Le 16 septembre 2026, le Parti socialiste a présenté son contre-budget pour 2027 à l'Assemblée nationale, avec en son centre la réactivation de la taxe Zucman : un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros, censé rapporter 15 des 39,5 milliards d'euros de recettes fiscales nouvelles proposées par les députés socialistes. Le texte n'a aucune chance d'être adopté tel quel, mais il relance un débat que l'Assemblée a déjà tranché deux fois en un an.
La taxe Zucman, c'est quoi ?
Elle porte le nom de Gabriel Zucman, économiste spécialiste de la fiscalité internationale, qui a théorisé un impôt minimum mondial de 2 % sur la fortune des milliardaires pour corriger un paradoxe qu'il documente depuis des années : au-delà d'un certain niveau de patrimoine, la part de l'impôt réellement payée diminue, parce que la richesse est de plus en plus logée dans des holdings et des actifs qui échappent à l'impôt sur le revenu. La version française du dispositif viserait environ 1 800 foyers fiscaux, ceux dont le patrimoine dépasse 100 millions d'euros.
Chronologie d'un impôt qui revient à chaque budget
- 26 juin 2024 : à la demande de la présidence brésilienne du G20, Gabriel Zucman remet un rapport proposant un impôt minimum mondial de 2 % sur les milliardaires, qui rapporterait selon lui 200 à 250 milliards de dollars par an au niveau planétaire.
- 20 février 2025 : l'Assemblée nationale adopte en première lecture une proposition de loi transposant l'idée en France, par 116 voix contre 39, grâce à l'abstention du Rassemblement national. Le texte n'ira pas plus loin : le Sénat, à majorité de droite et du centre, ne l'inscrit jamais à son ordre du jour.
- 21 septembre 2025 : Bernard Arnault, première fortune de France, qualifie Gabriel Zucman de « pseudo-universitaire » d'extrême gauche et accuse la mesure de viser à « mettre à terre l'économie française ».
- 14 octobre 2025 : plutôt que la taxe Zucman, le gouvernement Lecornu propose dans le budget 2026 une « taxe sur les holdings patrimoniales », un dispositif plus étroit. Sébastien Lecornu justifie ce choix en avançant qu'il n'existe « aucun impôt à fort rendement de 10 ou 15 milliards d'euros » qui ne soit pas censuré par le Conseil constitutionnel.
- Fin octobre 2025 : pour tenter de sauver un compromis, les socialistes proposent une version allégée : seuil abaissé à 10 millions d'euros, taux relevé à 3 %, mais exonération des entreprises familiales, pour un rendement ramené à 7-8 milliards d'euros.
- 31 octobre 2025 : lors de l'examen du budget 2026, les deux versions sont rejetées. Sur 406 votants, 56 % votent contre, 42 % pour. Le Rassemblement national, qui s'était abstenu en février, vote cette fois contre, aux côtés de la droite et du bloc central. Laurent Wauquiez qualifie le texte de « taxemania ».
- 16 septembre 2026 : dans son contre-budget pour 2027, le PS réactive la version initiale à 2 % au-delà de 100 millions d'euros, aux côtés d'une CSG sur les héritages très élevés et d'une taxe sur les géants du numérique.
Pourquoi la taxe Zucman divise
1. Justice fiscale contre attractivité économique
Pour ses partisans, la taxe corrige une anomalie : un grand patrimoine, logé dans des holdings, paie proportionnellement moins d'impôt qu'un salaire moyen. Pour ses opposants, elle frappe des actifs professionnels non liquides, actionnaires d'entreprises familiales en tête, et pousserait les grandes fortunes à quitter la France, réduisant au bout du compte les recettes plutôt que de les augmenter.
2. Un rendement qui varie du simple au triple selon la version
L'écart entre les chiffres avancés, 15 à 20 milliards d'euros pour la version pleine, 7 à 8 milliards pour la version allégée à 10 millions d'euros, alimente le doute sur ce que la mesure rapporterait vraiment une fois les effets de contournement pris en compte. Les débats parlementaires n'ont jamais tranché ce point, faute d'étude d'impact indépendante votée par les deux camps.
3. Un risque constitutionnel invoqué par l'exécutif
Le gouvernement s'appuie sur un avis du Conseil d'État pour avancer qu'aucun impôt à fort rendement visant une catégorie aussi étroite de contribuables n'a jamais résisté à un contrôle du Conseil constitutionnel, notamment au regard du principe d'égalité devant les charges publiques. La gauche conteste cette lecture et renvoie la balle : tant que le texte n'est pas voté, le Conseil constitutionnel ne peut pas se prononcer.
Les positions des 42 candidats à la présidentielle 2027
Aucun candidat n'a pris publiquement position sur chaque version successive du texte. En revanche, tous ont répondu à la question du Quizz du Berger sur le niveau souhaitable des impôts sur les plus riches, un bon proxy de leur ligne sur la taxe Zucman : les réponses recoupent d'assez près les votes des groupes parlementaires (le RN et les centristes jugent le niveau actuel correct, la droite veut le baisser, la gauche le monter), avec les nuances propres à chaque famille.
Famille 1 — Pour une hausse forte, dans l'esprit de la taxe Zucman
Ces candidats veulent augmenter fortement l'impôt sur les plus riches. Certains, comme Jean-Luc Mélenchon, ont porté eux-mêmes la proposition de loi à l'Assemblée.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Son groupe a voté pour la taxe Zucman à chacune des deux lectures.
- François Ruffin — Défend une fiscalité fortement redistributive, dans la continuité du vote de son ex-groupe.
- Nathalie Arthaud (LO) — Va plus loin que la taxe Zucman et prône une remise en cause de la propriété des grands patrimoines eux-mêmes.
- Juan Branco — Position radicale sur la taxation des grandes fortunes, dans la ligne de sa critique de l'oligarchie.
- Clémentine Autain — Alignée sur la ligne LFI d'origine, favorable à une forte hausse.
- Anasse Kazib (Révolution permanente) — Défend une taxation bien plus lourde du capital que la seule taxe Zucman.
- Selma Labib (NPA-R) — Ligne anticapitaliste, favorable à une hausse maximale.
- Emmanuel Maurel (GRS) — Gauche socialiste, favorable à une fiscalité du capital nettement renforcée.
Famille 2 — Pour une hausse, ligne portée par le contre-budget PS
Ces candidats veulent augmenter les impôts des plus riches sans aller jusqu'à la remise en cause du système actuel. C'est la famille la plus proche du texte présenté le 16 septembre 2026 par les députés socialistes.
- Olivier Faure (PS) — Premier secrétaire du PS, porte la ligne du contre-budget qui réactive la taxe Zucman.
- Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste classique, favorable à la taxe Zucman.
- Karim Bouamrane (PS) — Aligné sur la position du parti.
- Ségolène Royal (PS) — Favorable à une hausse de la fiscalité des grands patrimoines.
- Philippe Brun (PS) — Porte-parole économique du PS, défend la taxe Zucman à l'Assemblée.
- Fabien Verdier — Ligne socialiste, favorable à une hausse.
- Bernard Cazeneuve (La Convention) — Favorable à une hausse mesurée de la fiscalité des plus riches.
- François Hollande — Avait instauré une tranche à 75 % en 2012, reste favorable à une fiscalité plus lourde sur les hauts patrimoines.
- Raphaël Glucksmann (Place publique) — Défend une fiscalité plus juste sur le capital, sans épouser toutes les modalités de la taxe Zucman.
- Fabien Roussel (PCF) — Son groupe a voté pour la taxe Zucman aux deux lectures.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Son groupe a également voté pour à chaque lecture.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Favorable à une hausse de la fiscalité des grands patrimoines au nom de la justice sociale.
- Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — Favorable à une hausse de la fiscalité des plus riches.
- Lydie Massard (UDB) — Favorable à une hausse de la fiscalité des plus riches.
- François Asselineau (UPR) — Favorable à une hausse, dans une ligne souverainiste de reprise en main fiscale.
- Florian Philippot (Les Patriotes) — Favorable à une hausse de la fiscalité des grandes fortunes.
- Francis Lalanne — Favorable à une hausse de la fiscalité des plus riches.
- Patrick Sébastien — Favorable à une hausse de la fiscalité des plus riches.
- Parti animaliste — Favorable à une hausse de la fiscalité des plus riches.
- Parti pirate — Favorable à une hausse de la fiscalité des plus riches.
Famille 3 — Niveau actuel jugé correct
Ces candidats ne réclament ni baisse ni hausse. C'est la position qui recoupe le mieux le vote du Rassemblement national depuis octobre 2025 : abstention en février, puis vote contre en octobre, jamais un soutien franc à la taxe Zucman.
- Marine Le Pen (RN) — Son groupe a voté contre la taxe Zucman le 31 octobre 2025, après s'être abstenu en février.
- Jordan Bardella (RN) — Même ligne que Marine Le Pen sur ce dossier.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Juge le niveau de taxation des plus riches globalement adapté.
- François Bayrou (MoDem) — Position centriste, ni baisse ni hausse marquée.
- Dominique de Villepin — Position d'équilibre, sans demande de hausse ou de baisse franche.
- Clara Egger (Solution démocratique) — Position d'équilibre sur la fiscalité des plus riches.
Famille 4 — Pour une baisse mesurée
Ces candidats veulent alléger la fiscalité des plus riches, au nom de la compétitivité. C'est la famille la plus proche des votes LR, Renaissance et Horizons contre la taxe Zucman le 31 octobre 2025, Laurent Wauquiez en tête avec sa formule de « taxemania ».
- Laurent Wauquiez (LR) — A qualifié la taxe Zucman de « taxemania », son groupe a voté contre.
- Bruno Retailleau (LR) — Ligne LR, opposé à toute nouvelle taxation des grands patrimoines.
- Xavier Bertrand (LR) — Même ligne que son parti, favorable à une fiscalité allégée pour les plus riches.
- Édouard Philippe (Horizons) — Son groupe a voté contre la taxe Zucman aux deux lectures.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Son groupe a voté contre la taxe Zucman aux deux lectures.
- Gérald Darmanin (Renaissance) — Même ligne que son parti.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Ligne libérale sur la fiscalité du capital, favorable à un allégement.
Famille 5 — Pour une forte baisse
- David Lisnard (Nouvelle Énergie) — Le candidat le plus favorable à un allégement marqué de la fiscalité des plus riches.
Arguments pour et arguments contre la taxe Zucman
| Arguments en faveur | Arguments contre |
|---|---|
| Corrige un taux d'imposition effectif plus bas pour les très grandes fortunes que pour les classes moyennes. | Frappe des actifs professionnels non liquides, dont des participations dans des entreprises familiales. |
| Rendement potentiel élevé (15 à 20 milliards d'euros selon Gabriel Zucman) pour financer le budget. | Risque d'exil fiscal des grandes fortunes, qui réduirait les recettes réelles. |
| S'inscrit dans une dynamique internationale, portée notamment par le G20 sous présidence brésilienne. | Risque d'inconstitutionnalité soulevé par le gouvernement, sur la base d'un avis du Conseil d'État. |
| Cible un nombre très restreint de foyers fiscaux (environ 1 800), sans toucher aux classes moyennes. | Rendement contesté une fois les effets de contournement pris en compte. |
Pour aller plus loin
La taxe Zucman n'est qu'un volet du débat plus large sur la fiscalité et le financement du budget de l'État. Sur le Quizz du Berger :
- Politique fiscale — l'ensemble des questions sur l'impôt, la CSG et la fiscalité du patrimoine.
- Impôts des plus riches — la question du quiz utilisée dans cet article.
- Dette publique — l'autre versant du débat budgétaire 2027.