Vendredi 18 septembre 2026, Emmanuel Macron a réuni les candidats à sa succession dans la salle de crise Vega de l'Élysée pour un briefing de 2h45. Les directeurs de la DGSE, de la DGSI et du renseignement militaire ont présenté aux chefs de parti un état des lieux classifié sur deux fronts : l'intensification des attaques hybrides russes en Europe et la crise énergétique liée aux conflits au Moyen-Orient. Macron, qui ne peut pas se représenter, a justifié cette convocation par la volonté que ses successeurs potentiels disposent des mêmes informations que lui pour éclairer le débat public.
Qui était présent à l'Élysée le 18 septembre ?
Autour du président et du Premier ministre Sébastien Lecornu se trouvaient les principaux candidats déclarés ou pressentis, ou leur représentant :
- Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (LR) et Raphaël Glucksmann (Place publique) en personne.
- Jordan Bardella (RN), représentant Marine Le Pen, en déplacement sur le terrain.
- Manuel Bompard (LFI), représentant Jean-Luc Mélenchon.
- Olivier Faure (PS), Marine Tondelier (Les Écologistes), Fabien Roussel (PCF).
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, assistait aussi à la réunion.
Les deux sujets de la réunion
1. Les attaques hybrides russes contre l'Europe
Les services de renseignement ont présenté un bilan de l'intensification des opérations hybrides russes : cyberattaques contre des sites de défense, survols de drones au-dessus d'infrastructures sensibles, incursions dans l'espace aérien, et tentatives de sabotage. L'attaque déjouée à l'aéroport de Leipzig, attribuée au GRU russe, a été citée comme exemple de cette escalade.
Macron a annoncé trois mesures :
- Un plan de protection des infrastructures critiques contre les cyberattaques et les drones, à préparer par le gouvernement.
- Le renforcement de la posture de vigilance, avec une mobilisation des préfets.
- L'accélération de la lutte contre les ingérences étrangères.
2. La crise énergétique et les prix des carburants
Le gazole atteignait 2,23 €/L en moyenne nationale début septembre, proche du record d'avril 2026. Trois facteurs se cumulent : le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran depuis sept mois, les attaques houthies contre les infrastructures pétrolières saoudiennes, et la destruction de raffineries russes par l'Ukraine. Le baril de Brent oscillait autour de 105 dollars.
Macron a annoncé la convocation d'un G7 de l'énergie dans les prochaines semaines pour coordonner les stocks stratégiques et envisager un puisement dans les réserves. Il a assuré que la France disposait du niveau de stockage de gaz attendu pour l'hiver. Les aides ciblées pour les transporteurs routiers, qui devaient prendre fin le 30 septembre, seront prolongées. Le Premier ministre doit annoncer de nouvelles mesures lundi.
Pourquoi cette réunion divise
Menaces russes : quelle réponse ?
Les candidats se séparent sur la réponse à apporter aux attaques hybrides. Marine Tondelier a qualifié les opérations russes de « terrorisme d'État » et rappelé que l'attaque de Leipzig visait à tuer, pas à intimider. Raphaël Glucksmann a parlé de « guerre hybride » et plaidé pour des aides européennes bien plus massives. Édouard Philippe a estimé que la France devait « se préparer à une escalade » sans « entrer en belligérance avec la Russie ».
De l'autre côté, Manuel Bompard (LFI) a dénoncé une situation « durablement dégradée » qu'il a liée à la politique étrangère américaine et israélienne, et jugé la réunion insuffisante sur le plan social. L'entourage de Jean-Luc Mélenchon a qualifié les annonces de Macron de « sûrement gesticulatoires ».
Carburants : baisser les taxes ou traiter les causes ?
Le clivage le plus net est apparu sur les prix à la pompe. Jordan Bardella a demandé à Macron « d'accepter une baisse des taxes sur les carburants », chiffrant l'économie à environ 20 euros par plein de 40 litres (passage de la TVA de 20 % à 5,5 %). À sa sortie, il a déclaré que « le président n'a apporté aucune réponse sur le pouvoir d'achat ».
Macron a répondu qu'il préférait « traiter les causes » de la hausse avant de mobiliser des aides massives, en raison de la contrainte budgétaire. Raphaël Glucksmann a jugé cette réponse insuffisante et plaidé pour des « aides beaucoup plus massives », qualifiant la situation de « socialement explosive ». Olivier Faure a proposé de doubler les aides directes pour l'énergie, le logement et l'alimentation. Fabien Roussel a réclamé une baisse des taxes sur l'énergie, estimant que les conflits « risquent de durer ».
Le président en fin de mandat
Macron a défini son rôle comme celui d'un « garant » jusqu'à l'élection du printemps 2027, sans devenir « un commentateur de notre vie publique ». Certains analystes y voient un exercice de transition inédit sous la Vᵉ République : un président sortant qui partage du renseignement classifié avec ses adversaires pour structurer le débat de campagne.
Les positions des 42 candidats à la présidentielle 2027
Les réactions à cette réunion recoupent deux questions du Quizz du Berger : la réponse aux attaques hybrides et la hausse des prix de l'énergie. On peut regrouper les 42 candidats en trois familles selon leur posture globale.
Famille 1 — Défense renforcée et sanctions durcies
Ces candidats considèrent les attaques hybrides russes comme une menace directe contre la France et l'Europe. Ils veulent renforcer la protection des infrastructures critiques et maintenir ou durcir les sanctions contre la Russie. Sur l'énergie, ils préconisent des aides ciblées ou une intervention forte de l'État.
- Raphaël Glucksmann (Place publique) — Le plus offensif : a parlé de « guerre hybride » et de « terrorisme d'État » à la sortie de la réunion. Plaide pour des contre-mesures européennes et des aides « beaucoup plus massives » face aux prix de l'énergie.
- Marine Tondelier (Les Écologistes) — A qualifié les opérations russes de « terrorisme d'État orchestré par Poutine ». Veut des aides ciblées mais refuse les mesures d'urgence sans plan de transition énergétique.
- Édouard Philippe (Horizons) — A salué une « initiative utile ». Estime que la France doit « se préparer à une escalade » tout en évitant la belligérance avec la Russie.
- Gabriel Attal (Renaissance) — Aligné sur la ligne présidentielle : protection des infrastructures et coordination européenne.
- Bruno Retailleau (LR) — A dit n'avoir « rien appris de très précis » mais soutient un renforcement des moyens de défense et des mesures sur les carburants.
- Laurent Wauquiez (LR) — Fidèle à sa ligne sécuritaire, il devrait soutenir un durcissement de la posture défensive française.
- Gérald Darmanin (Renaissance) — Ancien ministre de l'Intérieur, sa position publique laisse penser qu'il appuierait un renforcement de la sécurité intérieure contre les menaces hybrides.
- Bernard Cazeneuve (La Convention) — Ancien Premier ministre en poste lors des attentats de 2015-2016, il a toujours défendu une réponse sécuritaire ferme face aux menaces sur le territoire.
- Xavier Bertrand (LR) — Ligne sécuritaire proche de Retailleau et Wauquiez sur la défense des infrastructures.
- David Lisnard (Nouvelle Énergie) — Libéral sur l'économie mais ferme sur la défense, il soutient une réponse coordonnée avec les partenaires européens.
- Jérôme Guedj (PS) — Social-démocrate pro-européen, favorable au renforcement des capacités de défense commune.
- Karim Bouamrane (PS), Philippe Brun (PS), Antoine Mikolajczak (Équinoxe), Fabien Verdier — Positions estimées proches de la ligne de défense renforcée.
Famille 2 — Protéger la France, mais garder le dialogue
Ces candidats veulent défendre le territoire et les citoyens, mais refusent l'escalade avec la Russie. Certains estiment que la politique étrangère française contribue aux tensions, sans pour autant la remettre entièrement en cause. Sur les carburants, ils réclament des baisses de taxes ou des aides directes.
- Jordan Bardella (RN) — A réclamé une « baisse des taxes sur les carburants » et dénoncé l'absence de réponse sur le pouvoir d'achat. Sur la sécurité, le RN veut protéger la France tout en prônant le dialogue avec Moscou.
- Marine Le Pen (RN) — A envoyé Bardella à sa place. A déclaré qu'en « règle générale » on n'apprenait « pas grand-chose » dans ces réunions. Sa ligne combine patriotisme défensif et ouverture diplomatique envers la Russie.
- Olivier Faure (PS) — A mis en garde contre la « dramatisation » et refusé que la France soit « gouvernée par la peur ». Propose de doubler les aides directes.
- Fabien Roussel (PCF) — Juge la situation « préoccupante, voire très grave ». Réclame une baisse des taxes sur l'énergie et une diplomatie française plus influente dans le conflit ukrainien.
- François Bayrou (MoDem) — Centriste, il devrait défendre une position de dialogue tout en soutenant la défense du territoire.
- François Hollande (PS) — Ancien président, il a toujours combiné fermeté et diplomatie. Sa position publique laisse penser qu'il soutiendrait des mesures défensives couplées à un dialogue.
- Éric Zemmour (Reconquête) — Nationaliste et soucieux de la défense du territoire, mais partisan d'un rapprochement avec la Russie. Il devrait vouloir protéger la France sans durcir les sanctions.
- François Ruffin — Critique de l'OTAN mais attaché à la protection des citoyens. Sur l'énergie, il devrait réclamer des mesures sociales fortes.
- Dominique de Villepin — Diplomate de formation, il privilégie le dialogue multilatéral face aux crises internationales.
- Delphine Batho (Génération Écologie) — Favorable à une réponse mesurée, elle insiste sur la transition énergétique comme réponse structurelle à la dépendance aux hydrocarbures.
- Ségolène Royal (PS), Emmanuel Maurel (GRS), Patrick Sébastien, Clara Egger (Solution démocratique), Lydie Massard (UDB) — Positions estimées en faveur de la protection du territoire combinée au dialogue diplomatique.
Famille 3 — Désescalade et remise en cause de la politique étrangère
Ces candidats estiment que les attaques hybrides sont une conséquence de la politique étrangère française et européenne. Ils demandent de revoir le soutien à l'Ukraine, de sortir de l'OTAN ou de rompre avec l'alignement atlantiste. Sur l'énergie, ils dénoncent un système qui rend la France dépendante de conflits lointains.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — Représenté par Manuel Bompard, qui a dénoncé une situation « durablement dégradée » et lié la crise à la politique américaine et israélienne. L'entourage de Mélenchon a jugé la réunion « gesticulatoire ».
- Clémentine Autain — Proche de la ligne LFI, elle remet en cause l'engagement militaire français dans le conflit ukrainien.
- Nathalie Arthaud (LO) — Dénonce les guerres impérialistes des grandes puissances et refuse tout renforcement de l'appareil militaire.
- François Asselineau (UPR) — Partisan du Frexit, il attribue les menaces hybrides à l'appartenance de la France à l'OTAN et à l'UE.
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF) — Souverainiste, il plaide pour un retrait de l'OTAN et un dialogue direct avec Moscou.
- Florian Philippot (Les Patriotes) — Partisan d'un rapprochement avec la Russie et d'une sortie de l'OTAN.
- Juan Branco — Critique radical de la politique étrangère occidentale.
- Francis Lalanne (France Libre), Anasse Kazib (Révolution permanente), Selma Labib (NPA-R) — Positions anti-OTAN et anti-impérialistes, favorables à une remise à plat de la politique étrangère.
Arguments pour et contre la réponse de Macron
| Arguments en faveur de la démarche de Macron | Arguments contre |
|---|---|
| Partager le renseignement classifié avec les candidats enrichit le débat démocratique. | Les oppositions n'ont reçu aucune annonce concrète sur le pouvoir d'achat. |
| Le plan de protection des infrastructures répond à une menace documentée par les services. | Convoquer les rivaux à l'Élysée peut servir de mise en scène présidentielle. |
| Le G7 de l'énergie pourrait coordonner un puisement des réserves stratégiques. | Les aides ciblées restent insuffisantes face à un diesel à 2,30 €/L. |
| Maintenir les sanctions contre la Russie défend l'intégrité du droit international. | Pour les partisans du dialogue, les sanctions aggravent les tensions sans résultat. |
| Sécuriser les approvisionnements en gaz protège les ménages avant l'hiver. | La sobriété énergétique et la transition sont les seules réponses structurelles. |
Pour aller plus loin
La réunion de l'Élysée touche à plusieurs questions du Quizz du Berger :
- Attaques hybrides : comment la France devrait-elle réagir ? — la nouvelle question ajoutée au quiz.
- Guerre en Ukraine : que devrait faire la France ?
- Hausse des prix de l'énergie : que devrait faire l'État ?
- OTAN : les positions des candidats 2027
- Thème : Affaires étrangères
- Thème : Pouvoir d'achat et vie quotidienne