksmann juge le projet « injuste » et « inacceptable » sur RMC, tout en reconnaissant ne pas avoir encore présenté sa propre réforme.
Pourquoi cette annonce rebat les cartes
1. À droite, Philippe rejoint la position de son rival direct
En proposant 65 ans, Édouard Philippe s'aligne sur la position déjà défendue par Bruno Retailleau, son concurrent pour incarner la droite et le centre à la présidentielle, avec lequel les relations sont pourtant exécrables depuis le ralliement de Laurent Wauquiez début juillet. Les deux hommes se retrouvent désormais sur le fond du dossier retraites, tout en continuant de s'affronter sur qui doit porter leur famille politique en 2027.
2. À gauche, un front du refus qui masque des nuances
Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann condamnent tous deux le projet, mais pas depuis la même ligne : le premier défend un retour à 60 ans, le second n'a pas encore détaillé sa propre réforme tout en plaidant pour que certains actifs puissent partir à 60 ans. Au Parti socialiste, la primaire interne oppose également des nuances, de la ligne de Jérôme Guedj, qui veut sortir du critère d'âge, à celle d'Olivier Faure, plus classiquement à gauche.
3. Le flou qui demeure sur le financement
Le chiffrage de 30 milliards d'euros avancé par Édouard Philippe n'est pas documenté dans le détail à ce stade, et la part de capitalisation soulève une question clé : s'agit-il d'un complément facultatif, comme le PER existant, ou d'un pilier appelé à monter en charge avec le temps. Les syndicats, mobilisés le 29 septembre contre le gel du point d'indice des fonctionnaires, n'ont pas encore réagi formellement à ce volet du projet.
Les positions des 45 candidats à la présidentielle 2027
Sur la question posée dans le Quizz du Berger, les 45 candidats se répartissent en cinq familles. Les réponses d'Édouard Philippe et de Gabriel Attal ont été mises à jour pour refléter leurs annonces les plus récentes : 65 ans et 45 annuités pour le premier, suppression de l'âge légal au profit d'un système à capitalisation pour le second.
Famille 1 — Revenir à 60 ans ou moins (14 candidats)
Cette famille rejette la réforme de 2023 dans son principe et veut abaisser l'âge légal sous son niveau d'avant 2023.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Défend un retour à 60 ans, voire avant pour les carrières pénibles. A directement répliqué à Édouard Philippe le 29 septembre.
- François Ruffin — Aligné sur la ligne LFI de retour à 60 ans.
- Clémentine Autain — Même ligne, retour à 60 ans.
- Fabien Roussel (PCF) — Défend un retour à 60 ans pour les carrières longues et pénibles.
- Nathalie Arthaud (LO) — Retour à 60 ans, dans une logique de défense des travailleurs.
- Juan Branco — Oppose un retour à 60 ans à toute nouvelle hausse de l'âge légal.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Défend l'abrogation de la réforme de 2023 et un retour à 60 ans.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Même ligne écologiste de retour à 60 ans.
- Anasse Kazib (Révolution permanente) — Retour à 60 ans, ligne anticapitaliste.
- Selma Labib (NPA-R) — Même ligne anticapitaliste.
- Francis Lalanne (France Libre) — Défend un retour à 60 ans.
- Lydie Massard (UDB) — Favorable à un retour à 60 ans.
- Emmanuel Maurel (GRS) — Ligne de gauche favorable à un retour à 60 ans.
- Sylvain Durif — Défend un retour à 60 ans.
Famille 2 — Revenir à 62 ans (18 candidats)
Cette famille, la plus nombreuse, rejette la hausse à 64 ans mais ne va pas jusqu'à demander un retour à 60 ans : elle vise le niveau d'avant la réforme de 2023.
- Marine Le Pen (RN) — Défend un retour à 62 ans, position qu'elle a réaffirmée face au projet d'Édouard Philippe.
- François Asselineau (UPR) — Défend un retour à 62 ans.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste, favorable à un retour à 62 ans.
- Jérôme Guedj (PS) — Veut dépasser la seule logique d'âge, mais sa réponse enregistrée vise un retour à 62 ans.
- Bernard Cazeneuve (La Convention) — Défend un retour à 62 ans.
- Raphaël Glucksmann (Place publique) — A qualifié le projet Philippe d'« injuste » ; sa réponse enregistrée vise un retour à 62 ans, carrières longues comprises.
- François Hollande (PS) — Défend un retour à 62 ans.
- Patrick Sébastien — Favorable à un retour à 62 ans.
- Florian Philippot (Les Patriotes) — Souverainiste, pour un retour à 62 ans.
- Ségolène Royal (PS) — Défend un retour à 62 ans.
- Philippe Brun (PS) — Favorable à un retour à 62 ans.
- Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — Défend un retour à 62 ans.
- Olivier Faure (PS) — Campe à gauche pour la primaire socialiste ; sa réponse enregistrée vise un retour à 62 ans.
- Fabien Verdier — Défend un retour à 62 ans.
- Parti animaliste (PA) — Favorable à un retour à 62 ans.
- Parti pirate (PP) — Défend un retour à 62 ans.
- Benoît Mathieu — Favorable à un retour à 62 ans.
- Olivier Becht — Défend un retour à 62 ans.
Famille 3 — Maintenir à 64 ans (8 candidats)
Cette famille défend la réforme de 2023 telle qu'elle a été votée, sans aller plus loin.
- Xavier Bertrand (LR) — Défend le maintien de la réforme de 2023 à 64 ans.
- Jordan Bardella (RN) — Même ligne que Marine Le Pen sur les retraites en général, mais sa réponse enregistrée est le maintien à 64 ans.
- Laurent Wauquiez (LR) — Défend le maintien de la réforme de 2023, et a depuis apporté son soutien politique à Édouard Philippe.
- François Bayrou (MoDem) — Défendait le maintien de la réforme de 2023 depuis Matignon.
- Gérald Darmanin (Renaissance) — Défend le maintien de la réforme de 2023.
- Dominique de Villepin — Défend le maintien de la réforme à 64 ans.
- Karim Bouamrane (PS) — Sa réponse enregistrée est le maintien à 64 ans, une position minoritaire dans son camp.
- Clara Egger (Solution démocratique) — Défend le maintien de la réforme de 2023.
Famille 4 — Repousser à 65-66 ans (4 candidats)
Cette famille défend une hausse de l'âge légal au-delà de 64 ans. Édouard Philippe l'a rejointe le 29 septembre 2026.
- Édouard Philippe (Horizons) — A dévoilé le 29 septembre 2026 son projet pour 65 ans et 45 annuités, complété d'un volet de capitalisation. C'est le sujet de cet article.
- Bruno Retailleau (LR) — Défend de longue date un départ à 65 ans, position sur laquelle Édouard Philippe vient de s'aligner.
- David Lisnard (Nouvelle Énergie) — Libéral assumé, favorable à un départ à 65 ans.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Défend un départ à 65-66 ans, combiné à une politique nataliste.
Famille 5 — Changer de système, vers la capitalisation (1 candidats)
Cette famille ne se contente pas de déplacer le curseur de l'âge légal : elle veut restructurer le système lui-même.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Son projet, présenté en mai 2026, va plus loin que celui d'Édouard Philippe : suppression de l'âge légal au profit de la seule durée de cotisation, avec une part de capitalisation intégrée au système, et non en simple complément.
Arguments pour et arguments contre le projet d'Édouard Philippe
| Arguments en faveur | Arguments contre |
|---|---|
| Rapprocherait la France du reste de l'Europe, où plusieurs pays visent déjà 65-67 ans. | Allonge encore la durée de cotisation après la réforme de 2023, déjà contestée par de larges mobilisations en 2023. |
| La capitalisation offrirait un complément de revenu sans peser immédiatement sur le système par répartition. | Le financement et le calendrier précis de la capitalisation restent flous à ce stade. |
| Un gain budgétaire de 30 milliards d'euros revendiqué, utile face à un déficit public élevé. | Les métiers pénibles et les carrières hachées seraient les plus pénalisés par un report supplémentaire de l'âge légal. |
| Garderait un départ avant 65 ans pour les carrières longues, selon le candidat environ un Français sur trois. | Relance une bataille sociale un an après la suspension de la réforme de 2023, obtenue de haute lutte par ses opposants. |
Pour aller plus loin
- Travail, Chômage, Retraite — le thème complet du Quizz du Berger.
- Retraite à 62 ou 64 ans — la question du quiz et toutes les réponses des candidats.
- Désindexation des retraites — l'autre dossier retraite du budget 2027.
- Dépenses et dette publiques — le financement du système de retraites dans le budget de l'État.