Les 14 et 15 mai 2026, Donald Trump s'est rendu à Pékin, première visite d'un président américain en exercice en Chine depuis près de dix ans. Xi Jinping l'y a averti que Taïwan restait « la question la plus importante » et que la mal gérer exposerait les deux pays à « des affrontements, voire des conflits ». Entre les deux premières puissances mondiales, la France cherche sa place. Sur les 26 candidats à la présidentielle 2027, la question de l'alignement partage la classe politique.
La rivalité sino-américaine en 2026
Depuis le retour de Donald Trump, la relation a oscillé entre affrontement et trêve :
- Avril 2025 : Washington et Pékin s'infligent des droits de douane réciproques dépassant 100 % (jusqu'à 145 % côté américain, 125 % côté chinois).
- Mai 2025 : une trêve à Genève ramène les tarifs autour de 30 % et 10 %.
- 9 octobre 2025 : la Chine élargit son contrôle sur l'exportation des terres rares, avec des effets extraterritoriaux ; Washington menace de 100 % de droits supplémentaires.
- 30 octobre 2025 : au sommet de l'APEC en Corée du Sud, Trump et Xi concluent une trêve commerciale d'un an.
- 14-15 mai 2026 : sommet de Pékin. Trêve prolongée, ouverture de ventes de puces avancées Nvidia H200 contre reversement d'une part des revenus, avertissement de Xi sur Taïwan. Les analystes de Brookings et du CFR estiment que Pékin en a tiré le meilleur parti.
Sur Taïwan, la pression militaire chinoise reste soutenue (incursions aériennes quasi quotidiennes), mais mesurée pendant le sommet. À partir du 1er juin 2026, les garde-côtes chinois ont commencé des patrouilles « de maintien de l'ordre » dans des eaux disputées, une première.
La France et l'Europe entre les deux géants
La doctrine d'Emmanuel Macron, résumée après sa visite à Pékin en 2023, tient en une formule : « Être allié ne veut pas dire être vassal. » La France défend une autonomie stratégique européenne et le statu quo à Taïwan, sans suivre automatiquement Washington. Mais les intérêts économiques pèsent lourd : lors de sa visite d'État en décembre 2025, Macron n'a pas obtenu la validation de la commande géante d'Airbus attendue, et il a réclamé un « rééquilibrage » d'un commerce marqué par un déficit français de 47 milliards d'euros avec la Chine en 2024.
À l'échelle européenne, la ligne est le « de-risking » (réduction des dépendances) plutôt que le découplage. En octobre 2024, l'UE a imposé des droits de douane de 17 % à 35 % sur les voitures électriques chinoises, une mesure que la France a soutenue et que l'Allemagne a combattue.
Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027
Sur la question « Face à la rivalité entre les États-Unis et la Chine, quelle doit être la position de la France ? » du Quizz du Berger, les 26 candidats se répartissent en trois familles.
Famille 1 — Rester dans le camp occidental, avec une marge d'autonomie
Ces candidats ancrent la France du côté des démocraties et se montrent fermes envers Pékin, notamment sur les droits humains, sans pour autant réclamer un alignement militaire sur Washington.
- Raphaël Glucksmann (Place Publique) — Militant de longue date contre la répression des Ouïghours, sanctionné par Pékin en 2021 ; attaque la complaisance de LFI envers la Chine.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Appelle à « sortir de la fascination pour la Chine » et dénonce la répression au Xinjiang, au Tibet et à Hong Kong.
- Bruno Retailleau (LR) — Ligne atlantiste et ferme envers Pékin.
- Laurent Wauquiez (LR) — Position comparable au sein des Républicains.
- Xavier Bertrand — Ligne de fermeté commerciale et politique envers la Chine.
- David Lisnard — Libéral partisan du camp occidental et de la réduction des dépendances.
- Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste attachée aux droits humains et à l'ancrage européen.
- Bernard Cazeneuve — Ligne pro-européenne et prudente envers Pékin.
- François Hollande — Défense de l'ancrage occidental avec un pilier européen.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Positionnement civilisationnel occidental, tout en défendant la souveraineté française.
Famille 2 — Autonomie stratégique : ne pas suivre Washington
C'est la famille la plus nombreuse, réunie autour de l'idée gaullienne d'une France qui refuse de choisir un camp et défend son indépendance.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Ligne macronienne de l'autonomie stratégique et du statu quo à Taïwan.
- Gérald Darmanin — Ligne gouvernementale d'indépendance diplomatique.
- Édouard Philippe (Horizons) — Défense d'une autonomie européenne sans rupture avec les alliés.
- François Bayrou (MoDem) — Ligne européenne d'équilibre entre les deux puissances.
- Dominique de Villepin — Héritier du non-alignement gaulliste, hostile à un suivisme atlantiste.
- Marine Le Pen (RN) — Souverainiste, cherche une « juste distance » avec Washington comme avec Pékin, sans engagement sur Taïwan.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste hostile à l'alignement sur les États-Unis.
- François Asselineau (UPR) — Anti-OTAN, partisan d'une France hors des blocs.
- François Ruffin — Protectionniste, critique des dépendances envers la Chine comme du suivisme américain.
- Fabien Roussel (PCF) — Anti-OTAN, partisan d'une autonomie française hors des blocs.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste d'indépendance stratégique.
- Nathalie Arthaud (LO) — Refus des deux blocs impérialistes, américain comme chinois.
- Patrick Sébastien — Ligne souverainiste de non-alignement.
Famille 3 — Se rapprocher de la Chine, défendre un monde multipolaire
Ces candidats voient dans la Chine un pôle de stabilité et refusent l'alignement de l'Europe sur la stratégie américaine.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — « Taïwan, c'est la Chine » ; estime que la France a parfois plus d'intérêts communs avec Pékin qu'avec ses partenaires européens, et refuse toute logique de guerre avec la Chine.
- Clémentine Autain — Ligne de non-alignement proche de LFI, critique de la confrontation avec Pékin.
- Juan Branco — Défense d'un monde multipolaire face à l'hégémonie américaine.
Arguments pour et arguments contre un alignement sur les États-Unis
| Arguments pour rester dans le camp américain | Arguments pour l'autonomie ou le rapprochement avec Pékin |
|---|---|
| Les États-Unis restent le principal allié militaire de la France, via l'OTAN. | Suivre Washington sur Taïwan exposerait la France à un conflit qui n'est pas le sien. |
| La Chine est une rivale systémique sur les droits humains et le commerce. | La dépendance commerciale et industrielle rend une rupture avec Pékin coûteuse. |
| Un front occidental uni pèse davantage face à Pékin. | L'autonomie stratégique européenne évite de subir les revirements de la politique américaine. |
| Le « de-risking » réduit les dépendances sans rompre les échanges. | Un monde multipolaire offrirait à la France une marge de manœuvre diplomatique. |
Pour aller plus loin
La rivalité sino-américaine recoupe plusieurs questions du Quizz du Berger :
- France, États-Unis et Chine — la question complète et les réponses des 26 candidats.
- La France face à la Chine — rompre, réduire la dépendance ou renforcer les échanges ?
- Affaires étrangères — l'ensemble des questions de politique internationale.