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Réduire le nombre de parlementaires : le débat relancé par Attal, et les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027

2026-08-10

Gabriel Attal veut ramener l'Assemblée nationale à 350 députés et le Sénat à 200 sénateurs, contre 577 et 348 aujourd'hui. L'annonce du 2 août 2026, présentée comme « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 », relance un débat vieux de vingt ans qu'aucun gouvernement n'a réussi à faire aboutir. Sur ce sujet précis, les 26 candidats à la présidentielle 2027 ne se répartissent pas selon le clivage gauche-droite habituel.

Réduire le nombre de parlementaires : de quoi parle-t-on ?

La France compte aujourd'hui 577 députés à l'Assemblée nationale et 348 sénateurs, soit 925 parlementaires au total. Un député français représente en moyenne 73 000 habitants, contre environ 100 000 pour un député allemand. Réduire ce nombre suppose une révision constitutionnelle (article 89), donc un vote au Congrès à la majorité des trois cinquièmes ou un référendum. C'est ce verrou qui a bloqué toutes les tentatives précédentes.

Un débat qui a déjà échoué deux fois

  • 2017 : Emmanuel Macron promet pendant sa campagne présidentielle de réduire d'un tiers le nombre de parlementaires.
  • Été 2018 : le Premier ministre Édouard Philippe présente un projet de réforme institutionnelle avec trois mesures fortes : une baisse de 25 % du nombre de parlementaires (433 députés, 261 sénateurs), une dose de 15 % de proportionnelle aux législatives et un plafonnement à trois mandats consécutifs.
  • Été 2018 : dans la foulée de l'affaire Benalla, l'opposition parlementaire multiplie les manœuvres d'obstruction. Le texte ne peut pas être examiné dans les temps et le gouvernement le retire.
  • 28 août 2019 : Matignon relance une version proche du projet, avec la même baisse de 25 % et la même dose de proportionnelle. Il ne sera jamais examiné jusqu'au bout.
  • 2 août 2026 : Gabriel Attal annonce vouloir aller plus loin que le projet Macron-Philippe s'il est élu président, avec 350 députés, 200 sénateurs et un référendum organisé chaque année.

Pourquoi le sujet revient dans le débat

L'argument budgétaire et l'efficacité

La Fondation IFRAP, think tank libéral, chiffrait l'économie du projet de 2018 à environ 160 millions d'euros par an. Les partisans d'une réduction ajoutent un argument d'efficacité : moins d'élus, ce sont des débats plus resserrés et des votes plus rapides, sur le modèle du Bundestag allemand souvent cité en comparaison.

L'argument démocratique

En 2019, le président du Sénat Gérard Larcher dénonçait une tentative de « contourner le seul contre-pouvoir démocratique qui existe ». Les opposants à la réduction redoutent des circonscriptions élargies, qui éloigneraient les élus des zones rurales et ultramarines déjà les moins représentées, et un Parlement affaibli face à un exécutif qui, lui, ne rétrécit pas.

Les positions des 26 candidats à la présidentielle 2027

La question a été ajoutée au Quizz du Berger, dans le thème Gouvernance et République. Quatre familles se dégagent, qui ne recoupent pas exactement le clivage gauche-droite.

Famille 1 — Réduction drastique, au nom des économies et du rejet de la « classe politique »

  • Marine Le Pen (RN) — Propose de longue date de ramener le Parlement à 300 députés et 200 sénateurs, soit presque moitié moins que les effectifs actuels.
  • Éric Zemmour (Reconquête) — Sa critique récurrente du coût et du nombre des élus laisse penser qu'il rejoindrait une réduction de grande ampleur.
  • Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste porté sur la dénonciation du « système », sa ligne penche vers une réduction franche du nombre d'élus.
  • François Asselineau (UPR) — Sa critique constante des « professionnels de la politique » suggère une position favorable à une coupe importante.
  • Patrick Sébastien — Sa défiance envers la classe politique traditionnelle va dans le sens d'une réduction marquée.

Famille 2 — Réduction significative, comme pièce d'une réforme institutionnelle plus large

  • Gabriel Attal (Renaissance) — Propose de passer à 350 députés et 200 sénateurs, avec un référendum annuel, dans ce qu'il présente comme « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 ».
  • Gérald Darmanin — Proche de la ligne du bloc central, il avait défendu le projet de réduction porté par Emmanuel Macron et Édouard Philippe en 2018.
  • David Lisnard — Libéral partisan d'un État plus resserré, sa ligne le porte vers une baisse sensible du nombre d'élus.

Famille 3 — Réduction modérée, avec la protection des territoires

  • Édouard Philippe (Horizons) — En tant que Premier ministre, il avait présenté en 2018 le projet de réduction de 25 % des parlementaires, associé à une dose de proportionnelle et à un plafonnement des mandats successifs.
  • François Bayrou (MoDem) — Défenseur historique de la proportionnelle, sa ligne centriste laisse penser qu'il soutiendrait une réduction mesurée assortie d'une réforme du mode de scrutin.
  • Laurent Wauquiez (LR) — Sa famille politique, très implantée au Sénat, plaide plutôt pour une réforme prudente qui ne fragilise pas la représentation des territoires.
  • Bruno Retailleau (LR) — Ancien sénateur de la Vendée, il devrait privilégier une réduction encadrée plutôt qu'une coupe radicale.
  • Xavier Bertrand — Sa ligne de simplification de l'État peut s'accommoder d'une réduction du nombre d'élus, à condition de préserver l'équilibre territorial.

Famille 4 — Opposés à toute réduction

Deux raisons distinctes s'y retrouvent : la défense de la représentation des territoires pour les uns, le refus d'affaiblir le Parlement face à l'exécutif pour les autres.

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) — a averti : « Vous n'avez pas trop de députés. Méfiez-vous de la démagogie anti-parlementaire. »
  • François Ruffin — Attaché à un Parlement fort face à l'exécutif, il devrait rejoindre l'opposition à toute réduction.
  • Clémentine Autain — Sa ligne institutionnelle, proche de celle de LFI, la porte à défendre le nombre actuel d'élus.
  • Fabien Roussel (PCF) — Le PCF avait dénoncé le projet Macron de 2018 comme un moyen de « souffler sur le populisme ».
  • Nathalie Arthaud (LO) — Sa défense constante de la représentation populaire va dans le sens d'un refus de la réduction.
  • Juan Branco — Sa dénonciation de la concentration du pouvoir laisse penser qu'il verrait dans la réduction un nouvel éloignement démocratique.
  • Delphine Batho (Génération Écologie) — Défend une représentation adéquate des territoires, notamment ruraux.
  • Jérôme Guedj (PS) — Ligne socialiste attachée au pluralisme parlementaire.
  • Marine Tondelier (Les Écologistes) — Défend la diversité de représentation, y compris pour les petits partis et les territoires.
  • Bernard Cazeneuve — Institutionnaliste, il devrait juger le nombre actuel nécessaire à une représentation équilibrée.
  • Raphaël Glucksmann (Place Publique) — Sa défense constante des contre-pouvoirs face aux dérives autoritaires suggère une opposition à l'affaiblissement du Parlement.
  • François Hollande — Ligne institutionnaliste classique, attachée au pluralisme de la représentation.
  • Dominique de Villepin — Gaulliste attaché à l'équilibre des institutions, il devrait se montrer prudent face à toute réduction drastique.

Réduire le nombre de parlementaires : les arguments

Arguments en faveur d'une réductionArguments contre, ou réservés
Un Parlement plus resserré coûterait moins cher : environ 160 millions d'euros d'économie annuelle selon la Fondation IFRAP pour le projet de 2018.Des circonscriptions élargies éloigneraient les élus de leurs électeurs, en particulier dans les zones rurales et ultramarines.
Des débats plus resserrés et des votes plus rapides, sur le modèle du Bundestag allemand.Le président du Sénat Gérard Larcher y voit une tentative de « contourner le seul contre-pouvoir démocratique qui existe ».
Un député français représente en moyenne moins d'habitants (73 000) qu'un député allemand (environ 100 000).Un Parlement plus petit représenterait moins bien le pluralisme politique, notamment les petits partis et les indépendants.
Un mandat plus clair : moins d'élus, chacun mieux identifié par ses électeurs.Deux tentatives de réforme, en 2018 et en 2019, ont échoué faute de majorité qualifiée ou de temps parlementaire.

Pour aller plus loin

  • Réduire le nombre de parlementaires — la nouvelle question du quiz, avec les réponses détaillées des 26 candidats.
  • Gouvernance et République — Ve et VIe République, proportionnelle, référendum d'initiative citoyenne.
  • Proportionnelle — une réforme souvent proposée en même temps que la réduction du nombre d'élus.
  • RIC — l'autre grand chantier de démocratie directe porté par plusieurs candidats.

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