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Retraites : suspension, 62 ou 64 ans, et les positions des 37 candidats à la présidentielle 2027

2026-08-20

Depuis le 1er septembre 2026, l'âge légal de départ à la retraite reste bloqué à 62 ans et 9 mois. Ce n'est pas la fin de la réforme de 2023, seulement une pause : la hausse progressive vers 64 ans doit reprendre en janvier 2028, sauf décision contraire du prochain président. Cette échéance vient de rouvrir le dossier en pleine rentrée politique, jusque dans le camp du Rassemblement national, où Éric Ciotti a affiché son désaccord avec Marine Le Pen sur l'âge de départ.

La réforme de 2023, suspendue jusqu'en 2028

Le 16 mars 2023, la Première ministre Élisabeth Borne a recours à l'article 49.3 pour faire adopter la réforme des retraites sans vote. Deux motions de censure sont rejetées le 17 mars, et le texte est définitivement adopté le 20 mars 2023. Il relève l'âge légal de 62 à 64 ans, à raison de trois mois par génération, et porte la durée de cotisation à 43 ans dès la génération 1965.

Chronologie depuis :

Autrement dit, la suspension votée en décembre 2025 ne règle rien sur le fond. Elle renvoie la décision définitive, revenir en arrière, maintenir le gel, ou laisser la hausse vers 64 ans reprendre, au prochain quinquennat.

Pourquoi la question redevient centrale à un an de la présidentielle

1. Le camp RN divisé sur l'âge de départ

Selon la même dépêche de la rentrée politique, Marine Le Pen défend un retour à 62 ans, voire à 60 ans pour les carrières longues, en ouvrant la porte à une part de capitalisation volontaire. Mais Éric Ciotti (UDR), allié du RN depuis les législatives anticipées de 2024, prend le contre-pied : il « espère une évolution » du RN vers un report de l'âge de départ assorti d'un étage de capitalisation, tout en reconnaissant que « les divergences peuvent subsister » au sein de l'alliance.

2. Une échéance budgétaire qui approche

Le projet de budget pour 2027 doit être présenté en conseil des ministres fin septembre, puis déposé à l'Assemblée début octobre, en pleine campagne présidentielle. Le coût de la suspension, plusieurs milliards d'euros de dépenses de retraite non économisées, pèsera directement sur ces débats, et sur la question de savoir si le gel doit être prolongé, confirmé ou abandonné.

3. Un clivage qui ne recoupe pas les blocs habituels

Le RN défend un retour à 62 ans quand LR, Horizons et Renaissance défendent le maintien à 64 ans : le clivage gauche-droite classique ne suffit donc pas à lire ce dossier. À l'intérieur même de la droite et de l'extrême droite, la question de la capitalisation, individuelle ou collective, en complément ou en remplacement de la répartition, ajoute une ligne de fracture supplémentaire.

Les positions des 37 candidats à la présidentielle 2027

Sur le Quizz du Berger, la question « Que pensez-vous de la retraite à 64 ans votée en 2023 ? » propose cinq réponses, du retour à 60 ans au report à 65-66 ans. Voici comment se répartissent les 37 candidats.

Famille 1 — Revenir à 60 ans (ou moins)

La gauche de la gauche et les écologistes défendent l'abrogation pure et simple de la réforme de 2023 et un retour à 60 ans, parfois avant, pour les carrières longues.

Famille 2 — Revenir à 62 ans

Cette famille, qui va du Rassemblement national à une partie du Parti socialiste, ne demande pas un retour à l'âge d'avant 2010 mais l'annulation de la seule réforme de 2023.

  • Marine Le Pen (RN) — Défend un retour à 62 ans, voire 60 ans pour les carrières longues, avec une part de capitalisation volontaire.
  • François Asselineau (UPR) — Lie l'abrogation de la réforme de 2023 à sa ligne souverainiste plus large.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Défend le retour à 62 ans, ligne constante depuis 2023.
  • Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste classique, abrogation de la réforme de 2023 et retour à 62 ans.
  • Bernard Cazeneuve — Défend le retour à 62 ans plutôt qu'un retour à 60 ans.
  • Raphaël Glucksmann (Place Publique / PS) — Demande l'abrogation de la réforme de 2023 et le retour à 62 ans.
  • François Hollande — Revendique le retour à l'âge légal fixé pendant son propre mandat, 62 ans.
  • Patrick Sébastien — Défend un retour à 62 ans.

Famille 3 — Maintenir la réforme à 64 ans

Le camp macroniste et une partie de la droite républicaine défendent le maintien du texte de 2023, au nom de l'équilibre financier du système par répartition.

  • Xavier Bertrand — Défend le maintien de la réforme de 2023, jugée nécessaire à l'équilibre du système.
  • Jordan Bardella (RN) — Défend le maintien à 64 ans, une position qui tranche avec celle de Marine Le Pen au sein du même parti.
  • Édouard Philippe (Horizons) — Défend le maintien de la réforme de 2023 comme condition de la trajectoire des comptes publics.
  • Laurent Wauquiez (LR) — Défend le maintien à 64 ans.
  • Gabriel Attal (Renaissance) — Poursuit la ligne du camp présidentiel, maintien de la réforme de 2023.
  • François Bayrou (MoDem) — Défend le maintien de la réforme qu'il a lui-même négociée comme Premier ministre.
  • Gérald Darmanin — Défend le maintien de la réforme de 2023.
  • Dominique de Villepin — Défend le maintien du texte de 2023 au nom de la trajectoire des finances publiques.

Famille 4 — Repousser à 65-66 ans

La famille la plus restrictive juge la réforme de 2023 encore insuffisante face au vieillissement démographique.

  • David Lisnard — Défend un nouveau report de l'âge légal, au-delà de 64 ans.
  • Bruno Retailleau — Défend un report supplémentaire de l'âge de départ.
  • Éric Zemmour (Reconquête) — Défend un report à 65-66 ans, couplé à une réforme plus large du financement des retraites.

Arguments pour et arguments contre la réforme de 2023

Arguments pour le maintien ou un nouveau reportArguments pour un retour à 62 ou 60 ans
Le système par répartition doit rester à l'équilibre financier face à l'allongement de l'espérance de vie.La réforme a été adoptée sans vote, via le 49.3, sans majorité claire à l'Assemblée.
Reculer l'âge légal reste, à court terme, le levier le plus direct pour limiter le déficit du système.Les métiers pénibles et les carrières longues supportent une part disproportionnée de l'effort.
Une suspension prolongée sans financement de substitution reporte la charge sur les générations futures.Le taux d'emploi des seniors reste inférieur à la moyenne européenne, ce qui limite l'effet réel du recul de l'âge sur les comptes publics.

Pour aller plus loin

La question des retraites est liée à d'autres débats du Quizz du Berger :

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