Le déficit de la Sécurité sociale a atteint 21,8 milliards d'euros en 2026. Le gouvernement veut le ramener à 12,7 milliards l'an prochain, et les députés examinent depuis mardi 20 octobre 2026 le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 censé y parvenir. Sur les 46 candidats à la présidentielle 2027, aucun ne nie l'ampleur du trou de la Sécu, mais ils se divisent nettement sur la façon de le combler, entre coupes dans les dépenses de santé, effort accru demandé aux retraités et plaidoyer pour davantage de moyens hospitaliers.
Le PLFSS, c'est quoi ?
Le PLFSS fixe chaque année les recettes et les dépenses des régimes obligatoires de la Sécurité sociale (maladie, retraite, famille, accidents du travail), un texte distinct du budget de l'État (le PLF) qui, lui, finance les ministères. Son principal indicateur est l'Ondam (objectif national de dépenses d'assurance maladie), le plafond fixé chaque année pour les dépenses de santé remboursées par la Sécu.
Chronologie
- 1er octobre 2026 : le PLFSS 2027 est présenté en Conseil des ministres et déposé à l'Assemblée, avec pour objectif de réduire de moitié le déficit de la Sécu en un an.
- Vendredi 16 octobre 2026 : la commission des affaires sociales rejette la partie « recettes » du texte, un vote sans effet juridique direct : l'examen en séance reprendra sur la version initiale du gouvernement.
- Mardi 20 octobre 2026 : ouverture du débat en séance publique à l'Assemblée, avec en toile de fond la menace d'un recours aux ordonnances ou à l'article 49.3 si les débats s'enlisent.
- Mardi 27 octobre 2026 : vote solennel prévu à l'Assemblée, après les questions au gouvernement.
Faute d'adoption par le Parlement dans le délai constitutionnel de 50 jours, le gouvernement pourrait mettre en œuvre le texte par ordonnances, sans vote.
Pourquoi ce budget divise
1. Combler le trou sans aggraver la crise hospitalière
Le texte prévoit 5,1 milliards d'euros d'économies sur la santé, ramenées à 3,9 milliards nets une fois financé 1,2 milliard de dépenses nouvelles. L'Ondam progresserait de 2,0 %, et le sous-objectif hospitalier passerait de 112,6 à 116 milliards d'euros, soit une hausse en valeur. Les fédérations hospitalières jugent ce chiffre insuffisant et réclament 1,3 milliard d'euros supplémentaires pour couvrir la hausse mécanique de leurs charges. En toile de fond, une question écrite déposée à l'Assemblée nationale rappelle que le nombre de lits d'hospitalisation complète est passé de 236 400 à 190 300, soit 46 100 lits fermés, et la Fédération hospitalière de France recensait, sur une enquête flash menée mi-janvier 2026 auprès de 216 établissements, 28 plans blancs déclenchés faute de lits disponibles.
2. Qui doit payer en premier : les retraités
Le PLFSS reprend, côté dépenses, deux mesures déjà très commentées sur le Quizz du Berger : la désindexation partielle des pensions sur l'inflation et l'abaissement du plafond de l'abattement fiscal sur les retraites. Ensemble, ces deux leviers doivent rapporter environ 5,5 milliards d'euros, la plus grosse part de l'effort demandé.
3. Gratuité totale ou responsabilisation : le vieux clivage sur le modèle de santé
Au-delà des chiffres de l'année, le PLFSS ranime un débat de fond sur le système de santé lui-même. Une partie de la gauche, portée notamment par le programme chiffré présenté par Éric Coquerel pour Jean-Luc Mélenchon, avec 81,7 milliards de dépenses nouvelles, défend le remboursement intégral des soins et l'intégration des mutuelles à la Sécurité sociale. À l'autre bout, Bruno Retailleau a présenté le 12 octobre 2026 un plan d'économies de près de 200 milliards d'euros sur cinq ans, en grande partie porté par la dépense sociale, pour viser un excédent primaire en 2030.
4. Un budget sous la menace du 49.3 et des motions de censure
Comme pour le budget de l'État examiné la semaine précédente, LFI, le RN, le PS et les Écologistes ont chacun évoqué le dépôt d'une motion de censure si le texte ne bouge pas assez dans leur sens. Un an après un budget 2026 sauvé de justesse au prix de plusieurs recours au 49.3, la même question se repose pour la Sécu : le Parlement peut-il encore voter un texte budgétaire sans contourner l'Assemblée ?
Les positions des 46 candidats à la présidentielle 2027
Le Quizz du Berger pose depuis le lancement du quiz la question « que pensez-vous du budget alloué à la santé publique ? », avec six réponses allant de la privatisation à la gratuité totale. On a regroupé les candidats selon leur réponse enregistrée dans le quiz. Aucun n'a choisi l'option « il faut privatiser davantage la santé ».
Famille 1 — Gratuité totale, intégration des mutuelles à la Sécu
Pour ces candidats, la santé est un droit fondamental qui devrait être entièrement gratuit.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) — son programme chiffré par Éric Coquerel prévoit 81,7 milliards de dépenses nouvelles, dont la reconstruction du service hospitalier.
- Nathalie Arthaud (LO)
- Juan Branco
- Anasse Kazib (Révolution permanente)
- Selma Labib (NPA-R)
- Sylvain Durif
Famille 2 — Augmenter beaucoup, les hôpitaux sont au bord de la rupture
Sans aller jusqu'à la gratuité totale, cette famille, la plus nombreuse, juge le niveau actuel de financement hospitalier insuffisant face à la dégradation du service.
- François Ruffin — figure de terrain des mobilisations sur les moyens des services publics.
- Clémentine Autain
- Marine Tondelier (Les Écologistes)
- Raphaël Glucksmann (Place publique)
- Fabien Roussel (PCF)
- Delphine Batho (Génération Écologie)
- Jérôme Guedj (PS)
- Olivier Faure (PS)
- Ségolène Royal (PS)
- Karim Bouamrane (PS)
- Philippe Brun (PS)
- Bernard Cazeneuve (La Convention)
- Dominique de Villepin
- Emmanuel Maurel (GRS)
- François Asselineau (UPR)
- Florian Philippot (Les Patriotes)
- Natacha Polony (Nous sommes la France)
- Francis Lalanne
- Patrick Sébastien
- Lydie Massard (UDB)
- Fabien Verdier
- Benoît Mathieu
- Parti pirate
Famille 3 — Augmenter un peu, certains secteurs en ont besoin
Ce bloc, majoritaire au centre et à l'extrême droite, admet un besoin de moyens supplémentaires ciblés sans remettre en cause l'architecture générale du financement.
- Gabriel Attal (Renaissance)
- Gérald Darmanin (Renaissance)
- Édouard Philippe (Horizons)
- François Bayrou (MoDem)
- François Hollande (PS)
- Xavier Bertrand (LR)
- Marine Le Pen (RN)
- Jordan Bardella (RN)
- Nicolas Dupont-Aignan (DLF)
- Antoine Mikolajczak (Équinoxe)
- Olivier Becht
- Parti animaliste
Famille 4 — Le budget est suffisant, il faut mieux le gérer
Ces candidats placent l'effort sur la gestion et l'efficience plutôt que sur l'ouverture de nouveaux crédits.
- Bruno Retailleau (LR) — a présenté le 12 octobre un plan d'économies de près de 200 milliards d'euros sur cinq ans, la dépense sociale en première ligne.
- Laurent Wauquiez (LR)
- Éric Zemmour (Reconquête)
- David Lisnard (Nouvelle Énergie)
- Clara Egger (Solution démocratique)
Arguments pour et contre la trajectoire du PLFSS 2027
| Arguments en faveur de l'effort demandé | Arguments pour plus de moyens |
|---|---|
| Le déficit de la Sécu est passé de moins de 11 milliards en 2023 à 21,8 milliards en 2026 : sans correction, la trajectoire devient incontrôlable. | Les fédérations hospitalières réclament 1,3 milliard d'euros de plus que ce que prévoit le texte, pour simplement couvrir la hausse de leurs charges. |
| Le sous-objectif hospitalier de l'Ondam progresse malgré tout, de 112,6 à 116 milliards d'euros. | Près de 46 100 lits d'hospitalisation complète ont déjà fermé, un mouvement que les économies supplémentaires ne font qu'accentuer. |
| Faire contribuer les retraités, dont les pensions ont longtemps progressé plus vite que les salaires, répartit l'effort budgétaire. | Une partie des retraités subit déjà la désindexation et la baisse de l'abattement fiscal, deux mesures qui pèsent sur le même public. |
| Un vote sans 49.3 ni ordonnances donnerait au Parlement une légitimité pleine sur un texte qui engage les comptes sociaux pour plusieurs années. | Un hôpital qui déclenche 28 plans blancs en pleine enquête flash de janvier n'a pas besoin d'un débat institutionnel supplémentaire, mais de moyens immédiats. |
Pour aller plus loin
- Santé — budget hospitalier, remboursements, déserts médicaux.
- Que pensez-vous du budget alloué à la santé publique ?
- Budget 2027 : le volet État et la bataille sur le déficit
- Désindexation des retraites : qui est concerné ?
- Abattement fiscal des retraites : ce qui change