Le taux de chômage a atteint 8,3 % de la population active au deuxième trimestre 2026, son plus haut niveau depuis l'automne 2020, selon les chiffres publiés par l'Insee le 7 août 2026. La nouvelle a aussitôt opposé le Premier ministre Sébastien Lecornu à Édouard Philippe, l'un des principaux candidats à la présidentielle de 2027, sur les causes de cette hausse.
8,3 % de chômage : ce que disent les chiffres
Au deuxième trimestre 2026, le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) a augmenté de 62 000 personnes par rapport au trimestre précédent, pour atteindre 2,7 millions de personnes. Le taux de chômage s'établit ainsi à 8,3 % de la population active, en hausse de 0,2 point par rapport au premier trimestre 2026 (8,1 %) et de 0,7 point par rapport au deuxième trimestre 2025. Le chômage des 15-24 ans dépasse désormais 21 %.
Lors de sa réélection en 2022, Emmanuel Macron visait un taux de chômage de 5 % pour 2027. Le chiffre publié en août 2026 est plus de trois points au-dessus de cet objectif.
La hausse du chômage, chronologie d'une controverse
- 18 décembre 2023 : adoption de la loi pour le plein emploi, qui conditionne le RSA à 15 heures d'activité hebdomadaire et prévoit l'inscription automatique des bénéficiaires à France Travail.
- 1er janvier 2025 : entrée en vigueur complète de la loi. Les bénéficiaires du RSA et les jeunes suivis en mission locale sont désormais inscrits d'office comme demandeurs d'emploi.
- 7 août 2026 : l'Insee publie son estimation du chômage pour le deuxième trimestre 2026 : 8,3 %, en hausse de 0,2 point sur trois mois.
- 10-11 août 2026 : le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou affirme que « le marché du travail français résiste » et avance que le taux serait de 7,9 % « si on enlevait l'effet des bénéficiaires du RSA et des jeunes en contrat ». Sébastien Lecornu défend le bilan de l'exécutif depuis 2017, soulignant que « jamais autant de Français n'ont travaillé », et affirme n'être « ni dans le déni » face à la hausse « ni dans la caricature ». Édouard Philippe réplique sur les réseaux sociaux que « les derniers chiffres du chômage ne sont pas bons » et que « faire baisser le chômage, c'est simplement une question de détermination, de constance et de bon sens ».
Pourquoi ce chiffre divise
1. Un effet mécanique, ou un vrai échec ?
Une partie de la hausse s'explique par la réforme elle-même : en inscrivant d'office au chômage des bénéficiaires du RSA et des jeunes auparavant considérés comme inactifs, la loi plein emploi fait mécaniquement grossir les statistiques sans qu'un même nombre de personnes ait perdu un emploi. Selon le gouvernement, près de la moitié de la hausse du chômage observée depuis un an et demi (+0,44 point) tient à cet effet de périmètre. Pour l'opposition, cet argument sert aussi à minimiser une dégradation réelle du marché du travail, qui touche particulièrement les jeunes.
2. Baisser les charges, former, ou garantir un emploi ?
Au-delà de la polémique sur les chiffres, la question de fond reste entière : comment fait-on réellement baisser le chômage ? Les réponses des candidats se répartissent en plusieurs écoles. Certains misent sur l'allègement du coût du travail pour les entreprises, d'autres sur la formation et l'investissement dans les filières qui recrutent, d'autres encore sur le durcissement des conditions d'indemnisation pour inciter au retour à l'emploi, et une partie de la gauche défend au contraire un emploi public garanti à chacun.
3. RSA conditionné : le clivage qui a précédé la polémique
La loi du 18 décembre 2023 avait déjà, en son temps, séparé la gauche de la droite et du centre : la conditionnalité du RSA à des heures d'activité obligatoires a été votée par la majorité présidentielle et la droite, et combattue par la gauche et une partie des associations de lutte contre la pauvreté comme une atteinte aux droits des allocataires.
Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027
Sur le Quizz du Berger, la question « Comment réduire le chômage en France ? » propose quatre leviers. Voici comment se répartissent les 26 candidats.
Famille 1 — Former les chômeurs et investir dans les filières porteuses
C'est la position la plus représentée chez les candidats : ils misent sur la formation et l'orientation vers les secteurs qui recrutent, plutôt que sur un choc de charges ou un durcissement des règles.
- Marine Le Pen (RN) — Défend un « patriotisme économique » articulé autour de la formation et de la préférence nationale à l'embauche plutôt que d'un simple allègement de charges.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Ligne souverainiste centrée sur la réindustrialisation et la formation professionnelle.
- François Asselineau (UPR) — Lie le chômage à la sortie de l'euro et à la reconquête industrielle, avec un volet formation.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Priorité à la formation vers les métiers de la transition écologique.
- Raphaël Glucksmann (Place Publique / PS) — Défend l'investissement dans les compétences et les filières d'avenir plutôt que la seule baisse du coût du travail.
- Jérôme Guedj (PS) — Ligne social-démocrate classique : formation et accompagnement plutôt que sanction.
- François Bayrou (MoDem) — Position centriste, favorable à la formation professionnelle continue.
- François Hollande — Insiste sur l'investissement dans la formation et l'apprentissage, dans la continuité de son mandat.
- Bernard Cazeneuve — Ligne proche de celle de Hollande, formation et accompagnement individualisé.
- Dominique de Villepin — Plaide pour une politique industrielle de long terme adossée à la formation.
- Patrick Sébastien — Met en avant la formation et la valorisation des métiers manuels.
Famille 2 — Baisser les charges sur les entreprises pour qu'elles embauchent
Cette famille, plutôt à droite et au centre-droit, défend l'allègement du coût du travail comme premier levier contre le chômage — c'est la ligne que porte publiquement Édouard Philippe dans la polémique d'août 2026.
- Édouard Philippe (Horizons) — A critiqué les derniers chiffres du chômage et défend une politique de l'offre fondée sur la baisse des charges.
- Xavier Bertrand — Ligne LR classique : baisse du coût du travail et simplification pour les employeurs.
- Laurent Wauquiez (LR) — Défend l'allègement des charges patronales comme priorité économique.
- David Lisnard — Libéral assumé, favorable à la baisse du coût du travail et à la simplification des embauches.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Poursuit la ligne de l'offre du camp présidentiel, allègements de charges et attractivité pour les employeurs.
- Gérald Darmanin — Même famille de réponse : baisse des charges pour favoriser l'embauche.
Famille 3 — Un emploi public garanti à tous
À l'opposé, cette famille rejette l'idée que le marché suffise à résorber le chômage et défend l'intervention directe de l'État comme employeur en dernier ressort.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Défend la garantie d'emploi et la création d'emplois publics, notamment dans la bifurcation écologique.
- François Ruffin — Porte l'idée d'un emploi garanti, en particulier pour les jeunes et les zones désindustrialisées.
- Clémentine Autain — Alignée sur la ligne LFI : création d'emplois publics et garantie d'emploi.
- Fabien Roussel (PCF) — Défend la garantie d'emploi et le rôle de l'État comme employeur direct.
- Nathalie Arthaud (LO) — Revendique un partage du temps de travail et une garantie d'emploi pour tous, sans concession au patronat.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Défend l'emploi garanti dans les filières de la transition écologique.
- Juan Branco — Ligne proche de la gauche radicale : garantie d'emploi et intervention publique.
Famille 4 — Durcir les conditions d'indemnisation
Cette famille, la plus à droite sur ce sujet, défend un durcissement des règles d'indemnisation du chômage pour inciter au retour à l'emploi — dans la continuité directe de la logique d'activation du RSA introduite par la loi plein emploi de 2023.
- Bruno Retailleau — Défend un durcissement des conditions d'indemnisation et un contrôle renforcé de la recherche d'emploi.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Prône une politique d'activation stricte, avec conditions renforcées pour percevoir les allocations chômage.
Chômage : arguments pour et contre le durcissement de l'indemnisation
| Arguments pour un durcissement des règles | Arguments contre |
|---|---|
| Inciter au retour rapide à l'emploi, réduire le chômage de longue durée. | Risque de précariser des personnes déjà en difficulté, sans garantie d'emplois disponibles en face. |
| Cohérence avec la logique d'activation déjà appliquée au RSA depuis 2025. | Effet mécanique déjà documenté sur les statistiques, sans preuve d'un effet réel sur l'emploi. |
| Rapprocher le système français des standards européens jugés plus incitatifs. | Le chômage des jeunes, déjà supérieur à 21 %, appelle plutôt un accompagnement renforcé qu'une sanction. |
Pour aller plus loin
La question du chômage est liée à d'autres débats du Quizz du Berger :
- Travail, Chômage, Retraite — le thème complet, avec la retraite à 64 ans et le temps de travail légal.
- RSA conditionné à des heures d'activité — la réforme qui a précédé cette polémique.
- SMIC et bas salaires — l'autre versant du débat sur le travail.