Le 31 août 2026 au soir, Marine Le Pen a annoncé sur X qu'elle soumettrait aux Français, par référendum, « une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes avec de nombreuses mesures fortes, dont la pénalisation du voile islamique dans l'espace public », si elle était élue en 2027. La veille, le député RN Jean-Philippe Tanguy avait comparé l'amende envisagée à celle qui sanctionne l'absence de ceinture de sécurité. Un sondage CSA publié le 1er septembre montre que 6 Français sur 10 restent favorables à une telle interdiction, un chiffre en baisse depuis novembre 2025.
Ce que propose le Rassemblement national
La proposition n'est pas nouvelle dans le programme de Marine Le Pen, qui la défend depuis sa campagne de 2012, mais elle revient au premier plan à la rentrée 2026 :
- 30 août 2026 : Jean-Philippe Tanguy relance le sujet et assure qu'en cas de victoire du RN, une amende sanctionnerait le port du voile dans l'espace public.
- 31 août 2026 : Jordan Bardella propose un référendum sur la « lutte contre l'idéologie islamiste », dont l'interdiction du voile serait l'une des mesures phares.
- 31 août 2026 (soir) : Marine Le Pen confirme sur X qu'elle soumettra le texte au vote des Français, selon France 24.
- 1er septembre 2026 : sur franceinfo, Jean-Philippe Tanguy confirme le principe d'une amende tout en assurant que « personne ne va mener la chasse aux femmes voilées ».
- 1er septembre 2026 : Éric Zemmour se dit, sur X, « totalement d'accord » avec la proposition de Marine Le Pen.
- 1er septembre 2026 : un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et le JDD mesure 60 % de Français favorables à l'interdiction du voile dans l'espace public et 53 % favorables à une amende ; seuls les 18-24 ans s'y opposent majoritairement.
Pourquoi ce référendum se heurte à la Constitution
L'article 11 de la Constitution limite le référendum législatif à l'organisation des pouvoirs publics, aux réformes de politique économique, sociale ou environnementale, et à la ratification d'un traité. Le port de signes religieux n'entre dans aucune de ces cases, ce qui rend la promesse « absolument pas crédible juridiquement » selon une vérification de franceinfo, sauf à réviser d'abord la Constitution elle-même. Public Sénat qualifie d'ailleurs la proposition de « polémique et inconstitutionnelle ».
La loi actuelle, celle du 11 octobre 2010, n'interdit que la dissimulation du visage (niqab, burqa) dans l'espace public. Le voile simple, qui couvre les cheveux et le cou sans cacher le visage, n'est pas concerné. Le Conseil constitutionnel avait validé cette loi de 2010 sur un fondement d'ordre public et de vie en société, tout en précisant qu'une telle interdiction ne pouvait, sans porter une atteinte excessive à la liberté de conscience, restreindre l'exercice du culte dans les lieux ouverts au public. Une interdiction ciblant spécifiquement le voile, sur un fondement religieux et non plus d'ordre public, constituerait donc un texte juridiquement inédit, que le Conseil constitutionnel serait appelé à examiner immédiatement en cas d'adoption.
Pourquoi ce débat divise la France
1. Fermeté républicaine contre stigmatisation
Pour le RN et Reconquête, la mesure incarne une réponse ferme à ce qu'ils nomment l'« idéologie islamiste » et s'inscrit dans la continuité de la loi de 2010. Pour la gauche, elle vise en réalité les femmes musulmanes et relève de la discrimination religieuse. Jean-Luc Mélenchon a qualifié la proposition d'« ignoble », accusant le RN de « déverser ses obsessions sexistes et islamophobes ».
2. Une promesse jugée inapplicable jusqu'à droite
La critique ne vient pas seulement de la gauche. Bruno Retailleau a dénoncé des « populistes » qui « trahissent leurs promesses car ils savent parfaitement que c'est inapplicable », sans renoncer lui-même à une ligne ferme sur l'islamisme. Gabriel Attal s'est dit en « désaccord radical » avec la proposition. Le gouvernement, par la voix de sa porte-parole, a lui aussi mis en doute la constitutionnalité et l'applicabilité de la mesure, selon franceinfo.
3. Un soutien dans l'opinion, mais qui s'effrite chez les jeunes
Le sondage CSA du 1er septembre confirme une majorité favorable à l'interdiction, mais en recul par rapport à novembre 2025, et avec un net clivage générationnel : les 18-24 ans sont la seule tranche d'âge à s'y opposer majoritairement.
Les positions des 37 candidats à la présidentielle 2027
Cette proposition précise (référendum, amende, ciblage du voile) est plus tranchante que la question générale de la place de la religion posée dans le Quizz du Berger sur le thème Société. On a regroupé les 37 candidats selon leurs réactions publiques à l'annonce du RN et, à défaut, leurs réponses au quiz sur la laïcité et leur ligne connue sur le sujet.
Famille 1 — Portent l'interdiction et le référendum
Ces candidats soutiennent explicitement le projet d'interdiction du voile dans l'espace public, tranché par référendum.
- Marine Le Pen (RN) — A annoncé sur X qu'elle soumettrait la mesure au vote des Français dès son élection.
- Jordan Bardella (RN) — Porte le projet de référendum sur la « lutte contre l'idéologie islamiste ».
- Éric Zemmour (Reconquête) — S'est dit « totalement d'accord » avec la proposition de Marine Le Pen.
- Florian Philippot (Les Patriotes) — Défend de longue date une sécularisation stricte de l'espace public incluant le voile, cohérente avec sa réponse au quiz du Berger sur la religion.
Famille 2 — Fermeté affichée sur l'islamisme, mais rejettent cette méthode
Ces candidats revendiquent une ligne ferme sur la laïcité et l'islamisme, sans pour autant soutenir le référendum ou l'amende proposés par le RN, jugés disproportionnés ou inapplicables.
- Bruno Retailleau (LR) — A dénoncé une promesse de « populistes » qui « savent parfaitement que c'est inapplicable », tout en défendant une ligne dure sur l'islamisme.
- Xavier Bertrand — Répond au quiz du Berger que la France est laïque mais que ses valeurs judéo-chrétiennes doivent être protégées ; sa ligne laisse penser qu'il partage le constat sans reprendre la méthode référendaire du RN.
- Laurent Wauquiez (LR) — Même réponse au quiz, même positionnement probable : fermeté sur l'islamisme, prudence sur un référendum jugé inconstitutionnel.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste connu pour sa fermeté sur la laïcité, sans avoir repris à son compte la mesure ciblée du RN.
- Gérald Darmanin (Renaissance) — Ancien ministre de l'Intérieur habitué des mesures sécuritaires contre l'islamisme, mais dont la ligne gouvernementale s'oppose à la méthode référendaire.
- Patrick Sébastien — Sa réponse au quiz du Berger sur les valeurs judéo-chrétiennes suggère une proximité de constat sans adhésion à la mesure elle-même.
Famille 3 — Laïcité de neutralité, mesure jugée hors-sujet ou inconstitutionnelle
Ces candidats défendent une laïcité de neutralité stricte de l'État envers toutes les religions et rejettent une mesure qui cible spécifiquement le voile, jugée hors du champ constitutionnel du référendum.
- Gabriel Attal (Renaissance) — S'est dit en « désaccord radical » avec la proposition du RN.
- Édouard Philippe (Horizons) — Répond au quiz du Berger que chaque religion doit rester à sa place dans un État laïc qui traite toutes les croyances de la même façon, une ligne incompatible avec un texte ciblant une seule religion.
- David Lisnard (Nouvelle Énergie) — Même réponse au quiz, laïcité de neutralité plutôt que de confrontation.
- François Bayrou (MoDem) — Centriste attaché à une laïcité d'équilibre, peu susceptible de soutenir une mesure jugée anticonstitutionnelle.
- Dominique de Villepin — Ligne gaulliste et républicaine classique sur la laïcité, éloignée de la logique référendaire du RN.
- Bernard Cazeneuve — Même réponse au quiz que Philippe et Lisnard, ligne républicaine de neutralité de l'État.
- François Hollande — Laïcité de neutralité revendiquée depuis son quinquennat, peu compatible avec un texte ciblant une religion.
- Jérôme Guedj (PS) — Même réponse au quiz : laïcité stricte mais non discriminatoire.
- François Asselineau (UPR) — Souverainiste centré sur le Frexit, sans avoir repris la mesure ciblée du RN à son compte.
- Francis Lalanne — Même réponse au quiz sur la neutralité de l'État envers les religions.
- Clara Egger (Solution démocratique) — Même réponse au quiz, aucune prise de position publique identifiée sur cette mesure précise.
- Antoine Mikolajczak (Équinoxe) — Même réponse au quiz, aucune prise de position publique identifiée sur cette mesure précise.
Famille 4 — Dénoncent une mesure discriminatoire, sexiste ou inconstitutionnelle
Ces candidats de gauche rejettent frontalement la proposition du RN, qu'ils jugent stigmatisante envers les femmes musulmanes, contraire à la liberté de culte, et pour certains, une diversion électorale par rapport aux enjeux économiques et sociaux de la campagne.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — A qualifié la proposition d'« ignoble », accusant le RN de « déverser ses obsessions sexistes et islamophobes ».
- Clémentine Autain — Alignée sur la ligne LFI de dénonciation d'une mesure jugée discriminatoire.
- François Ruffin — Ligne proche : priorité aux enjeux sociaux, rejet des mesures perçues comme stigmatisantes.
- Fabien Roussel (PCF) — Défend une laïcité républicaine mais rejette une mesure jugée discriminatoire envers une religion.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Dénonce régulièrement les mesures identitaires du RN sur l'islam et l'immigration.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Même ligne de rejet des mesures ciblant une religion.
- Raphaël Glucksmann (Place publique) — Défend une laïcité républicaine sans stigmatisation religieuse.
- Nathalie Arthaud (LO) — Rejette la mesure comme une diversion identitaire du RN par rapport aux enjeux de classe.
- Juan Branco — Dénonce une mesure jugée liberticide et discriminatoire.
- Karim Bouamrane (PS) — Ligne PS de rejet d'une mesure jugée discriminatoire.
- Ségolène Royal (PS) — Même ligne républicaine de rejet d'une mesure ciblant une religion.
- Philippe Brun (PS) — Même ligne PS.
- Anasse Kazib (Révolution permanente) — Dénonce une mesure raciste visant les musulmans.
- Selma Labib (NPA-R) — Même ligne de rejet frontal.
- Lydie Massard (UDB) — Régionaliste de tradition plutôt à gauche, sans prise de position publique identifiée sur cette mesure précise.
Arguments pour et arguments contre l'interdiction du voile dans l'espace public
| Arguments en faveur | Arguments contre |
|---|---|
| Répond à une demande majoritaire de l'opinion (60 % selon le sondage CSA du 1er septembre 2026). | Hors du champ constitutionnel du référendum législatif (article 11) sans révision préalable de la Constitution. |
| S'inscrit, pour ses partisans, dans la continuité de la loi de 2010 sur la dissimulation du visage. | Cible une religion en particulier, contrairement à la loi de 2010 fondée sur l'ordre public et non la religion. |
| Présentée comme un outil de lutte contre l'« idéologie islamiste ». | Jugée discriminatoire envers les femmes musulmanes et contraire à la liberté de culte. |
| Portée par une partie de la droite comme un marqueur de fermeté républicaine. | Jugée « inapplicable » jusque dans les rangs de la droite, notamment par Bruno Retailleau. |
| Soutien qui reste majoritaire dans l'opinion. | Soutien en recul depuis novembre 2025 et minoritaire chez les 18-24 ans. |
Pour aller plus loin
- Société — laïcité, place de la religion, droits et libertés.
- Laïcité : les positions des candidats 2027 — la question générale sur la place de la religion dans la société, posée à tous les candidats.
- Démographie et question migratoire — le sujet migratoire, souvent lié dans le débat à l'islamisme.