Le classement PISA 2026, publié le 8 septembre, place la France à la 27e place sur 91 pays et territoires, juste derrière la Suède et la Slovénie. Le niveau moyen des élèves français y atteint son point le plus bas depuis le lancement de l'enquête de l'OCDE il y a plus de vingt ans. Le lendemain, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a ciblé le collège comme le maillon à réformer en priorité, relançant un débat déjà vif : faut-il regrouper les élèves de collège par niveau en français et en maths ?
Ce que dit le classement PISA 2026
L'enquête, menée en 2025 auprès de 760 000 élèves de 15 ans dans 91 pays, montre un recul général du niveau, pas seulement français : la Chine domine le classement tandis que la moyenne mondiale baisse. En France, l'écart entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés atteint 100 points en sciences, contre 85 points en moyenne dans l'OCDE, un écart social parmi les plus marqués des pays étudiés. Parmi les explications avancées par les experts de l'OCDE, le recours croissant à l'IA, le recul du soutien familial et l'usage des réseaux sociaux sont cités aux côtés de facteurs plus anciens comme la formation des enseignants ou la taille des classes.
Le gouvernement fixe un objectif de retour dans le premier tiers des pays de l'OCDE d'ici le cycle PISA 2033. Certains chercheurs appellent toutefois à la prudence sur la lecture du classement : Le Café pédagogique rappelle que PISA mesure des compétences précises dans des conditions de test standardisées, pas l'ensemble de ce qu'apprend un élève.
Le collège au cœur de la bataille : chronologie du "choc des savoirs"
- Octobre 2023 : Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale, annonce le "choc des savoirs", un plan de réforme comprenant la mise en place de groupes de niveau en français et en maths au collège.
- Septembre 2024 : les groupes de niveau entrent en vigueur en 6e et en 5e.
- Novembre 2024 : le Conseil d'État annule l'article instaurant les groupes de niveau, pour un motif de forme (la mesure aurait dû passer par un décret), avec effet différé à la rentrée 2025-2026.
- 18 novembre 2025 : une enquête du syndicat SNES-FSU montre que seul un collège sur cinq applique réellement la réforme, devenue entre-temps des "groupes de besoins" plus limités.
- 12 mars 2026 : un décret publié au Journal officiel met fin à l'obligation des groupes de besoins à partir de la rentrée 2026, les établissements restant libres de les conserver.
- 8 septembre 2026 : publication du classement PISA 2026, qui relance le débat sur ce qu'il faut faire du collège.
Pourquoi le sujet divise
1. L'efficacité pédagogique reste disputée
Les partisans des groupes de niveau estiment qu'ils permettent d'adapter le rythme d'enseignement et de mieux cibler les élèves en difficulté. Leurs opposants, syndicats enseignants en tête, pointent une mise en œuvre ratée : à peine un collège sur cinq a appliqué la réforme dans sa version complète, et le Conseil supérieur de l'éducation l'a rejetée à plusieurs reprises. Le sénateur LR Max Brisson a résumé le scepticisme ambiant en estimant que "les ministres passent et le système demeure", pointant l'instabilité des réformes successives plutôt que leur contenu.
2. Le risque de ségrégation scolaire
Pour les syndicats et une partie de la gauche, regrouper les élèves par niveau revient souvent à regrouper par origine sociale, l'écart de 100 points relevé par PISA entre milieux favorisés et défavorisés nourrissant cette crainte. À l'inverse, les partisans du tri par niveau jugent que l'hétérogénéité totale des classes nuit aux meilleurs élèves comme à ceux en difficulté.
3. Qui doit décider : l'État ou les établissements ?
Une partie du débat porte moins sur le fond que sur la méthode : faut-il une obligation nationale uniforme, ou laisser chaque collège organiser l'accompagnement selon son contexte local ? Le décret de mars 2026 a justement tranché en faveur de la liberté des établissements, sans trancher le débat politique.
4. Un totem de la campagne présidentielle
À quelques mois du scrutin, le classement PISA est devenu un argument de campagne. Dominique de Villepin a réagi en évoquant "huit ans d'effondrement du niveau scolaire". Jordan Bardella y a vu le signe d'un "déclin intellectuel" justifiant un "big bang de l'autorité" à l'école. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé de son côté un "déluge d'hypocrisie", contestant que PISA mesure autre chose que la capacité des systèmes scolaires à former une main-d'œuvre pour le marché.
Les positions des 40 candidats à la présidentielle 2027
On a regroupé les candidats en quatre familles, selon l'intensité et la forme de tri par niveau qu'ils défendent pour le collège, à partir de leurs prises de position publiques et, à défaut, de leur ligne politique sur l'école.
Famille 1 — Généraliser la sélection par niveau, dès le plus jeune âge
Ces candidats veulent étendre le principe des groupes de niveau à toutes les matières, voire à l'entrée même du collège.
- Marine Le Pen (RN) — Défend, avec Jordan Bardella, le remplacement du "collège unique" par un "collège modulaire" avec des groupes de niveau étendus à toutes les matières.
- Jordan Bardella (RN) — Porte le projet d'un examen d'entrée en 6e dès le CM2 et un "big bang de l'autorité" à l'école (interdiction des portables, vouvoiement des professeurs, uniforme).
- Éric Zemmour (Reconquête) — Ligne constante de sélection précoce et de restauration du mérite et de l'autorité à l'école.
- Florian Philippot (Les Patriotes) — Aligné sur la ligne sélective et disciplinaire de la mouvance nationale.
Famille 2 — Un ciblage mesuré, sans obligation généralisée
Ces candidats défendent un accompagnement différencié des élèves en difficulté, mais pas un tri permanent et généralisé.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Créateur du "choc des savoirs" et des groupes de niveau en 2024, ramenés à des groupes de besoins ciblés après l'opposition syndicale et l'échec de mise en œuvre.
- Laurent Wauquiez (LR) — Défend l'exigence scolaire dans la continuité du "choc des savoirs".
- Xavier Bertrand (LR) — Ligne similaire, centrée sur le retour aux fondamentaux et l'évaluation régulière des élèves.
- Gérald Darmanin (Renaissance) — Pragmatique, privilégie l'accompagnement ciblé des élèves en difficulté à une remise à plat générale du collège.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — École républicaine exigeante, favorable à un accompagnement différencié sans niveau figé pour chaque élève.
- François Asselineau (UPR) — Ligne républicaine rigoriste, favorable à un encadrement ciblé plutôt qu'à l'hétérogénéité totale des classes.
Famille 3 — Laisser les établissements décider, sans nouvelle obligation nationale
Ces candidats refusent une nouvelle règle uniforme imposée d'en haut et misent sur l'autonomie pédagogique locale, une ligne que le décret de mars 2026 a d'ailleurs suivie.
- Bruno Retailleau (LR) — Veut "refonder l'école" autour de la liberté des établissements, plutôt que de nouvelles obligations nationales.
- Édouard Philippe (Horizons) — Ligne pragmatique, refuse une nouvelle réforme uniforme et préfère miser sur une meilleure organisation locale.
- François Bayrou (MoDem) — Centriste, favorable à l'autonomie pédagogique des équipes enseignantes.
- David Lisnard (Nouvelle Énergie) — Libéral décentralisateur, défend la liberté d'organisation des collectivités et des établissements scolaires.
- Bernard Cazeneuve (La Convention) — Ligne pragmatique, laisse aux équipes pédagogiques le soin d'adapter l'accompagnement.
- Dominique de Villepin — Alarmé par "huit ans d'effondrement du niveau scolaire", mais réticent aux réformes uniformes imposées d'en haut.
Famille 4 — En finir avec le tri, priorité à la mixité
Ces candidats rejettent toute forme de tri par niveau, jugé porteur de ségrégation sociale, et privilégient la mixité et le renforcement des moyens humains.
- Raphaël Glucksmann (Place publique) — Veut que "la mixité sociale soit partout", jusqu'à conditionner les subventions aux écoles privées sous contrat à des objectifs de mixité.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Dénonce le classement PISA comme un outil de mise en concurrence marchande de l'école et plaide pour une école commune sans tri social.
- Clémentine Autain — Alignée sur la ligne LFI de lutte contre la ségrégation scolaire.
- François Ruffin — Défend l'école commune et la mixité, opposé à tout tri précoce des élèves.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Priorité à la justice sociale à l'école, opposée aux logiques de tri par niveau.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste sociale, défend la mixité et le renforcement des moyens humains.
- Fabien Roussel (PCF) — Tradition communiste de lutte contre l'élitisme scolaire et pour l'égalité d'accès au savoir.
- Nathalie Arthaud (LO) — Ligne égalitariste, opposée à toute logique de sélection scolaire.
- Juan Branco — Discours anti-élites, opposé à toute forme de tri scolaire institutionnalisé.
- François Hollande — Tradition social-démocrate attachée à la mixité scolaire.
- Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste classique, privilégie la mixité et les moyens plutôt que le tri par niveau.
- Olivier Faure (PS) — A qualifié le classement PISA de "signal d'alarme" et défend le plafonnement des classes plutôt que la sélection.
- Ségolène Royal (PS) — Ligne social-démocrate traditionnelle, favorable à la mixité scolaire.
- Karim Bouamrane (PS) — Maire de Saint-Ouen, défend au quotidien la mixité sociale et scolaire.
Groupes de niveau au collège : les arguments pour et contre
| Arguments en faveur des groupes de niveau | Arguments contre |
|---|---|
| Permettent d'adapter le rythme d'enseignement aux besoins réels de chaque élève. | Risque de reproduire les inégalités sociales sous couvert de niveau scolaire. |
| Ciblent mieux les moyens de soutien vers les élèves en difficulté. | Mise en œuvre jugée ratée : à peine un collège sur cinq a appliqué la réforme complète. |
| Évitent que le rythme des meilleurs élèves soit freiné par l'hétérogénéité des classes. | Recherche en sciences de l'éducation partagée sur les gains pédagogiques réels. |
| Portent une exigence claire, en réponse au recul mesuré par PISA. | La mixité sociale et scolaire reste un objectif républicain défendu par une partie de l'échiquier politique. |
Pour aller plus loin
Le collège n'est qu'une pièce du débat plus large sur l'école française et sa place dans la campagne présidentielle. Sur le Quizz du Berger, les pages qui prolongent ce sujet :
- Faut-il regrouper les élèves de collège par niveau ? — la question posée aux candidats et aux utilisateurs.
- Recherche et éducation — budget de l'école, Parcoursup, écrans et IA en classe.
- Budget de l'Éducation nationale — les moyens plutôt que la méthode.