Le 3 janvier 2026, avant l'aube, des forces spéciales américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores à Caracas, puis les ont transférés à New York, où Maduro a été inculpé de narcotrafic. L'opération, menée sans mandat de l'ONU, a coupé la classe politique française en deux : entre ceux qui retiennent la chute d'un régime accusé de trafic de drogue et ceux qui condamnent l'usage de la force contre un État souverain. Sur les 26 candidats à la présidentielle 2027, la ligne de partage passe par le rapport au droit international et à la puissance américaine.
Que s'est-il passé au Venezuela ?
Depuis l'été 2025, les États-Unis avaient massé dans les Caraïbes une force navale importante (porte-avions, navires d'assaut amphibie, sous-marin lance-missiles, chasseurs F-35 à Porto Rico) dans le cadre d'une opération baptisée « Southern Spear ». À partir de septembre 2025, l'armée américaine a frappé des embarcations présentées comme des « bateaux de la drogue ». Selon les décomptes de Military.com et de recensements indépendants, ces frappes avaient tué environ 87 personnes en 22 attaques mi-décembre 2025, et plus de 207 personnes en une soixantaine de frappes début juin 2026, sans preuve publique du caractère de « narcotrafiquants » des victimes.
Chronologie du dénouement :
- 19 décembre 2025 : Donald Trump ordonne un blocus pétrolier du Venezuela et de nouvelles frappes.
- 3 janvier 2026 : les forces spéciales américaines s'emparent de Nicolás Maduro et de Cilia Flores à Caracas et les acheminent vers un navire de guerre, puis vers New York.
- 3 janvier 2026 : le parquet fédéral de New York (Southern District of New York) rend public l'acte d'accusation. La procureure générale Pam Bondi énumère les chefs retenus : complot de narco-terrorisme, complot d'importation de cocaïne, détention d'armes automatiques et d'engins destructeurs.
- 5 janvier 2026 : la vice-présidente Delcy Rodríguez prête serment comme présidente par intérim devant l'Assemblée nationale vénézuélienne.
- 3 janvier 2026 : Trump annonce que des compagnies pétrolières américaines vont investir au Venezuela et évoque la remise de 30 à 50 millions de barils aux États-Unis.
Le bilan humain du raid reste disputé : l'armée vénézuélienne a fait état de 24 soldats tués, un autre décompte évoque une centaine de morts, et Cuba a confirmé la mort de 32 de ses ressortissants engagés aux côtés des forces vénézuéliennes. Du côté américain, sept militaires ont été blessés.
Ce que dit le droit international
Le cœur du débat juridique tient au principe de non-recours à la force inscrit dans la Charte des Nations unies : un État ne peut employer la force armée contre un autre que dans deux cas, la légitime défense ou une autorisation du Conseil de sécurité. Aucune de ces conditions n'était réunie. Le 4 janvier 2026, une déclaration de l'Union européenne soutenue par 26 des 27 États membres (tous sauf la Hongrie) a rappelé que « les principes du droit international et la Charte des Nations unies doivent être respectés en toutes circonstances » et appelé au « calme et à la retenue ». La haute représentante Kaja Kallas avait, la veille, demandé de la « retenue » après un échange avec le secrétaire d'État américain Marco Rubio. L'UE considère par ailleurs de longue date que Maduro n'a pas de légitimité démocratique, après la présidentielle contestée de 2024.
Pourquoi l'affaire divise la France
1. La fin ou les moyens
Peu de responsables français regrettent Maduro, dont le régime est accusé de dérive autoritaire et de fraude électorale. Le désaccord porte sur la méthode : un enlèvement d'un chef d'État par une puissance étrangère, sans base légale internationale, crée-t-il un précédent dangereux ? Des alliés comme des adversaires de Washington ont mis en garde contre ce précédent.
2. L'ombre du pétrole
L'annonce quasi immédiate d'un accord pétrolier, après la révocation en 2025 de la licence d'exportation de Chevron et le blocus de décembre, a nourri la lecture d'une opération d'abord économique. C'est l'argument central de la gauche anti-impérialiste, qui parle d'une guerre pour le pétrole déguisée en lutte anti-drogue.
3. Suivre ou non les États-Unis
L'affaire rouvre le débat sur l'autonomie de la diplomatie européenne face à un allié américain qui agit seul. Faut-il s'aligner, se taire, ou condamner un partenaire ?
Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027
Sur la question « Comment la France doit-elle réagir à l'intervention militaire américaine au Venezuela et à la capture du président Maduro ? » du Quizz du Berger, les 26 candidats se répartissent en quatre familles.
Famille 1 — Une bonne nouvelle : soutien à la chute de Maduro
Ce camp juge que débarrasser le continent d'un régime accusé de narcotrafic prime sur les objections juridiques.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Ligne assumée par son mouvement : l'eurodéputée Sarah Knafo a défendu l'opération, refusant de protéger « un droit international qui protège les tyrans contre les peuples ». Zemmour, fidèle à cette ligne, devrait saluer la chute de Maduro.
Famille 2 — Le résultat oui, la méthode non
Ces candidats ne pleurent pas Maduro mais refusent d'entériner une opération militaire menée sans cadre légal. C'est la ligne du gouvernement.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Ligne gouvernementale portée par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot : Maduro « a confisqué le pouvoir au peuple vénézuélien », mais l'opération « contrevient au principe de non-recours à la force ».
- Gérald Darmanin — Membre du gouvernement au moment des faits, aligné sur la position officielle française.
- Édouard Philippe (Horizons) — Sa ligne atlantiste et pragmatique laisse penser qu'il approuverait la fin du régime tout en s'inquiétant du précédent.
- François Bayrou (MoDem) — Attaché au multilatéralisme, il devrait saluer le départ de Maduro sans cautionner l'usage unilatéral de la force.
- Marine Le Pen (RN) — Le président du RN Jordan Bardella a reconnu que le régime de Maduro « mérite de nombreuses critiques légitimes sur le plan démocratique », tout en insistant sur le respect du droit international.
- Bruno Retailleau (LR) — Sa ligne conservatrice et anticommuniste laisse penser à un soulagement devant la chute du régime, assorti de réserves sur la méthode.
- Laurent Wauquiez (LR) — Position proche de celle de sa famille politique : approbation du résultat, prudence sur le procédé.
- Xavier Bertrand — Ligne de droite atlantiste comparable.
- David Lisnard — Libéral hostile aux régimes autoritaires, sa ligne laisse penser à une approbation nuancée.
Famille 3 — Une violation du droit international à condamner
Ces candidats condamnent l'atteinte à la souveraineté d'un État et le précédent créé, sans pour autant défendre Maduro.
- Dominique de Villepin — Auteur du discours de 2003 à l'ONU contre la guerre en Irak, il incarne la défense du droit international et devrait condamner une opération de force sans mandat.
- Raphaël Glucksmann (Place Publique) — Hostile aux régimes autoritaires mais attaché au droit international, dans la continuité de sa condamnation de l'agression russe en Ukraine.
- Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste : condamnation de la méthode et de l'atteinte à la souveraineté.
- Bernard Cazeneuve — Ancien Premier ministre attaché à la légalité internationale, critique de l'unilatéralisme.
- François Hollande — Ligne proche du PS, défense du cadre onusien.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — Condamnation de la violation du droit international, sans indulgence pour Maduro.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Ligne écologiste proche, attachée au multilatéralisme.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste gaulliste, hostile aux ingérences dans les affaires d'un État souverain.
- François Ruffin — Critique de l'interventionnisme américain, sans défense du régime vénézuélien.
- Patrick Sébastien — Sa ligne anti-establishment laisse penser à une dénonciation de l'opération menée par Washington.
Famille 4 — Un impérialisme américain à dénoncer
Ce camp qualifie l'opération d'acte impérialiste et met en avant le principe de non-ingérence, quitte à défendre la souveraineté vénézuélienne.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — A manifesté place de la République le 3 janvier, dénoncé « l'impérialisme américain », vu dans l'opération une main-mise sur le pétrole et réclamé la libération de Maduro.
- Clémentine Autain — Alignée sur la dénonciation de l'ingérence américaine.
- Juan Branco — Opposition frontale à l'hégémonie américaine et à l'atteinte à la souveraineté.
- Fabien Roussel (PCF) — Le PCF défend de longue date la souveraineté vénézuélienne face aux États-Unis.
- Nathalie Arthaud (LO) — Dénonce un impérialisme au service des intérêts pétroliers américains.
- François Asselineau (UPR) — Ligne anti-hégémonie américaine constante ; dénonciation d'une atteinte à la souveraineté d'un État.
Arguments pour et arguments contre l'intervention
| Arguments en faveur de l'opération | Arguments contre l'opération |
|---|---|
| Renverse un régime accusé de fraude électorale et de liens avec le narcotrafic. | Menée sans mandat de l'ONU ni légitime défense, elle viole le principe de non-recours à la force. |
| Répond à un acte d'accusation américain visant un trafic de cocaïne de longue date. | Aucune preuve publique n'a été produite pour les frappes sur les embarcations, qui ont fait plus de 200 morts. |
| Une majorité d'États de l'UE reconnaissaient déjà l'illégitimité démocratique de Maduro. | La capture d'un chef d'État par une puissance étrangère crée un précédent dénoncé par alliés et adversaires. |
| Perspective d'une transition et d'investissements pour relancer l'économie vénézuélienne. | L'accord pétrolier immédiat nourrit le soupçon d'une opération d'abord économique. |
Pour aller plus loin
La capture de Maduro touche à des questions de fond du Quizz du Berger sur la place de la France dans le monde :
- Intervention américaine au Venezuela — la question complète et les réponses des 26 candidats.
- France et OTAN — le cadre de l'alliance avec les États-Unis.
- Affaires étrangères — l'ensemble des questions de politique internationale.