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Smic à 1 700 euros : tout comprendre et les positions des 46 candidats à la présidentielle 2027

2026-11-02

Le 29 octobre 2026, la proposition de loi de La France insoumise visant à porter le Smic à 1 700 euros nets n'a jamais été examinée à l'Assemblée nationale. Elle est tombée, avec le texte sur le minimum vieillesse, l'interdiction de deux pesticides et la suppression des amendes forfaitaires délictuelles, faute de temps. Sur les 46 candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle 2027, le niveau du salaire minimum reste pourtant l'un des points de clivage les plus nets entre la gauche et la droite.

Que proposait La France insoumise dans sa niche parlementaire ?

Une fois par session, chaque groupe de l'Assemblée nationale dispose d'une journée, dite « niche parlementaire », pour imposer son propre ordre du jour. La France insoumise a consacré la sienne, le 29 octobre 2026, à une douzaine de propositions de loi sur les salaires, l'agriculture, l'école et l'outre-mer. Le texte central visait le salaire minimum, avec trois mesures : porter le Smic à 1 700 euros nets, rétablir une échelle mobile des salaires indexée sur l'inflation, et aligner le minimum vieillesse sur le seuil de pauvreté.

Déposé le 8 octobre, ce texte avait été adopté sans modification par la commission des affaires sociales le 19 octobre, un sort inverse de celui réservé à la proposition sur les amendes forfaitaires délictuelles, rejetée par la commission des lois deux jours plus tard.

Chronologie :

Pourquoi le Smic revient dans le débat

Un salaire minimum qui stagne depuis 2012

Le Smic est revalorisé chaque année par un mécanisme automatique, indexé sur l'inflation et, pour moitié, sur le gain de pouvoir d'achat du salaire horaire ouvrier. Mais aucun gouvernement n'a accordé de coup de pouce supplémentaire depuis juillet 2012, si bien que son pouvoir d'achat réel n'a progressé que de 0,25 % par an entre 2012 et 2024 selon la même source. Au 1ᵉʳ janvier 2026, le Smic brut mensuel est passé à environ 1 823 euros, une revalorisation mécanique de 1,18 %. Une seconde revalorisation, le 1ᵉʳ juin, a porté le net mensuel à 1 477,93 euros. On reste loin des 1 700 euros nets réclamés par La France insoumise.

Le retour d'un totem de gauche : l'échelle mobile des salaires

L'échelle mobile des salaires désigne un mécanisme d'indexation automatique des salaires sur les prix. Introduite en France en juillet 1952, elle a été supprimée en 1982, sous le gouvernement de Pierre Mauroy avec Jacques Delors aux Finances, au nom de la rigueur budgétaire et des engagements européens. La réintroduire, comme le réclame régulièrement LFI depuis plusieurs législatures, reviendrait à faire remonter mécaniquement les salaires chaque fois que l'inflation dépasse un seuil donné, sans attendre une négociation ou une décision du gouvernement.

L'argument du coût pour les entreprises

À droite et au centre, l'opposition à une hausse administrée du Smic repose sur le même argument : une augmentation déconnectée des gains de productivité renchérit le coût du travail, en particulier pour les PME et les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre (commerce, restauration, aide à la personne), et resserre l'écart avec les minima de branche, ce qui réduirait l'incitation à l'embauche des moins qualifiés.

Les positions des 46 candidats à la présidentielle 2027

Sur la question « Que pensez-vous du Smic et des bas salaires ? » du thème Travail, Chômage, Retraite du Quizz du Berger, les 46 candidats se répartissent en trois familles.

Famille 1 — Pour une hausse massive du Smic

Ces candidats défendent un relèvement important et rapide du salaire minimum, parfois couplé à une indexation automatique sur les prix.

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — porte-étendard de la hausse du Smic, à l'origine du texte examiné sans vote le 29 octobre.
  • Fabien Roussel (PCF) — réclame une hausse immédiate du salaire minimum et l'indexation des salaires sur les prix.
  • Nathalie Arthaud (LO) — défend une hausse générale des salaires financée par les profits des entreprises.
  • François Ruffin — a fait du pouvoir d'achat des travailleurs le cœur de ses interventions à l'Assemblée.
  • Clémentine Autain — alignée sur la ligne LFI d'une hausse massive du salaire minimum.
  • Juan Branco — dénonce la stagnation du Smic depuis 2012 comme un choix politique délibéré.
  • Delphine Batho (Génération Écologie) — lie hausse des bas salaires et partage des efforts, demande une revalorisation significative.
  • Jérôme Guedj (PS) — défend une hausse du Smic qui aille au-delà de la seule indexation automatique.
  • Emmanuel Maurel (GRS) — proche de la ligne de la gauche radicale sur les salaires.
  • Anasse Kazib (Révolution permanente) — milite pour une hausse générale des salaires portée par la mobilisation syndicale.
  • Selma Labib (NPA-R) — défend une augmentation massive des salaires et du Smic.
  • Francis Lalanne (France Libre) — appelle à un sursaut du pouvoir d'achat pour les plus modestes.
  • Florian Philippot (Les Patriotes) — combine souverainisme et défense d'une forte hausse du salaire minimum.
  • Sylvain Durif — inscrit la hausse du Smic dans un programme de rupture économique.

Famille 2 — Pour une hausse régulière, indexée sur l'inflation

Ces candidats ne rejettent pas une revalorisation du Smic, mais privilégient une trajectoire progressive à un saut brutal, ou renvoient le pouvoir d'achat à d'autres leviers.

  • Marine Le Pen (RN) — privilégie d'autres leviers de pouvoir d'achat (baisses de charges, prix de l'énergie) plutôt qu'une hausse administrée du Smic.
  • Jordan Bardella (RN) — aligné sur la ligne du parti : indexation plutôt que relèvement ciblé.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — défend une revalorisation régulière plutôt qu'un saut brutal du salaire minimum.
  • Marine Tondelier (Les Écologistes) — demande une indexation sur l'inflation couplée à une réduction du temps de travail.
  • François Bayrou (MoDem) — défend une indexation progressive compatible avec les comptes publics.
  • Bernard Cazeneuve — privilégie une trajectoire salariale négociée plutôt qu'un chiffre cible.
  • Raphaël Glucksmann (Place publique / PS) — propose une hausse progressive articulée à une politique industrielle.
  • François Hollande — plaide pour une revalorisation continue plutôt qu'un rattrapage ponctuel.
  • Dominique de Villepin — inscrit la question salariale dans un projet de redressement économique plus large, sans annoncer de rupture sur le Smic.
  • François Asselineau (UPR) — lie le pouvoir d'achat à la sortie de l'euro, présentée comme condition d'une hausse durable des salaires.
  • Patrick Sébastien — appelle à une revalorisation régulière du pouvoir d'achat des travailleurs modestes.
  • Karim Bouamrane (PS) — soutient une indexation du Smic sur l'inflation.
  • Ségolène Royal (PS) — défend une progression continue du salaire minimum.
  • Philippe Brun (PS) — porte une ligne socialiste de revalorisation régulière du Smic.
  • Clara Égger (Solution démocratique) — propose une indexation automatique, sans cible chiffrée.
  • Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — défend une revalorisation progressive liée à la conjoncture.
  • Lydie Massard (UDB) — soutient une hausse régulière du salaire minimum.
  • Olivier Faure (PS) — défend l'indexation du Smic sur l'inflation comme plancher.
  • Fabien Verdier — s'inscrit dans la ligne socialiste de revalorisation continue.
  • Parti animaliste — soutient une hausse régulière du pouvoir d'achat, sans position de rupture sur le Smic.
  • Parti pirate — défend une indexation automatique des salaires sur le coût de la vie.
  • Benoît Mathieu — appelle à une revalorisation régulière plutôt qu'à un saut brutal.
  • Natacha Polony (Nous sommes la France) — défend un redressement salarial progressif, articulé à la réindustrialisation.

Famille 3 — Pour la stabilité, sans alourdir le coût du travail

Ces candidats s'opposent à une hausse administrée du Smic, par crainte de ses effets sur l'emploi et la compétitivité des entreprises, et renvoient le pouvoir d'achat à d'autres politiques (charges, fiscalité, énergie).

  • Gabriel Attal (Renaissance) — privilégie la baisse des charges et la revalorisation des grilles salariales plutôt qu'un Smic administré.
  • Édouard Philippe (Horizons) — défend la stabilité du coût du travail pour ne pas fragiliser l'emploi des moins qualifiés.
  • Gérald Darmanin — aligné sur la ligne gouvernementale de prudence sur le salaire minimum.
  • Bruno Retailleau — s'oppose à une hausse administrée, qu'il juge porteuse de destructions d'emplois.
  • Laurent Wauquiez (LR) — défend la compétitivité des entreprises plutôt qu'un relèvement du Smic.
  • Xavier Bertrand — privilégie l'allègement des charges à la hausse du salaire minimum.
  • David Lisnard (Nouvelle Énergie) — libéral assumé, s'oppose à toute hausse administrée des salaires.
  • Éric Zemmour (Reconquête) — met l'accent sur la baisse des charges plutôt que sur le Smic.
  • Olivier Becht — défend la stabilité du cadre salarial pour préserver la compétitivité.

Arguments pour et arguments contre une hausse forte du Smic

Arguments pour une hausse forteArguments pour la stabilité
Le pouvoir d'achat des smicards stagne depuis l'arrêt des coups de pouce en 2012.Une hausse déconnectée de la productivité renchérit le coût du travail.
Un Smic plus élevé soutient la consommation des ménages modestes, donc la croissance.Les PME et les secteurs à forte main-d'œuvre absorbent mal un choc salarial brutal.
L'échelle mobile protégerait automatiquement les salaires de l'inflation.Une indexation automatique peut elle-même nourrir l'inflation, par un effet de boucle prix-salaires.
Le tassement des minima de branche autour du Smic nivelle les qualifications par le bas.Resserrer l'écart avec les minima de branche réduit l'incitation à embaucher des jeunes peu qualifiés.

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